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17 janvier 2010 7 17 /01 /janvier /2010 02:00

Mon plan était aussi tordu qu’un cep de Carignan centenaire. Gustave en restait pantois. Tout reposait sur ses épaules. Acte 1 : il vendait au Guide suprême de la GP la reprise à son compte du coup de main. Facile, d’après lui. Acte 2 : avec l’aide de la Grande Maison nous montions un faux traquenard dans une succursale du Lyonnais où seuls nos petits camarades de la GP, chargés de faire le guet, se feraient gentiment alpaguer alors que nous, certes bredouilles, nous en réchapperions. Acte 3 : le soir même avec Gustave, pour rattraper le coup raté,  nous cambriolerions l’appartement du père de Marie. Acte 4 : de retour auprès de nos camarades, magot en lieu sûr, nous leur déclarerions avoir été trahis dans l’affaire du Lyonnais et, qu’en attendant la nécessaire épuration interne, nous mettions sous séquestre le trésor de guerre. Merdier assuré à tous les étages de la GP et bénéfice net pour Marcellin du côté de la presse et de l’opinion publique apeurée sa police venait de déjouer, sans casse, un hold-up de la fraction la plus activiste des enragés. Seules victimes collatérales de l’opération : les trois ou quatre branleurs de la GP épinglés par la poulaille. Gustave les choisirait parmi les plus beaux représentants des fils de la haute bourgeoisie universitaire afin que la mobilisation en leur faveur dans la presse bien pensante de gauche soit maximale. Marcellin avait signé des deux mains. Certains de mes collègues tiraient la gueule : ça sentait l’arnaque mais puisque la hiérarchie couvrait ils ne me firent aucune objection. L’Acte 5 restait top secret, seul Marcellin était dans la confidence : le fameux magot, soi-disant dérobé au père de Marie, me servirait de couverture pour mon périple à Berlin Ouest. Gustave, trop heureux d’empocher un beau paquet, s’en laverait les mains auprès de ses admirateurs de la GP en déclarant que l’urgence révolutionnaire exigeait que ce bel argent aille à l’avant-garde de l’Internationale Terroriste. Les petites bites françaises de Benny Levy goberaient l’argument sans regimber et surtout, ils ne manqueraient pas d’en répandre l’info dans le petit monde des gauchistes européens. S’ils tardaient à le faire des fuites organisées par la grande maison me permettraient de débarquer à Berlin-Ouest dans les meilleures conditions.

Chloé acceptait de m’accompagner à Berlin. Elle trouvait mon plan assez minable mais faisait contre mauvaise fortune bon cœur en comprenant qu’il n’était pas possible de faire une omelette sans casser des œufs. Tout se passa comme prévu sauf que les guetteurs pris d’une trouille prémonitoire se tirèrent avant même que nos collègues n’interviennent. Marcellin furax passa un savon aux chefs mais empocha les dividendes de l’opération en exhibant auprès de journalistes triés sur le volet les tracts de la GP trouvés sur place. La presse de gauche cria à la manipulation et la Cause du Peuple publia un texte tellement obscur et embrouillé sur l’affaire que cela eut pour effet d’accréditer la version de Marcellin tout en jetant un profond trouble jusque dans son état-major : les soupçons de traîtrise pourrirent plus encore les débats et surtout paralysèrent toutes nouvelles tentatives de financement de l’armement des masses par des coups de mains audacieux. Les délices des débats, fumeux et interminables, et la cascade des autocritiques me permirent de jouer ma carte allemande sans aucun risque. Restait à traiter mon cher Ministre : allais-je le laisser tomber sans un mot d’explication ou bien serait-il de meilleure politique de lui vendre une version enluminée de mon périple européen ? De toute façon je ne pouvais échapper à l’explication qu’il avait souhaitée sur le tarmac de Villacoublay. Tout ce que j’avais réussi à obtenir, en prétextant des problèmes de santé, c’est un délai. Chloé me sauva la mise en me voyant préoccupé « dit lui que nous partons en voyage de noces, je suis certaine qu’il n’y verra rien à redire... » C’est que je fis le soir même. Le bel Albin peu convaincu sourit mais sa bonne éducation lui interdit de me soumettre à la question. Mes relations avec Marcellin le préoccupaient manifestement plus que ma situation matrimoniale. Je fis long mais simple. Je mis en avant ma relation privilégiée avec le père de Marie, grand ami de madame Pompe, pour lui expliquer que je lui servais d’intermédiaire auprès du Ministre de l’Intérieur depuis l’affaire Markovic dans laquelle il s’était beaucoup impliqué pour défendre l’honneur de Claude Pompidou. La stature de l’homme impressionnait manifestement mon cher Ministre qui écouta mon récit sans m’interrompre. En me raccompagnant à la porte de son bureau, avec un large sourire il me dit « je vous fais porter un cadeau de mariage dès demain matin... » L’archange Gabriel, qui pointait son museau dans l’antichambre, se crut obligé de me présenter ses félicitations ce qui lui valut l’ironie de son cher Ministre « Vous devriez prendre de la graine Gabriel, célibataire à votre âge ça fait jaser... »

Nous étions à la veille de Noël et alors qu’il neigeait en Bretagne et en Normandie la Corse littorale se voyait gratifier d’un chaud soleil. Le terme de Jasmine approchait. Raphaël préparait activement le réveillon auquel nous avions convié nos voisins. Menu très classique : huitres Gillardeau, foie gras d’oie mi-cuit sur canapés, poularde de Bresse Miéral pommes de terre cuites dans le jus de cuisson, plateau de fromages, bûche de chez Hermé. Ce zigomar n’avait rien trouvé mieux que de prétexter, deux jours avant Noël, des affaires urgentes à régler à Paris pour faire un aller-retour d’où il ramenait, outre une montagne de paquets, le menu susdit dans un container réfrigéré d’Air France. Jasmine très carbone neutral lui avait fait une scène. Lui, benoîtement lui avait déclaré qu’il éprouvait un besoin irrépressible de retrouver l’espace d’une soirée des parfums parisiens et, qu’eut égard à l’insularité corse et à l’urgence, l’avion s’imposait. Les vins seraient corses à l’exception du Champagne. Je promettais à Jasmine de m’habiller comme un futur père. Pour faire plaisir à nos amis corses et à Jasmine habitée d’une soudaine spiritualité nous avions décidé de nous rendre avec eux à la messe de Minuit. Raphaël s’affairait autour du sapin sous lequel il avait érigé une grotte. Nous nagions dans les bondieuseries et ça me donnait du vague à l’âme. Le matin j’avais tiré l’intégralité de mon chapitre 7 et je le relisais sur le balcon en attendant l’heure de notre départ pour l’Église lorsque Jasmine vint me rejoindre « Mon amour je crois qu’il va se pointer cette nuit. Je viens de perdre les eaux et je ressens les premières douleurs... »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

ouachani 17/01/2010 14:30


Monsieur,

Je vous saurais gré de bien vouloir m'exuser de cette malheureuse erreur.

Bien cordialement


ouachani 17/01/2010 13:30



Le mariage gris est une nouvelle expression pour dénoncer l'escroquerie sentimentale. Elle qualifie l'union d'un(e) français(e) avec une personne étrangère qui l'aurait manipulée dans le seul
but  de séjourner en France, d'obtenir la nationalité française et de divorcer après avoir dépouillé le dindon de la farce. Une arnaque à but migratoire. Je milite contre ce fléau afin de
prévenir les nouvelles hypothétiques victimes. Je revendique à partir d'expériences personnelles vécues, l'application réelle de l'Etat de droit en France comme à l'étranger. Mon appel est lancé
consciencieusement et civiquement comme une graine capable -in fine-de contribuer à l'efficacité des mécanismes administratifs et humains, juridiques et judiciaires producteurs d'injustice. Les
rapports de force très défavorables voir malfaisants et  parasitant seront dénoncés avec courage, détermination et véracité. L'expérience vécue intensément dans toutes ses péripéties en
constitue le principal argument.


Le mariage gris est avant tout une trahison conjugale, dégénérant en cauchemar. J'ai écrit en janvier 2009 un livre " LA VALSE DES PANTINS" sur ce drame terrible. Des extraits de cet
ouvrage sont disponibles sur Internet. Pour comprendre les ravages du mariage gris et ses conséquences, je vous invite à lire mon livre. Ce roman est un support tant médiatique que juridique.


http://www.édilivres.com/doc/4783/la-valse-des-pantins/Houcine-Ouachani



JACQUES BERTHOMEAU 17/01/2010 13:49


Je laisse en ligne ce commentaire, qui n'a rien à voir avec la choucroute et qui relève de la technique du coucou, comme un exemple de la tendance de beaucoup de se victimiser en étalant leurs
expériences malheureuses sur la place publique...Je réserve mes larmes aux vraies victimes...


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