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9 janvier 2011 7 09 /01 /janvier /2011 02:09

 

270px-Statue Mellinet

Je reçus, dans les jours qui suivirent, un carton d’invitation de son Excellence l’Ambassadeur de France qui me conviait à dîner pour le mercredi de la semaine suivante. Charles-Enguerrand de Tanguy du Coët, en fin diplomate, avait fait libeller son invitation à mon nom, comme il se doit dans nos belles représentations diplomatiques : à la plume et en  écriture anglaise, mais en y accolant un «et madame»  fort peu compromettant. Francesca se réjouissait de cet accouplement, elle me susurrait sur l’oreiller « c’est un officier d’Etat civil il pourrait nous marier... » En soupirant, lâche soupir de soulagement, je lui rétorquais qu’il eut fallu pour cela qu’elle ne fût plus la légitime épouse du Général. « Alors fais-moi un enfant ! » Mon grand rire puis ma répartie « si ça n’est pas déjà fait ça ne saurait tarder ma belle » la surprenait avant de la plonger dans un ravissement extrême « ce sera donc ce soir » décrétait-elle en me chevauchant. Son assaut, son corps frais et lisse de jeune fille, sa façon de rejeter ses cheveux en arrière, son sourire accroché à ses lèvres bien dessinées, déclenchait dans ma tête un étrange ballet d’images floues, de noms, de prénoms qui me tirait vers un lieu que je n’arrivais pas à cerner. Je m’évadais. Francesca prenait mon air un peu à l’Ouest pour le début de mon plaisir. « Attends-moi ! haletait-elle je veux que tu m’emplisses quand je vais jouir... » Sa voix semblait venir du fond de ma mémoire, je m’accrochais à une fine raie de lumière que je croyais entrapercevoir. Ce furent mes mains, accrochées à la saillie de ses crêtes iliaques, qui me firent basculer là où je cherchais à aller. Francesca se cabrait. Je la sentais m’engloutir, elle gémissait et moi je criais « Mellinet ! » en laissant ma sève jaillir.

 

En dépit de mon extrême dénuement post petite mort je me redressais sur mon céans ce qui surprenait Francesca. Inquiète, elle me questionnait d’une petite voix angoissée « Qu’as-tu ? » J’éteignais la lampe de chevet avant de lui répondre « Il faut que je te parle... » Elle venait se blottir tout contre moi « tu vas me quitter... » Je la rassurais en lui caressant les cheveux. Dans la pénombre de cette chambre où je venais de faire un enfant, du moins était-ce le désir de ma partenaire, je me sentais bien et je me mis à dévider ma pelote « Je vivais de peu, arrondissant mon petit pécule comme pion à mi-temps dans une boîte de curés, mais je vivais bien de pâtes, d'œufs au plat et de riz au lait. Sapé comme un prince par ma très chère maman j'étais un privilégié car je logeais en ville. Un rez-de-jardin, rue Noire, dans le pavillon d'une vieille baveuse pour qui j'assurais l'approvisionnement et la maintenance de sa chaudière à charbon. Certains soirs, lorsqu'elle s'ennuyait, je devais me taper un petit sherry avec des gâteaux secs en sa compagnie. C'est dans sa salle à manger Henri III, sur la chaîne unique, que j'ai vu Marcel Barbu, candidat à la première présidentielle au suffrage direct, en 1965, pleurer. Beaucoup de mes copains ou copines, fauchés, vivaient à la Cité U de la Jonelière, loin du centre, dans des piaules de neuf mètres carrés, meublées dans le style fonctionnel des prisons. Passé vingt-deux heures ils étaient coupés de tout, crevaient d'ennui et, pour couronner leur solitude, ils subissaient un règlement intérieur digne d'un internat de jésuites : interdiction de bouger les meubles, d'accrocher des photos aux murs, de manger dans sa piaule. La cerise sur ce gâteau déjà lourd était, bien sûr, l'interdiction faite aux jeunes mâles d'accéder au pavillon des filles.

 

La revendication de la mixité horrifiait beaucoup de mères dans les salons où je traînais encore mes guêtres. En les écoutant décrire l'effondrement des valeurs morales qui s'ensuivraient, je balançais de leur rétorquer que leurs filles n'avaient de cesse de m'offrir, sous leurs jupes plissées, les mêmes avantages à domicile. Mais, à quoi bon m'offrir ce plaisir, j'étais déjà ailleurs, loin des appâts vénéneux de ces oies blanches des beaux quartiers. Lors d'un dîner, le recteur d'Académie, un gros au teint apoplectique, enserré dans un costume trois pièces à rayures tennis, qui le faisait ressembler à un parrain de la Cosa Nostra, en tirant sur son havane, et en sirotant son Armagnac d'âge canonique, devant la basse-cour décatie, concluait sa brillante analyse de la situation, d'une remarque de haute portée morale « Hier, ils réclamaient des maîtres ; maintenant, ils leurs faut des maîtresses... » Tout le monde s'était esclaffé, sauf Pervenche, la fille de la maison, et moi. Elle m'avait chuchoté dans l'oreille « on monte dans ma chambre sinon je dis à ce vieux satyre qu'il parle en expert puisqu'il se fait ma très sainte mère... » Notre sortie de table me procurait une satisfaction proche de l'extase. Pervenche me tirait à bout de bras. C'était une grande bringue, plate comme une limande, avec de grands yeux de cocker et un casque de cheveux coupés courts. Je souriais bêtement. Ma serviette de table encore accrochée à ma ceinture flottait entre mes cuisses tel un drapeau blanc. Le silence s'était fait d'un coup. Anne-Françoise, la mère de Pervenche, pressentant le danger d'une remarque assassine de son unique fille, fit front avec panache. Elle se levait, souriante, «  et si nous laissions ces messieurs à leurs cigares et à leur envie de parler politique entre eux, sans subir nos babillages féminins si importuns... » Nous étions déjà proche de la sortie. Pervenche se retournait. Pour l'amour et les beaux yeux verts de sa mère, à mon tour, je la tirais vers le hall. Elle trébuchait. Lâchait un « merde alors » sonore. Je la rattrapais au vol. « Tu la boucles sinon je me casse ». Elle cédait. Nous volions dans l'escalier d'honneur. Ma nuit avec Pervenche fut ardente et studieuse. Je découvris les condoms. Ma partenaire insatiable pendant que je reprenais des forces, calée dans les oreillers, me parlait de Dany le rouge, le révolutionnaire joyeux qui se méfiait des Bolchëvo-staliniens, des marxistes à la triste figure, des prophètes sentencieux portant sur leurs chétives épaules tous les malheurs de l'humanité. C'est donc dans un lit douillet d'un hôtel particulier de la place Mellinet que je fis mes premiers pas de révolutionnaire dans les bras d'une adepte du mouvement du 22 mars. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Luc Charlier 09/01/2011 20:56



Persiste et signe, il y a du VGE dans ces descriptions.


A quand les diams du cannibale, Jacques ?


Par contre, voir votre Altesse émigrer vers Estaing m’irait bien : non pas que le vin y fût bon, mais le château, vu de
l’extérieur, est une merveille et j’aimerais le visiter. Je solliciterais une audience et nous pourrions, qui sait, organiser une petite croisière sur la Truyère, avec vos gens comme rameurs.
Ceci m’inspire d’ailleurs un petit pastiche :


 


« Comme je descendais la Truyère si paisible,
Je ne me sentis plus poussé par ses rameurs :
Des AOCistes revenchards les attaquaient, irascibles,
Après avoir reconnu Bertho à son chandail de couleur.
J'étais très inquiet devant tant de tapage,
moi le petit Flamand au bide plus que replet.
Quand, épuisés, nous atterrîmes sur une plage,
Jacques m’a laissé boire tout ce que je voulais. »


 



JACQUES BERTHOMEAU 09/01/2011 21:21



Seriez un addict du déplumé de Chamalières ? Auriez vous lu ses oeuvres complètes reliées plein veau élevé sous la mère en Corrèze ? Je n'ai pas eu cette chance alors j'aurai au moins des
arguments à faire valoir s'il m'accuse de plagiat.



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