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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 02:09

Pour ne pas me laisser contaminer par la solitude, la pénombre et l’humidité je m’allongeai sur le bat-flanc recouvert d’une paillasse moisie et décidai de me mettre dans la peau d’un moine trappiste. Pendant cinq jours je ne reçus aucune visite, les gardiens me passaient la nourriture et de l’eau dans un broc en terre par une sorte de chatière. Je me contentai de boire de l’eau, jeunant. Pour mes besoins naturels je disposais d’un vase de nuit en métal émaillé que je passais lui aussi par la chatière. Ma décision de jeûner ne relevait ni d’une lubie, ni d’une quelconque ascèse, elle répondait à une stratégie bien précise : éviter les haricots épicés pour ne pas me bousiller l’estomac et risquer une turista carabinée, chier et pisser le moins possible afin de ne pas me retrouver dans la pestilence de mes étrons ou de mes fèces et les faire chier le plus possible en leur laissant à penser que je me laissais mourir de faim. Pour oublier ma faim je dormais par séquence de quelques heures puis je me levais, me déshabillais pour faire des pompes simplement vêtu de mon calcif. Le premier jour fut une horreur mais je me tins à mon programme et lorsqu’ils ouvrirent enfin le verrou, le soir du cinquième jour, je me sentais dans une forme affutée en dépit de mon jeûne. Grâce à lui je brulais mes mauvaises graisses, mon estomac rétrécissait et je retrouvais de la tonicité musculaire. Mon gardien me fit passer à la douche puis m’intima l’ordre de revêtir une tenue de prisonnier en coutil bleu et de chausser des sandales. Deux types en uniforme militaire, postés à la sortie des sanitaires, me demandèrent de les suivre.

 

Nous montâmes trois étages, ça sentait le grésil et le cuir boucané, puis nous suivîmes un long couloir mal éclairé bordé de portes identiques. Tout au bout, un bidasse en uniforme semblait être de faction derrière une petite table sur laquelle étaient posée une sorte de registre et un téléphone en bakélite. Mes cerbères me firent asseoir sur un petit banc collé à la cloison. L’un d’eux me tendit son paquet de cigarettes. Gentiment je refusai. Nous restâmes ainsi pendant presque une heure sans que rien ne vienne troubler notre étrange face à face. L’homme derrière la table envoyait à un rythme soutenu des vents sonores et puants qui me confortaient dans ma sage décision de refuser les bols de haricots de mon ordinaire. Le téléphone stridula tirant le pétomane d’un début d’assoupissement. Il se contenta de répondre une bordée de Si mayor. Le plus jeune des militaires qui m’avaient accompagné, celui des cigarettes, me fit signe de me lever. Ce que je fis en souriant. Il me rendit mon sourire tout en allant frapper à une porte située derrière le factionnaire péteur. Ce fut un petit rondouillard en blouse blanche, avec un stéthoscope autour du cou et des bottes de cavalier  qui lui ouvrit. D’un signe de tête accompagné d’un coup de menton très martial ce qui devait être un toubib militaire me signifiait que je devais entrer. Ce que je fis d’un pas leste qui manifestement le surprit car lorsque je passais devant lui je vis dans son regard un réel étonnement.

 

Il me fallait en profiter car un adversaire déstabilisé se révèle souvent une proie de choix car il oublie la plus élémentaire prudence tant il est obnubilé par le contre-pied qu’il vient de subir. Manifestement le gras du bide s’attendait à recevoir un gugusse famélique en capilotade qu’il allait devoir requinquer avec une bonne petite perfusion de derrière les fagots. Au lieu de cela, hormis une barbe de cinq jours que je contemplais dans le grand miroir qui surplombait une cheminée où bizarrement un faux-feu de bois à l’anglaise rougeoyait, je pouvais plastronner à la condition tout de même de rester dans les limites du raisonnable. Je me sentais affaibli mais mon jeûne avait réveillé en moi une vitalité qui me soutenait. Sans même qu’il m’y invita je me laissai choir dans un fauteuil qui faisait face à une élégante table qui servait de bureau au médecin-major. Tout ici sentait le raffinement le plus extrême : des tapis au sol, des huiles aux murs, un parquet ciré, un sofa profond et un éclairage entièrement du à des lampes posées aux quatre coins de la pièce. Plutôt que la manière forte je pressentais que notre homme, aux ongles manucurés, serait plus sensible à l’excitation de sa libido. Son orientation sexuelle ne faisait aucun doute. Je bandais toute mon énergie en décidant de me dévêtir. Je le fis avec un aplomb qui laissait le bonhomme coi. Il restait figé, debout derrière son bureau, sans pouvoir se départir d’un intérêt proche de la lubricité. Lorsque je me retrouvais en slip en mobilisant toutes les ressources de ma libido je le vis passer sa langue sur ses lèvres lippues. Je frissonnais en pensant que s’il me demandait d’agir j’allais devoir m’atteler à une tâche peu ragoutante. Par bonheur ma vive et soudaine érection le débridait. En quelques pas, ondoyant du cul, il me rejoignait, s’agenouillait, baissait mon slip et me suçait en roulant ses gros yeux.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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