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18 octobre 2009 7 18 /10 /octobre /2009 00:05

 

Les courants étaient portants, nous nous posâmes à Campo del Oro, débaptisé au profit du grand homme d’Ajaccio, avec un quart d’heure d’avance. Pendant le vol Jasmine s’était assoupie, la tête posée sur mes genoux, et le rythme régulier de sa respiration m’avait empli d’une grande paix intérieure. Le ciel était pur et l’air d’une tendre douceur. En tongs et chapeau de paille d’Italie Raphaël nous attendait dans le hall. La Méhari, même si elle peinait dans les lacets, nous porta en douceur jusqu’à notre maison de Tiuccia. Le déjeuner était prêt car Raphaël avait recruté une jeune marocaine pour tenir notre intérieur. Je retrouvais sitôt mes marques. Jasmine ouvrait une bouteille de rosé du Clos d’Alzeto pendant qu’Aïcha taillait, sans se soucier de la proximité impure du « ralouf », des tranches de saucisson corse. À l’aéroport, Raphaël avait acheté la presse parisienne. Moi qui ne lisais jamais le Figaro, en le feuilletant négligemment, je tombai coup sur coup sur deux infos qui me mirent en joie. La première concernait le projet cher à notre Président et à son porte-flingue à l’égo plus large que la porte d’Aix : Christian Blanc, le Grand Paris. J’adore les petits meurtres entre anciens amis : Blanc et Huchon sont de ceux-là, Michel Rocard fut leur étoile. Je passe sur les détails mais, à propos d’un transfert à la hussarde des actifs du Syndicat des Transports Parisiens, dont il est le président, le tout rond Huchon, criait au hold-up en concluant : « On revient au temps de Pompidou et de l’affaire Aranda, la République sert maintenant les affaires privées... »

« Tu as un sens aigu d’être au bon endroit au bon moment. Tu devrais te reconvertir soit en stratège, soit en gourou... » me conseillait un Raphaël qui, tout en me charriant, appréciait tout particulièrement la plastique pulpeuse de notre Aïcha qui elle aussi ne restait d’ailleurs pas insensible à son empressement à la seconder dans ses tâches ménagères. Jasmine absorbait un cocktail de fruits mixé à quatre mains par les deux larrons. Mon « Ah ! Ben merde alors ! C’est vraiment le jour d’Aranda concentra tous les regards sur moi. Le titre de l’article pétait pour moi comme une claque sur la gueule du minus habens réfugié en Suisse « Comment les services secrets anglais ont recruté Mussolini » Quand je pense que du temps de Pompidou notre Archange, avec son bouquin délirant, « La Stratégie soviétique dévoilée »  soutenait que « Mussolini, le « Duce » ne fut même en 1940 qu’un « agent communiste » ! au service « d’un vaste plan machiavélique conçu à Moscou » pour mettre la main sur le monde. Là, dans le Figaro, Peter Martland, un historien de Cambridge, qui s'est plongé dans le passé d'agent jusque là mal connu du Duce, écrivait « qu’en 1917, le MI5 a payé pendant un an le futur dictateur, alors jeune journaliste, pour faire campagne en faveur du maintien de l'Italie aux côtés des alliés pendant la Première Guerre mondiale » Raphaël rengaina derechef ses railleries pour me décerner l’Oscar du meilleur dénicheur de scoops. Nous descendîmes sans coup férir la bouteille de Clos d’Alzeto.

Jasmine qui n’avait pas pipé mot pendant nos congratulations vint se poser sur mes genoux. « Si tu veux bien écouter mon avis, à propos de ce que tu m’as confié ce matin, garde ton secret bien enfoui. N’écris rien tant que ta plume s’y refusera. Tel que je te connais je suis persuadée qu’un jour tu délieras ce nœud sans aucune espèce de difficulté. Quand j’étais petite j’adorais embrouiller les écheveaux de laine de ma grand-mère comme si c’étaient des spaghettis juste cuits, mous et fluides, pour mieux les démêler avec la patience d’une araignée tissant sa toile. »  Je lui caressais la nuque en soupirant « il faut que tu saches ma belle que tout homme à un prix, pour Benito c’était 100 £ de l’époque par semaine, soit 4 misérables millions d’anciens francs, et tout ça, sans doute, pour entretenir ses maîtresses... Le cul tient les hommes par les couilles et ceux qui écrivent l’Histoire avec un grand H sont bien dépourvus face à la toute puissance des femmes... » Aïcha qui dressait la table me contemplait en écarquillant ses grands yeux noirs. Me prenait-elle pour un démon ou pensait-elle à tout le parti qu’elle pourrait tirer de ces paroles pour mener ce grand nigaud de Raphaël par le bout du nez ? Je me crus obligé, pour la rassurer, d’ajouter « c’est un juste retour des choses, les femmes utilisent au mieux les armes dont elles disposent... » Jasmine me tambourinait la poitrine en protestant « tu te trompes il est aussi des femmes qui aiment pour aimer tout simplement... »    

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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