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25 avril 2010 7 25 /04 /avril /2010 02:14

Pour moi, simple infiltré, misérable agent dormant dans le petit monde insignifiant des frelons de la Gauche Prolétarienne, accéder au statut international de répondant d’un agent double pour le compte de deux crèmeries de l’Ouest m’apparaissait comme un réel saut qualitatif. Mon seul problème, si tant est que s’en fusse un réel, c’est que j’ignorais le degré d’information de ma maison d’origine sur l’état d’avancement de mon nouveau job. Le téléphone n’étant pas en ce temps quasi-préhistorique dans le domaine des télécommunications civiles ce qu’il est aujourd’hui je pris la décision, après en avoir discuté avec Chloé, d’aller au consulat de France voir l’attaché militaire pour m’en m’ouvrir auprès de lui et lui demander d’entrer en relation directement, via la valise diplomatique, avec Marcellin. Mon intrusion au consulat faillit tourner court dans le mesure où le consul était en congés, que l’attaché militaire était parti à la retraite sans avoir été remplacé et, qu’en tout et pour tout, il ne restait plus dans cette parcelle de France le planton et une secrétaire revêche qui ne daigna même pas me recevoir lorsqu’elle contempla ma dégaine au travers de la baie vitrée de sa cage à poules.  Fataliste je battais en retraite lorsque je me buttai à une belle et haute tige, en jupette blanche, qui serrait sur une fort belle poitrine une raquette de tennis Donnay. Un peu penaud je m’excusai en français ce qui déclencha chez elle l’expression d’un réel enchantement « enfin, un français qui ne soit pas un bidasse ! »

 

C’est ainsi que Jeanne, la copine de la fille du consul de France à Berlin, entra dans ma vie. Qualification inexacte puisque, avec un art consommé de l’esquive, elle me maintint pendant un long moment éloigné de son lit. Ce n’était pas pour me déplaire que de me retrouver dans la position d’un soupirant. Chloé venait de partir pour Milan et Sacha fourbissait ses arguments pour convaincre les services de la RDA de son utilité de l’autre côté du mur. Tel ne fut pas la décision des bureaucrates qui décidèrent de faire voyager Sacha dans les pays frères pour qu’ils puissent sonder les reins et les cœurs de certains intellectuels tentés par un éventuel voyage aller sans retour vers les douceurs du monde capitaliste. Ainsi Sacha goûta les plaisirs fades de la Convention internationale des égyptologues à Bucarest, l’ennui profond du congrès de la Fédération mondiale des syndicats à Varsovie, le néant absolu de la Foire au livre de Budapest et l’ambiance glaciale du Festival de la Paix et du chant de Leningrad.  Consciencieux comme un bon élève il mettait le moindre choriste géorgien ou la plus minable syndicaliste de Corée du Nord en fiche tout en rédigeant pour mon compte des rapports synthétiques sur les modes de propagation de la désinformation anticommuniste dans la presse du Tiers-Monde ou sur l’état d’esprit déplorable des oncologue internationaux réunis à Sofia. Moi je m’emmerdais ferme même si mon entreprise de séduction de la belle Jeanne me mobilisait.

 

Mes collègues américains, contrairement à moi, trouvait le travail de Sacha intéressant et pertinent. Les jours défilaient vides. Jeanne me rendait fou. Chloé ne donnait plus signe de vie. Sacha se consacrait avec un enthousiasme sans limite à la chasse aux femmes des diplomates africains accompagnants leurs maris dans les Congrès exotiques dont raffolaient les pays du socialisme réel. Très bonne pioche selon Bob. Que faire ? Prendre Jeanne d’assaut, je courrais tout droit à la catastrophe. Rentrer à Paris, pour quoi faire ? Partir ? Oui mais partir pour où et pour quoi faire ? Même Karen n’arrivait plus, en dépit de ses assauts répétés, à me tirer de mon ennui abyssal. Berlin me sortait par les yeux. Jeanne faisait deux pas en avant puis trois pas en arrière. Un beau matin plein de soleil j’enfourchai un vélo et je filai tout droit vers le check-point Charlie. À mon grand étonnement personne ne se souciait de ma petite personne. Mon bonjour en français aux Vopos sembla leur suffire. J’en restais pantois mais ça me requinqua. Je pédalais gaiement sur des avenues, aussi larges que des autoroutes, qui me menaient jusqu'à l'avenue Unter den Linden en passant par l'Alexanderplatz le nouveau centre-ville du « siège du gouvernement de la RDA » pour ne pas dire Berlin-Est capitale de l’autre Allemagne puisque celle de l’Ouest se contentait de Bonn. La soif commençait à me dessécher et alors que je cherchais des yeux une taverne pour m’envoyer un bock mes yeux tombèrent sur une fille perchée sur des talons aiguilles d’au moins 15 cm qui traversait au feu rouge : Jeanne. Je faillis percuter un paquet de cyclistes à l’arrêt.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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