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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 00:00

Jean-Edern face à un flacon de champagne accompagné d’une jolie femme, plus encore qu’à son ordinaire déjà tonitruant, se muait en une forme unique d’hydre collante, vibrionnante, postillonnante, soulante pire qu’une sangsue goulue et indécollable. Pour m’en débarrasser j’optais pour une stratégie radicale : le faire boire jusqu’à l’écroulement. La bête était coriace mais je l’achevais à la vodka. Bon prince, avec l’aide du garçon, je le chargeai dans un taxi, moyennant un pourboire royal en sus de la course, pour reconduite à la frontière et déchargement compris. Nous arrivâmes très en retard au consistoire de la branche action de la GP où la tabagie n’arrivait pas à masquer les remugles de jus de chaussettes et de calcifs confinés. Pour Pierre Victor-Benny Levy, qui bien sûr, n’était pas présent à la réunion, retranché qu’il était dans sa tanière de Normale Sup, il fallait mener à bien en France « la guerre civile » qu’il venait de décréter. Feu sur les capitalistes et ses chiens de garde le PC et la CGT. « La Révolution n’est pas un dîner de gala... » comme le proclamait le grand président Mao. Seule la violence pouvait renverser la classe dominante et amener le prolétariat au pouvoir. Dans la France pompidolienne résonnait selon eux le bruit des bottes. André Glucksmann dénonçait l’instauration d’un « nouveau fascisme ». Pour lui Marcellin est un émule d’Heydrich ». Entrer en Résistance, en appeler à Jean Moulin, à Guy Môquet déjà, au colonel Fabien s’il avait su, pour faire éclater le courroux des larges masses. Dans la feuille de chou « j’Accuse » Glucksmann tonnait « Chaque fourgon de police mis en déroute par une résistance violente, chaque manifestation qui oblige la police à céder le pavé, chaque séquestration où les forces de l’ordre n’osent pas intervenir de peur de la colère populaire est une victoire antifasciste ! » Pour faire parler la poudre il fallait des artificiers alors les chefs de la GP, en même temps que les Brigades Rouges en Italie, venaient de créer une sous-branche « militaire » : la NRP, la Nouvelle Résistance Populaire, forme « granguignolesque » d’une armée de l’ombre qui plastiquera Minute. Ce cher Glucksmann doit, sous les lambris des palais nationaux, prendre le thé avec Patrick Buisson et ils doivent égrener leurs souvenirs communs du bon vieux temps du « fascisme pompidolien ».

La présence de Chloé, seule femme tolérée dans ce tas de mecs frustrés eu égard à sa connexion directe avec les Brigades Rouges, provoquait chez certains des montées de sève violentes qui les poussaient à en rajouter dans leurs délires verbaux. Ces braves fantassins de la Révolution prolétarienne se seraient bien vus, en rêve bien sûr, monter à l’assaut de ce corps qui sentait bon pour se libérer de leur slip en zinc et connaître les délices du repos du guerrier. Mais comme l’écrira Olivier Rolin dans Tigre en papier « après ce vestibule donc il y a une porte ouverte dans laquelle s’inscrit en diagonale la moitié d’un lit sur quoi s’aperçoivent les jambes nues de Chloé, non le reste de son corps. Et ces jambes bougent. C’est peu dire qu’elles bougent : elles se nouent, se dénouent, glissent, se frottent l’une contre l’autre. Si crétin que tu sois, il ne t’échappe pas que ces jambes parlent, plus précisément qu’elles te parlent à toi : et même assez franchement. Or tu es fasciné et terrifié parce qu’elles te disent. Elles ne parlent pas la langue empesée des « réus », ni celle avec laquelle tu fabriques ton tract. Tu trouve qu’elles ne manquent pas d’air, ces jambes. Tu trouves que les jambes n’ont pas à se mêler de politique. Naturellement, tu ne penses pas cela vraiment : dans le tréfonds tremblant et véridique de toi-même tu penses surtout que le corps, et plus particulièrement ceux que tu désires, et plus particulièrement encore ce qui en eux est comme la signature de leur étrangeté, sont de purs volumes d’effroi. » avant de conclure « tu as peur du sexe de Chloé, voilà la vérité » Moi dans cette fosse aux châtrés je faisais l’objet d’une haine à peine dissimulée et, si je n’avais pas été un protégé de la vieille roulure de Gustave, je n’aurais eu le choix qu’entre faire mon autocritique pour déviationnisme petit bourgeois lié ma copulation intense ou me faire exclure pour mon entreprise de démoralisation du chaste fantassin de la GP.

Le surlendemain, nous filions au fond de DS21 vers l’aérodrome militaire de Villacoublay pour nous embarquer dans un Mystère 20 du GLAM. Ce cher Albin, lorsque je lui présentais Chloé, déployait avec élégance et détachement toutes les facettes de son pouvoir de séduction en me faisant remarquer d’un ton sérieux « que je n’étais pas à ma juste place... que mon refus de la lumière l’intriguait... » Mon silence, loin de le désarmer le poussait à plus de causticité « vous êtes un aventurier je suis persuadé que vous rêvez de pervertir le système de l’intérieur pour que nous tombions le moment venu comme des fruits mûrs... je me trompe ? » Chloé se portait à mon secours à sa manière « Vous vous méprenez monsieur le Ministre, ce grand jeune homme n’a de cesse d’enterrer sous des tonnes de boue le grand et seul amour de sa vie. Il jouit de son malheur. C’est un enfant gâté qui veut toujours être au centre de tout sans jamais rien assumer... » Présent à notre arrivée dans le bureau du Ministre, l’Archange Gabriel, toujours aussi chafouin nous contemplait avec stupéfaction. La liberté de langage de Chloé le mettait mal à l’aise, son naturel de petit pâtissier respectueux monté par les cours du soir dans l’Olympe du pouvoir ne supportait pas l’arrogance tranquille de cette bien-née. Ce trouble n’échappait pas au Ministre. Il prenait un malin plaisir à lui mettre plus encore la tête dans le sac « Mon petit Gabriel ne gaspillez pas votre précieux temps à écouter des propos aussi légers. Allez vaquer à votre ouvrage et laissez nous explorer des territoires qui vous sont inconnus... » Les petits yeux mobiles et inexpressifs  de l’Archange hésitaient entre la rage froide et la soumission servile. Il battait en retraite en murmurant des salutations confuses. Le temps était venu de partir, la répartition dans les voitures se fit à la grâce du Ministre qui prit à son bord Chloé pendant que je partageais l’arrière de la seconde voiture avec le chef de cabinet grand ordonnateur de tous les déplacements.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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