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11 janvier 2015 7 11 /01 /janvier /2015 07:00

Touché au cœur, je déjeunais avec une amie lorsque l’atroce nouvelle s’est affichée sur l’écran de mon IPhone. La suite n’est pas à écrire ici, ce n’est ni le lieu, ni l’heure, le métier de l’ombre a ses règles. Tout ce que je puis souligner c’est que ce pays tient debout n’en déplaise aux oiseaux de malheur qui se repaissent de nos lacunes, de nos lâchetés. Après le deuil, et je l’espère le sursaut de la part la meilleure de notre peuple, dans un recueillement intérieur, avec ma belle Émilie à mes côtés, je fais appel à ma raison. Je me plonge dans la lecture d’une analyse d’Olivier Roy, professeur à l’Institut universitaire européen, où il dirige le Programme méditerranéen. Spécialiste de l’islam internationalement reconnu, il est notamment l’auteur de L’Islam mondialisé (Le Seuil, 2002), Le Croissant et le chaos (Hachette 2007), La Sainte Ignorance (Le Seuil, 2008) et d’En quête de l’Orient perdu, entretiens avec Jean-Louis Schlegel (Seuil 324 p., 21,00 €).


« Pour simplifier (mais tout est simplification aujourd’hui), deux discours se partagent l’espace public. Le discours désormais dominant (même s’il prétend toujours s’opposer au « politiquement correct », alors qu’il est devenu « le » politiquement correct) considère que le terrorisme est l’expression exacerbée d’un « vrai » islam qui se ramènerait en fait au refus de l’autre, à la suprématie de la norme (charia) et au djihad conquérant, même si ces choix se font plus par défaut et par ressentiment que par certitude de détenir la vérité. En un mot, tout musulman serait porteur d’un logiciel coranique implanté dans son subconscient qui le rendrait, même modéré, inassimilable, à moins, bien sûr, de proclamer haut et fort sa conversion publique à un improbable islam libéral, féministe et « gay-friendly », si possible sur un plateau télé sous les coups d’un journaliste pugnace et intransigeant, lequel pourrait se rattraper de ses complaisances envers les grands « chrétiens » de ce monde. Cette demande de « soumission » est désormais récurrente (« pourquoi vous, les musulmans, ne condamnez pas le terrorisme ? »). Et c’est sans doute par antinomie que Michel Houellebecq invente la soumission à rebours.


Le deuxième discours, minoritaire et qui a du mal à se faire entendre, est celui que je qualifierais d’« islamo-progressiste », mis en avant par des musulmans plus ou moins croyants et par toute la mouvance antiraciste. Not in my name, « pas en mon nom ». L’islam des terroristes n’est pas « mon » islam, et ce n’est pas l’islam non plus, qui est une religion de paix et de tolérance (ce qui pose un problème d’ailleurs pour nombre d’athées d’origine musulmane, qui oscillent entre la surenchère dans la condamnation du fondamentalisme et la nostalgie d’un islam « andalou » qui n’a jamais existé). La vraie menace, c’est l’islamophobie et l’exclusion qui peuvent expliquer, sans l’excuser, la radicalisation des jeunes. Tout en participant au chœur du grand récit de l’union nationale, les antiracistes ajoutent un bémol : attention à ne pas stigmatiser les musulmans.


La juxtaposition de ces deux discours conduit à une impasse. Pour en sortir, il faudrait d’abord prendre en compte un certain nombre de faits, têtus, qu’on ne veut pas voir et qui montrent que les jeunes radicalisés ne sont en rien l’avant-garde ou les porte-parole des frustrations de la population musulmane, et surtout qu’il n’y a pas de « communauté musulmane » en France. » link

 

- Par bonheur tu es de retour, sans toi je serais désemparé, tu m’as manqué. Tu sais le manque, dans mon état, c’est un étrange mélange d’attente qui se veut sereine et d’impatience qui ne l’est pas.


J’avais débité cette phrase d’un trait, Émilie emmitouflée me souriait. Si elle n’existait pas je l’aurais inventée, alors m’enhardissant, je lui racontais que pendant son absence, je trompais le temps. Grignotais. Baguenaudais entre mes livres. Et je ne sais pourquoi j’étais tombé sur « Un endroit où aller » le grand roman de Robert Penn Warren, un romancier américain méconnu en France. Je disais à Émilie que cet exemplaire je l’avais acheté pour le Hopper de sa couverture. Il était tout défraîchi. Je l’avais ouvert. Le premier chapitre je le connaissais presque par cœur en dépit des années qui s’étaient écoulées depuis que je l’avais lu. Je l’avais relu d’une traite avec autant de plaisir. Allais-je en rester là ? J’avais faim. Rien, ou presque, dans le frigo. Je pestais contre mon imprévoyance. Il ne me restait plus qu’à aller grailler dans une brasserie près de la gare du Nord. Je déteste les brasseries d’aujourd’hui avec leurs plats réchauffés. Mon vélo, mon sac à dos, et je dévalais l’enfilade de rues qui mènent à Stalingrad.


La brasserie était quasi-déserte. Je m’asseyais sur une banquette et je commandais une choucroute avec une pinte de bière. C’était sinistre, comme-ci je me retrouvais abandonné de tous, exilé. Ça me donnait envie de me replonger dans mon Penn Warren. Le garçon était déjà de retour avec ma platée. Je l’ignorai. L’odeur acidulée de la choucroute mêlée à l’odeur grasse de la charcuterie me laissait indifférent. Je frissonnais. Une main invisible venait de me conduire là où je voulais aller depuis qu’Émilie était entrée dans ma vie.


« Je ne veux pas ici parler simplement d’attirance sexuelle. Je ne veux pas parler de l’automatisme rigide d’une habitude sexuelle bien établie. Je ne peux faire allusion à ce qu’on appelle « tomber amoureux ». Vous connaissez ces choses comme la plupart des gens. Ces choses existent dans le contexte de la vie et du monde tel que nous le connaissons. Ce dont je veux parler n’a aucun contexte, ça existe en soi ; c’est en soi un univers que cet élan qui se satisfait de lui-même »


Mon cœur cognait. Je touchais sans doute à la traduction de ce que j’étais en train de vivre avec toi.


« Vous êtes-vous jamais trop éloigné de la rive quand la houle est très forte après une tempête, et que la grande vague déferlante arrive sur vous avec fracas, vous dominant des tonnes de sa masse de marbre gris-vert, glacée et cependant en fusion, qui glisse vers vous car c’est bien de cela qu’elle a l’air avec sa frange emplumée d’écume qui fouette le bleu étincelant du ciel ? La masse se dresse et vacille sur le ciel juste au-dessus de vous. Vous savez que, si elle vous atteint dans sa chute, elle vous brisera les reins.


Mais plongez dessous. Percez-la. Entrez dans ses profondeurs. Insinuez-vous au plus intime de ses ténèbres frémissantes. C’est votre seul espoir. Alors vous entendez le fracas de la masse mortelle qui s’effondre derrière vous. Non, pas un bruit exactement ; une sorte d’exaspération des nerfs suivie par un silence, et dans ce silence vous entendez, littéralement maintenant, le grincement creux, susurrant, des galets écrasés au-dessous de vous dans la profonde aspiration de l’eau.


Ce dont je parle ressemble à cela. Si vous y êtes passé, vous comprendrez. Sinon, vous avez sans doute eu de la chance… »


Tu vois Émilie, contrairement à Jed Tewksbury le narrateur, et ses 17 ans, face à la très belle Rozelle Hardcastle, moi, au bout de ma vie, je vis ce moment avec toi, cet élan, comme un temps suspendu, incomparable, la plus belle chance de ma vie. Enfant, au bord de l’océan, je rêvais de me lover sous la peau de la mer et j’allais plonger sous les vagues en me disant que ma vie serait belle. Elle l’est c’est TOI.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

patrick axelroud 11/01/2015 12:48


Et , plus tard,Coluche de rajouter " Dés qu'un avion se casse la gueule, il atterit sur les pompes de Roger Giquel "

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