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3 janvier 2010 7 03 /01 /janvier /2010 00:00

Affirmer que le soudain renversement de situation ne me prit pas de court serait mentir. Face à un Marcellin toujours debout, clope au bec, l’œil narquois je mis un peu de temps à reprendre mes esprits. Mon apparent désarroi dut convaincre le Ministre que sa stratégie était la bonne et que j’allais me déballonner, me mettre à table. Pour reprendre pied j’adoptais un ton désinvolte pour lui demander « Avant de tout vous dire, je prendrais bien à café... » Ma requête le fit sourire, il devait penser, « ce petit con veut gagner du temps mais je le tiens par les couilles et il ne va pas s’en sortir avec des provocations... » y’avait chez lui du Pompidou, le côté pesant, madré, retors, mais sans la finesse du normalien de Montboudif. Pour me tirer les roupettes de ses grosses pognes j’allais devoir accepter de jouer avec lui dans le caniveau, pas finasser, le Raymond n’appréciait pas les intellos, les faiseurs de théories. Fallait que je marque d’entrée mon territoire avec du foutre bien chaud, bien gluant, pour que cette vieille crapule comprenne vraiment à qui il avait à faire. Les plaies mal cicatrisées, celles qui démangent encore, constituent le lieu privilégié des attaques les plus virulentes. Verser un peu de vinaigre, goutte à goutte, en évoquant le souvenir des saloperies fabriquées de toute pièce contre le couple présidentiel par exemple, sans, bien sûr, mettre en doute la bonne foi du Ministre dans cette sale affaire mais seulement en lâchant quelques noms, comme ça, l’air de rien, sur le ton de la confidence. Les politiques, surtout ceux de l’acabit de Marcellin, ne se laissent jamais impressionner par le rappel de leurs vilenies ou de leurs mauvais choix, bien au contraire ils en tirent parti pour rebondir. Mon niveau d’information sur l’affaire Markovic me rangeait dans la classe de ceux avec qui il faut conclure un pacte de non-agression. La cendre de sa clope poudrait le revers de son veston et le tapis, preuve de l’extrême attention de Monsieur le Ministre de l’Intérieur aux propos d’un sale petit branleur. Son « Qu’attendez-vous de moi ? » sonnait l’heure d’un changement de tactique.

Au lieu de profiter de mon avantage – ce qui à court terme aurait pu flatter mon ego mais qui, sur le long terme se serait révélé contre-productif : un Marcellin humilié ne me pardonnerait jamais – je proposai au Ministre de m’investir plus encore sur un sujet qui lui tenait particulièrement à cœur : l’Internationale gauchiste. Ce nouvel avatar de notre entretien lui plu d’emblée, nous allions pouvoir manger dans la même écuelle en toute confraternité. Au grand banquet de la manipulation, des coups fourrés, à qui baise qui, seuls ceux qui n’ont aucun souci de l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes peuvent espérer en l’avenir. Touiller dans la merde, y mettre à l’occasion la main, provoque dans la cohorte des signataires de pétition des hauts le cœur. Pour eux, la basse police s’apparente à une forme de sodomie des libertés fondamentales. Ça le faisait jouir, le maire de Vannes, d’entendre les cris d’orfraies des intellos et des bourgeois de gauche, c’était comme si lui, le bon chrétien qui va à la messe le dimanche avec bobonne, les niquait profond sans avoir besoin d’en confesser sa faute. Ma proposition le comblait d’aise ce qui ne l’empêchait pas de me prévenir que tout ce qui se passait hors de nos frontières n’était pas de son ressort. En clair, je tire les marrons du feu si tu t’en sors mais ne compte pas sur moi pour te tirer d’un mauvais pas. J’en convins en lui demandant d’éviter les fuites en direction de la Piscine. « Vous plaisantez j’espère ! L’idée ne m’aurait jamais effleuré l’esprit. J’ai en profonde horreur ces culottes de peau prétentieuses et inefficaces. Rien que des j’en foutre, des demi-soldes, dans l’affaire que vous évoquiez, avec pertinence, tout à l’heure ce sont certains d’entre eux qui ont monté la machine contre le Président. Par bonheur notre bonne vieille PJ a fait son boulot... » J’appréciais toute la saveur de l’évocation de ma pertinence mais, plus prudent qu’un chacal, je rajoutai une couche de flagornerie.

« Permettez-moi, monsieur le Ministre, d’imaginer que vous ne m’avez pas convoqué ce matin pour que vous puissiez me fournir de faux passeports... Je me tiens à votre entière disposition avant mon départ pour remplir la mission que vous vouliez me confier... car je suppose que telle était votre intention... » Je dois avouer que Marcellin en resta, un instant, stupéfait de voir ce soi-disant petit flic des RG lui dicter la conduite à tenir. Il grommela « vous devriez faire de la politique... » avant de se raviser goguenard « en fait je ne crois pas, vous êtes trop intelligent pour vous fourvoyer avec ce troupeau de minus... » L’avertissement était sans frais, je cessais de la ramener car je risquais de perdre tout le bénéfice de l’avantage que je venais de gagner. Le Ministre gagna son bureau d’un pas lourd. En se saisissant d’une chemise cartonnée, sans même me regarder, à son tour il me prenait de court « avant d’aller à Rome vous allez d’abord vous rendre à Berlin-Ouest. Les gauchistes teutons me semblent bien plus dangereux pour nous que leurs confrères ritals, le voisinage de l’Est les rends plus perméable aux manipulations des cocos. Vous parlez l’allemand ? » Ma réponse négative ne le démontait pas « Alors vous emmènerez votre dulcinée qui elle, je suppose, est polyglotte et, comme elle est bien introduite dans l’Internationale gauchiste ça ne peu que vous aider... » Son ton me tira des frissons, pour lui Chloé se révélait bien plus pointue que moi. Marcellin savourait le fait d’avoir repris la main. Il me tendait la chemise défraichie « vos petits copains envisagent de perpétrer un hold-up dans une succursale du Crédit Lyonnais pour alimenter leur trésor de guerre. Je compte sur vous pour m’en dire plus que ce qu’il y a dans ce fichu dossier, soit presque rien... »    

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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