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1 mai 2011 7 01 /05 /mai /2011 00:09

Marie-Amélie passait un long moment à se pomponner dans la salle de bains, temps que je mis à profit pour élaborer un plan me permettant d’échapper à la nuit de stupre et de fornication qu’elle nous promettait. Afin de ne pas succomber à la tentation, la fougue de la comtesse n’aurait aucune peine à me faire glisser au long de ma plus grande pente, je décidais de me prendre une mufflée d’enfer. Je sonnais le garçon d’étage pour qu’il me portât un double gin tonic. Dans la perspective d’un lendemain pas trop comateux j’optais pour une biture à l’alcool blanc qui laisse moins de trace que des liquides plus complexes. J’en étais à mon troisième double lorsque la comtesse se décidait à sortir. Avouer que j’eus le souffle coupé en la voyant relève d’une réalité physique. Elle arborait un petit débardeur blanc d’ivoire qui découvrait son nombril et une mini-jupe noire en stretch gaufré qui laissait filer ses longues cuisses jusqu’à des sandales à lanières nouées à mi-mollet. Maquillée sans excès mais avec une touche de provocation : des lèvres rouge sang et un essaimage de paillettes d’argent sur ses joues rosées et sa gorge enserrée dans un quintuple rang de perles de culture, la comtesse me rejoignait et se posait sur l’accoudoir de mon fauteuil. La chaleur de l’alcool, son parfum de jasmin poivré, sa main qui se glissait dans l’espace de mon col de chemise ouvert, me portait à l’incandescence. J’allais succomber lorsque le téléphone sonnait. Marie-Amélie en ondulant de son petit cul allait décrocher. C’était l’ambassadeur. Elle l’expédiait avec un langage de palefrenier. J’en profitais pour me lever et me diriger vers la porte. Elle me rejoignait et passait son bras sous mon bras, je ne me souviens plus lequel d’ailleurs. « Que voulez-vous jeune homme, j’ai sans doute l’air d’une vieille grue qui s’offre un gigolo mais ce pays qui part en couilles me libère de mon mépris de moi-même ! J’ai envie de baiser, de roter et de pisser debout... »

 

Marie-Amélie ne croyait pas si bien dire, la fin de notre soirée atteignit des sommets avant de nous précipiter dans une de ces nuits où l’on s’endort tout habillé sur le lit et où l’on ronfle la bouche ouverte. On nous servit sous la charmille, il faisait frais. L’établissement regorgeait de yankees volubiles. Nous carburions au Krug millésimé. La comtesse en avait fait porter une caisse. Elle me racontait sa vie sans aucune retenue et je la trouvais émouvante. Deux de nos voisins les plus proches, caricatures de militaires en costume civil, reluquaient les cuisses de Marie-Amélie avec une insistance qui la fit se propulser face à eux en grimpant sur une chaise libre. Dans cette position élevée je découvrais avec stupeur qu’elle ne portait pas de slip, du moins je le crus sur le moment car le lendemain matin je découvris la ficelle qui ne cachait rien du postérieur de Marie-Amélie qui m’expliqua que c’était un slip brésilien qu’elle avait acheté à Paris en faisant du shopping avec Francesca. « C’est extraordinaire ça ne fait pas de trace sous les jeans... » me répondit-elle en s’étonnant de ma pudibonderie. Les natifs du Texas frôlaient l’apoplexie et je les sentais prêt à dégainer leurs dollars pour les glisser dans le soutif de la comtesse. Celle-ci, sa coupe de champagne à la main, entonnait d’une voix forte et juste, ce qu’elle présenta comme l’hymne de son pays natal.

 

La digue du cul, en revenant de Nantes

En revenant de Nantes

De Nantes à Montaigu, la digue, la digue,

De Nantes à Montaigu, la digue du cul.

 

La digue du cul, je band' mon arbalète

Je band' mon arbalète

Et la lui fout dans l' cul...

La digue du cul, je rencontre une belle

Je rencontre une belle

Qui dormait le cul nu...

 

La digue du cul, la belle se réveille

La belle se réveille

Et dit: "J'ai l' diable au cul... 

 

La digue du cul, non, ce n'est pas le diable

Ce n'est pas le diable

Mais un gros dard velu...

 

La digue du cul, qui bande et qui décharge

Qui bande et qui décharge

Et qui t'en fout plein l' cul...

 

La digue du cul, il y est qu'il y reste

Il y est qu'il y reste

Et qu'il n'en sorte plus...

 

La digue du cul, il fallut bien qu'il sorte

Il fallut bien qu'il sorte

Il est entré bien raide, la digue, la digue,

Il en sortit menu, la digue du cul.

 

Le mot cul est un sésame universel. Il sonne bref et juste dans toutes les oreilles du monde. Tel un chef d’orchestre face à ses choristes, Marie-Amélie se fit un devoir de fourrer dans les cranes étasuniens le refrain de sa chanson paillarde. Elle y parvint après moult tentatives. Épuisée elle se laissa ensuite choir dans des bras accueillants qui s’empressèrent de lui servir à boire et de la peloter. La comtesse dans ce méli-mélo gardait une forme de dignité aristocratique, morigénant les trop entreprenant, frappant à coup de fourchette les mains qui s’aventuraient trop avant. Et puis, sans doute lasse de ces entreprises douteuses, elle se dégageait des emprises, se relevait, se versait une nouvelle coupe, la levait et proclamait « à vos femmes, à vos chevaux et à ceux qui les montent... » et s’auto-traduisait en américain ce qui faisait pousser des hennissements aux étalons en rut.

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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