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24 avril 2011 7 24 /04 /avril /2011 02:00

Les femmes possèdent une faculté unique de passer d’un état extrême à un autre tout aussi extrême mais en totale opposition sans aucune espèce de transition. La comtesse m’en fit la démonstration en s’émerveillant comme une gamine devant le spectacle de l’équipement de bickers que nous proposait le garagiste. Elle frappait des mains, s’extasiait, sautait telle un cabri, me prenait à témoin « Mon rêve ! Prendre la route... » Moi je tirais la gueule car je la voyais venir avec ses fripes de motards : je déteste viscéralement l’accoutrement grotesque de cette secte de gastro-couillards ! Tout est gros et lourd, gras, chez eux, sauf le QI. La perspective de me parer de cuir, de chausser ces lourdes écrase-merde ne me plaisait guère mais je savais pertinemment que les fantasmes de Marie-Amélie balaieraient mes préventions. Mon peu d’enthousiasme n’avait pas échappé à la mâtine qui s’empressait de me rassurer en me tendant un casque d’une légèreté incroyable et laissant les oreilles dégagées : « Avec celui-ci vous aurez l’air de James Dean... » Nous nous harnachâmes pendant que le garagiste effectuait quelques réglages sur la moto, une BMW R-75. Cette moto conçue pour recevoir un side-car fut également largement utilisée sans side et fut l'une des deux roues de base des bataillons motocyclistes des divisions blindées et motorisées de la Wehrmacht et des Waffen-SS. La comtesse, tout en ajustant ses lunettes de route, me racontait qu’en 1938, dans le cadre du Pacte germano-soviétique, les nazis, soucieux de leur approvisionnement en matières premières, fournirent en échange à l’armée de Staline les plans de la R-75 et la massive M72 des soviets en fut la copie conforme. D’abord construite à Charkow avant que les ateliers ne soient transférés à Gorkij dans l’Oural lorsque la Wehrmacht envahit l’Ukraine... » Devant mon air ébahi, elle ajoutait en me tapant sur l’épaule « Je suis raide dingue de moto et je vais enfin pouvoir m’éclater sur ce monstre que ce sale petit couillard a sûrement gonflé... »

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Marie-Amélie avait vu juste, la lourde moto, entre ses cuisses gainées de cuir, feulait, son monocylindre répondait parfaitement aux gaz et elle montait les vitesses avec facilité. La position de passager d’une moto, surtout un engin militaire, est à la fois peu confortable et d’un érotisme absolu lorsque l’on se retrouve dans l’obligation d’enserrer la taille de la conductrice. Nous empruntions la route 68 encombrée de camions dans les deux sens. Notre équipage n’attirait l’attention ni de la police, ni de qui que ce soit d’ailleurs, on devait nous prendre pour des excentriques s’offrant une balade dans le Chili de l’Union Populaire. Nous fîmes de l’essence à Curacavi. J’avais, vu le confort allemand de notre R72, le cul en compote et une soif d’enfer qui elle tenait à la sécheresse ambiante. Le pompiste tenait une sorte de cafétéria épicerie où je m’enfilai trois bocks d’une bière pisse d’âne. La comtesse, avant de me rejoindre, s’en était allée se refaire une beauté aux toilettes. À son retour je la félicitais pour ses talents de conduite. Elle avait descendu la fermeture-éclair de son blouson et la peau blanc de lait de sa gorge piquetée de grains de son attirait mon regard. Elle se  posait face à moi, les coudes sur la table « Est-ce que je vous fais bander ? » Ma réponse positive lui tirait un sourire carnassier. « Alors, profitons de vos bonnes dispositions jeune homme ! J’ai toujours rêvé de me faire prendre dans les chiottes ! » Abattu en plein vol j’osai une réponse indigne « Avec le litre de bière que je viens de m’enfiler ça risque d’être la Bérézina... » Un blanc s’installait avant que la comtesse très bravache me lance « vous ne perdez rien pour attendre... »  

 

À la nuit tombée nous nous arrêtâmes dans un hôtel de charme à Los Andes. Architecture coloniale, gazon impeccable, piscine désuète mais bien entretenue, patio empli de plantes vertes, hall douillet où voisinaient des fauteuils profonds, des tables basses et des lampadaires aux abat-jours en peau de porc. Le réceptionniste, dès notre arrivée, sans même nous demander ni nos passeports, ni quoi que ce soit, nous tendait la clé d’une chambre, qu’il qualifia de suite, située au dernier étage. Je m’en étonnais auprès de Marie-Amélie qui, tout en me passant la main dans les cheveux, me répondait avec une ingénuité gourmande « Vous êtes entre les mains de la République mon cher. Faites comme les oiseaux du ciel qui ne sèment, ni ne moissonnent, abandonnez-vous à moi... » J’étais fourbu. La Suite était bien une Suite de dimension, certes modeste, mais meublée avec goût et, luxe suprême la chambre donnait sur une vaste terrasse qui surplombait un panorama extraordinaire : la grandeur et la splendeur de la Cordillères des Andes. Seule ombre à ce tableau idyllique, encore qu’à bien y réfléchir sa présence m’épargnerait sans doute les assauts de la comtesse, Ramulaud, tout de blanc vêtu, se tenait debout, accoudé à la rambarde, en tirant sur sa bouffarde. Il esquissait un baisemain pour Marie-Amélie et grommelait à mon endroit un vague bonjour. « Vous avez tout ce que je vous ai demandé ! » le ton était impérieux. Ramulaud se cabrait face à ce qu’il prenait à juste raison comme un affront : se faire traiter comme un domestique devant un petit connard qui, outrage supplémentaire, devait bénéficier des charmes de madame alors que lui en restait aux promesses. La comtesse en rajoutait une couche « Fort bien, alors vous pouvez disposer ! » Ramulaud manquait d’air il balbutiait « Madame, monsieur l’ambassadeur s’inquiète de vous... » La répartie de Marie-Amélie « Il n’a pas tort, je me donne le putain de plaisir que ce con n’a jamais su me procurer... » l’empourprait et il battait en retraite en me lançant des regards mauvais.  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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