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1 novembre 2009 7 01 /11 /novembre /2009 00:00

Tout le monde depuis son accession à l’Elysée se gargarise de l’omniprésence de notre Président mais en cela, d’une manière directe, sans prendre de gant, il ne fait que pousser dans sa logique première la logique présidentielle de la Ve République voulue par de Gaulle : le Parlement c’est l’honni régime des partis de la défunte IVe. Dans son bouquin, Le Mal Français, Alain Peyrefitte, relate un entretien avec Pompidou, où celui-ci lui confie « Société bloquée, nouvelle société... ce sont les dadas du Club Jean Moulin... La société n’existe pas, il n’y a que les individus et la France... Faire du neuf, on ne fait jamais du neuf ! Ce sont des fantasmes d’adolescents ou de romantiques ! Il n’y a jamais de pages blanches ! On doit se contenter de poursuivre une tapisserie entamée par d’autres et dont la trame nous est imposée... Le patron, c’est moi. Ce que le Général aura légué de meilleur en France c’est la prééminence du Président. Laisser le pouvoir suprême repasser la Seine, permettre que les grandes décisions qui commandent l’avenir se prennent à Matignon et non à l’Elysée, cela voudrait dire à brève échéance que l’Assemblée reprendrait le dessus. On reviendrait au régime des partis et à l’instabilité ministérielle. » On ne saurait être plus clair, les parlementaires godillots et les Ministres potiches ne datent pas d’aujourd’hui mais eu égard au poids de certains, Giscard tout particulièrement, un pacte de non-agression est conclu entre l’UDR et les RI. Dans ce paysage d’apparence pacifié l’élection surprise de Michel Rocard, secrétaire-général du PSU, dans la 4ième circonscription des Yvelines, où il bat l’ancien 1ier Ministre Maurice Couve de Murville, donne la première impulsion à la trajectoire de celui qui va devenir le chouchou des sondages. En ce temps-là les challengers avaient de la moelle bien plus que les apparatchiks actuels, comme la vieille haridelle de Mélenchon ou le cul pincé de Benoît Hamon, qui n’ont jamais eu le courage de se frotter en direct aux électeurs.

Pour bien s’imprégner du climat de cette période, où la Chambre introuvable issue du raz-de-marée de juin 68 ne représente pas le pays réel mais est, selon Pompidou, un ramassis « d’attitudes mesquines et partisanes, prônant une politique d’ordre moral », il faut insister sur l’omnipotence du couple PC-CGT face au pouvoir. La gauche non-communiste est en miettes et les groupuscules gauchistes ne sont que des frelons que Marcellin attise pour placer ce couple dans une situation ambiguë face à ce que tout le monde appelle encore la classe ouvrière. Pompidou le sait « Notre tâche est de faire tomber le parti communiste dans le trou chaque fois qu’il fait une gaffe. La CGT et le PC avancent lorsqu’ils sentent du mou. Il est inutile d’être aimable avec eux, cela ne sert à rien. Cela conduit à Prague. Le 29 mai 1968, le PC n’est pas allé plus loin parce qu’il savait qu’il y avait les chars devant lui. S’il avait continué, il y aurait eu quarante morts. Je vous garantis que cela se serait passé comme cela » confie-t-il à Raymond Tournoux. Les chars sur la place de la Concorde ce n’était pas, en ces années tristes 69-70, un phantasme mais une idée bien ancrée dans la classe politique non-communiste : en mai 1981 ils seront nombreux à boucler leurs valises pour fuir vers la Suisse face à l’imminence de l’arrivée des chars du Pacte de Varsovie sur cette place-clé. La droite française ne s’est jamais caractérisée par sa finesse et son intelligence stratégique, Mitterrand saura en jouer à merveille pour prendre Marchais à son propre piège.

Etrange ce Pompidou à la fois non-conformiste et conservateur au sens des britanniques,  collectionneur d’art moderne, admirateur de max Ernst, ami de beaucoup d’artistes telle Sonia Delaunay, les recevant souvent pour des dîners intimes à l’Elysée, il veut réconcilier la France avec l’art de son temps. Ainsi, dès le 15 décembre 1969, en bousculant les pesanteurs administratives, il lance l’idée d’un grand centre d’Art Contemporain et choisit le lieu de son implantation : le plateau Beaubourg en plein cœur de Paris. Cette hardiesse irrite les milieux conservateurs qui s’étonnent qu’un homme aussi attaché à la tradition veuille marquer son mandat en érigeant un temple qui devienne le berceau d’un nouveau mai 68. Giscard est de ceux-là mais il se tait laissant son éléphantesque lieutenant le prince Poniatowski étriller l’un des barons du gaullisme, l’amer Michel Debré, en l’accusant d’avoir placé la France parmi les fournisseurs de mort en livrant des avions à la Lybie et en le comparant à Bazil Zaharof, le marchand de canons du début du siècle.  Mais tout cela n’est que clapotis face au bordel qui règne dans beaucoup de secteurs du pays. Le Président s’en irrite, il trouve que son Premier Ministre fait preuve de laxisme. En effet, l’Université reste un cloaque, le campus de Nanterre est placé sous la protection de la police, de graves incidents ont lieu à la Faculté de Droit d’Assas où le bilan est lourd : 60 policiers, autant de manifestants blessés et des dégâts matériels importants. Longuet et Madelin cassent du gaucho. Début mars 70, à la veille du congrès de la FNSEA, Hexagone l’émission de FH de Virieu brosse un tableau réaliste de l’évolution du monde paysan, « Adieu coquelicots » choque profondément les dirigeants agricoles de la FNSEA bien moins inféodés au régime que leurs successeurs. Au Parc des Princes, Gérard Nicoud, le nouveau Poujade du CID-Unati demande à tous les travailleurs indépendants de faire la grève de l’impôt et de retirer leurs fonds déposés dans les banques nationalisées. Le 7 avril dans un entretien avec Pierre Desgraupes Chaban monte sur ses grands chevaux, d’un mot percutant il résume sa contre-attaque « il est nécessaire que les casseurs soient les payeurs... »        

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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