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24 octobre 2010 7 24 /10 /octobre /2010 02:00

Pour Jasmine nous marier dans l’intimité, tout juste flanqués de nos deux témoins face au maire, ce n’aurait pas été un vrai mariage, alors elle battit le rappel pour rameuter tous ses amis de Paris. De mon côté, comme j’avais coupé les ponts depuis un sacré bail avec ma vie d’avant, je me contentais d’annoncer la nouvelle à mes nouveaux amis corses, certes pas très nombreux, mais c’était du solide. Mes travaux d’écriture furent un peu perturbés par les préparatifs, même qu’un moment je songeai à laisser tout en plan pour me consacrer entièrement à ma nouvelle vie. Un matin, alors que je n’avais pas écrit une ligne depuis trois jours, je soumis, avec certaines précautions oratoires, en présentant ça comme une éventualité, l’idée à ma future femme. Sa réponse claqua comme un revers à deux mains le long de la ligne « Si tu oses faire cela je te quitte...

- Vraiment tu me quitterais simplement parce que je mettrais un terme à ce machin qui ne fera jamais un livre...

- Oui sans l’ombre d’une hésitation !

- Explique-toi j’ai du mal à comprendre.

- Je ne suis pas très douée pour les explications mon amour mais, pour faire simple, ce manuscrit c’est ta maîtresse et je préfère avoir ta maîtresse entre ces 4 murs plutôt que tu ailles en chercher une autre ailleurs...

- Qu’est-ce que tu me chantes, c’est quoi cette histoire de maîtresse ?

- Je me comprends...

- Pas moi !

- Ne fais pas l’âne qui veut avoir du foin mon amour, tu sais très bien où je veux en venir...

- Je t’assure que non...

- Si tu es toujours dans mes jupes tu vas t’ennuyer... N’oublies pas que je ne suis qu’une petite coiffeuse...

- Tu dis vraiment n’importe quoi...

- Non, c’est la stricte vérité.

- Puisque tu le dis je ne vais pas te contredire mais qu’est-ce ça change que j’écrive ou pas ?

- Tout !

- Admettons que ça change tout mais c’est reculer pour mieux sauter je ne vais pas écrire jusqu’à mon  dernier souffle...

- Si !

- Toi tu as une petite idée derrière la tête... Avoue !

- Oui mon grand, je veux que tu écrives un roman.

- J’en suis bien incapable...

- Que tu dis !

- T’en sais des choses pour une petite coiffeuse de rien du tout...

- Te fous pas de moi !

- Je me contentais de te citer mon amour...

- C’est cela ironise, tu ne vas pas t’en tirer par une pirouette...

- Je ne me tire de rien du tout Jasmine. Permets-moi de te rappeler que c’est toi qui veux me quitter parce que j’ai émis vaguement l’hypothèse que j’allais peut-être arrêter de me la jouer « j’écris mes mémoires »...

- Donc tu continues !

- C’est un ultimatum ?

- Non mais tu vas me faire pleurer !

- Bravo ma belle, tu sors l’arme nucléaire, je ne peux que battre en retraite. Faire preuve de la plus insigne faiblesse. Rendre les armes...

- Beau parleur !

- Petite pute !

- Comme oses-tu parler ainsi à la mère de tes enfants !

- Nous n’en avons qu’un...

- Oui mais je vais être ta femme...

- Mais non puisque tu vas me quitter...

- Arrêtes de me faire tourner en bourrique espèce d’enfant gâté...

- Tu dis juste Jasmine. Là je te reçois 5 sur cinq. En clair ce que tu veux c’est que pour une fois dans ma vie j’aille au bout de ce que j’ai entrepris...

- Oui, c’est ce que je voulais te dire mais je n’avais pas les bons mots...

- Pour une petite coiffeuse je trouve que tu ne te débrouilles pas mal, non...

- Nous l’appellerons Marie mon amour et c’est pour elle que tu vas continuer de raconter ta vie...

- Arrête ma grande c’est moi qui vais pleurer...

 

Dès le lendemain, au petit matin, je me suis mis remis au turbin sans trop forcer l’allure. Jasmine attendit que le test de grossesse confirmât sa fécondation avant que nous ne fixions la date de nos épousailles. Quand j’écris nous je devrais écrire Jasmine car moi, selon une jurisprudence bien établie, je me laissais porter par les évènements. Elle balançait entre le tout de suite et le se marier avec le ventre rond. Elle me demandait un matin au petit déjeuner « qu’en penses-tu ? » Mon air totalement ahuri ne la fit pas battre en retraite « Tu me veux comment ? » À sa grande surprise, et à la mienne aussi, du tac au tac je lui répondais « Ronde comme un ballon mais toute en blanc ! » Je portais en moi le souvenir de sa précédente grossesse où elle s’était épanouie telle une pivoine, doucement, comme si son corps frêle prenait enfin de l’aisance, de la liberté. Jamais autant que pendant ce temps-là je n’avais eu autant envie de lui faire l’amour ; d’ailleurs nous avions fait l’amour comme jamais, doucement, avec gourmandise, dans une harmonie charnelle hors limite. Je la prenais souvent debout pendue à mon cou, mes mains enveloppant ses fesses, ainsi je sentais son ventre palpiter et j’avais le sentiment, non pas de l’investir, mais d’ajouter son poids au mien pour ne fissions plus qu’un.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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