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29 août 2010 7 29 /08 /août /2010 02:09

Plutôt que de répondre à la relance de Chloé je lui prenais la main et l’entrainais dans Huerfanos, l’avenue chic de Santiago sur laquelle les salles de cinéma alternaient avec les vitrines de luxe et les bars.  Dans El Mercurio j’avais lu que la plus grande salle d’Huerfanos présentait : El primer aňo. Face à la caisse Chloé se regimbait «Tu ne crois-pas que nous avons déjà eu notre dose ! » Je la rassurais en ramassant ma monnaie « C’est la dernière avant notre reconversion ma belle... » Pour la première fois de la journée elle me souriait. Je venais de marquer mon premier point. La salle était bondée. Dans la meilleure tradition de la propagande officielle, chère aux démocraties populaires, le film retraçait les étapes d’une année de gestion de l’UP : la flopée de nationalisations, le charbon, le cuivre, l’acier... très bandant... mais je n’ironisais pas lorsque la voix off qualifiait le jour du cuivre de symbole de la dignité nationale. Chaque apparition à l’écran du bon docteur Allende, gentil et bonnasse, un chouïa Vincent Auriol en plus raide et moins bon vivant, se voyait ponctuée d’une bordée d’applaudissements. Comme la journée du cuivre, Allende symbolisait la dignité, c’était le père noble de la Nation. En revanche, l’omniprésente armée, en toile de fond, élément central du décor, n’était ni applaudie, ni sifflée. Le clou du spectacle, l’anti-Allende, le socialisme en battle-dress léopard, Fidel dont la barbe tenait lieu de pensée révolutionnaire, nous offrait un numéro de grande pute de la Révolution. Hors lui point de salut pour la Révolution. Pas de pitié pour tous ceux qui voulaient dénaturer les idéaux de la révolution castriste. Les cubains crucifiés à Cuba en savaient quelque chose. Chloé glissait sa main sous ma chemise. « Il nous balade, c’est à vomir... »

Huerfanos la nuit, la foule, un peu d’air frais venu des Andes, je prenais Chloé par la taille « Maintenant ma belle nous allons aller nous vautrer à nouveau dans les délices du bon vieux capitalisme... » Direction le Cintra où le maître d’hôtel nous accueillait avec une certaine circonspection eu égard à notre allure négligée mais mon français truffé d’espagnol hésitant et les belles manières aristocratiques de Chloé levaient ses appréhensions et le poussait même à nous installer à l’une des meilleures tables de la salle. Mon pourboire royal mais discret en billets verts consolidait notre position. Autour de nous que des vieux, des presque vieux, des déjà vieux flanqués d’une progéniture en passe de l’être. Chloé qui avait ôté son pull informe aspirait l’attention de ces messieurs, Dieu que les failles de son débardeur laissaient à voir une poitrine ample dépourvue de tout soutien. L’arrivée, d’une bouteille de Laurent Perrier Grand Siècle parachevait notre statut de gosses de riches venus s’offrir à bon compte une cure de Révolution démocratique. Chloé adorait le Champagne. J’embrayais. « Je suis persuadé que dès ce soir notre ami Bob Dole va recevoir un télégramme crypté annonçant que nous sommes arrivés à bon port à Santiago...

-         C’est pour cela que nous sommes ici ?

-         Non petit cœur, nous sommes ici pour renouer avec nos riches heures parisiennes. Foin des groupuscules, de la bouffe pourrie, des parlottes interminables, nous allons goûter aux plaisirs de la caste qui rêve de faire la peau du bon docteur Allende.

-         C’est ça ton plan mon génial légionnaire ?

-         Ne raille pas fille de peu de foi, attend au moins que je te révèle les arcanes de mon machiavélisme...

Nous passions notre commande, Chloé avait choisi les plats, moi les vins. Homard à l’américaine et faux-filet pommes en l’air arrosés d’un Montrachet dont j’ai oublié le millésime et d’un Ducru-Beaucaillou 1953. Le patron du Cintra se fendait d’une visite pour s’enquérir de l’état de conservation du Montrachet. Son bulletin de décès provenait sans aucun doute de son voyage, de son séjour ici et de son grand âge et je demandais gentiment à notre hôte empressé de le remplacer par une production locale. Ce qu’il fit en se répandant en excuses. Chloé se gondolait. « Vous les français vous vous la jouez avec le service du vin...

-         D’accord ma belle mais dans le cas présent goûte et tu comprendras...

-         Boua...

-         Alors je suis snob ?

-         Non, qu’est-ce qui lui est arrivé ?

-         Assassinat ou non assistance à personne en danger... De toute façon c’est un crime inexcusable...

-         Je t’aime comme ça...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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