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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 02:09

Des draps de soie noirs, des miroirs au plafond, un lit capitonné rouge sang de bœuf écorché, des guéridons juponnés, des lampes aux abat-jours en peau de porc, des descentes de lit léopard, des poufs écarlates, lorsque je me retrouvais dans la chambre de la barmaid, qui en fait devait être la patronne, je m’imposais, pour être digne du lupanar, un bain aux sels parfumés. Je faillis m’endormir dans les fumerolles embaumant le jasmin mais le grelot du téléphone posé sur l’une des consoles accrochées à la tête de lit me sauvait du naufrage. Dégoulinant j’allais décrocher. La jument m’annonçait sa venue imminente d’une voix étouffée emplie d’un désir exacerbé que je ne me sentais pas très en état de satisfaire. Tout mou, vide, je me laissais choir tout humide sur la couche de soie. Ce fut comme si mon corps se diluait dans une flaque d’huile avant d’être dégluti par une gorgone. Si j’avais eu encore trois sous de bon sens j’aurais empoigné mes vêtements crades et je me serais carapaté au plus vite de ce bordel mais mes yeux embrumés d’alcool se posaient sur un grand tableau accroché face au lit. Étrange regard que celui de cette jeune fille, à la fois triste et pervers, plein d’une rouerie qu’accentuait des lèvres gourmandes et des cheveux de jais lissés. Elle me narguait. Dans un élan irrépressible je sautais du lit sur un fauteuil pour décrocher la toile que je balançais sur le plancher avant de pisser dessus en ricanant. Ma mixtion calmait ma fureur. Je raccrochais la toile souillée avec difficulté avant d’aller me glisser dans les draps. Adossé aux oreillers je contemplais hébété le tableau de traviole où la fille me paraissait avoir perdu de sa superbe.

 

Je sombrais. Rêve récurrent, sur la plage de l’anse des Soux je regardais Marie s’éloigner de la rive de sa nage fluide. Je souhaitais l’accompagner mais mon corps semblait incrusté dans le sable tel une statue de sel. Des mots se formaient, défilaient dans ma tête sans jamais atteindre ma bouche. La tête de Marie n’était plus qu’un point dans la mer translucide. Un bloc d’angoisse m’enserrait. Pourtant je luttais figé dans une immobilité insupportable, impuissant. Et pourtant je ne m’avouais pas vaincu. J’espérais. Cette fois-ci elle reviendrait. Je l’envelopperais dans le drap de bain blanc. Je la frotterais jusqu’à ce que sa peau vire du violet au rose. Elle rirait. Je verserais le café bouillant du thermos dans la timbale de métal. Marie l’enserrait de ses mains fines. Mais non l’horizon était vide. Je chialais. Mes larmes salées me labouraient la tête. Je me débattais. Me redressais sur mon céans. Deux types en imper mastic me surplombaient. Des caricatures de flics, je m’ébrouais. À mon côté, démaquillée, apeurée, le drap tiré sur sa lourde poitrine, la femme du bar tremblait en reniflant. Ma tête pesait cent tonnes. L’un des deux types suçait une allumette. Ses dents pourries ressemblaient à des touches de pianos ébréchées. L’autre se curait les oreilles avec la branche de ses lunettes. Je m’adressais à eu en français. Ils ne pipaient mot. Je me levais pour m’habiller puis je les suivais sans leur demander d’explications.

 

Devant la porte de la chambre un jeune type, sapé comme un ricain, ray-ban et santiags, nous attendait affichant aux coins de ses lèvres un sale air mauvais. Ils m’entraînèrent vers un escalier de service qui débouchait sur une cour intérieure où une Land-Rover stationnait. Le chauffeur, un gros moustachu avec de grands battoirs poilus me fourrait un sac de jute sur la tête avant de me balancer d’une bourrade sur la banquette arrière. Des militaires, ce n’était pas des flics je le sentais à leur odeur, à leur façon de faire, à leur silence. La prédiction de Chloé se révélait-elle juste ? Si tel était le cas je ne donnais pas cher de ma peau. On allait me retrouver le né dans la poussière d’un terrain vague. La brièveté du trajet me rassurait un peu, nous restions en ville. Les mêmes grosses paluches m’extrayaient sans ménagement de la carlingue. Sous mes pieds des pavés, tout autour le bruit caractéristique des talons militaires, au contact froid sur mes bras nus des imperméables je savais que c’était les deux qui étaient venus me cueillir qui m’entraînaient vers ma nouvelle résidence. Bizarrement je n’arrivais pas à m’inquiéter, bien au contraire au fur et à mesure que nous avancions dans de longs couloirs dallés je sentais monter en moi une grande excitation. Maintenant nous descendions un escalier à colimaçon et l’un des deux types me tenait par le col pour m’éviter la chute. Ça sentait le moisi. Dans le même temps où j’entendais le grincement d’une vieille serrure on me délestait de ma cagoule en me poussant à l’intérieur d’un trou à rats sans fenêtre.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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