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7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 07:00
Alors que le soleil, en un soudain et brutal retour en force, redonnait à Paris une lumière crue d'été, je décidais de m'exfiltrer de la Mouzaïa pour mettre en oeuvre un projet fou, une forme de solde de tout compte : j'allais demander sa main. Dieu que la Bretagne est belle sous le soleil ! Le pays bigouden, un port sardinier, « Quand les bateaux arrivaient, il fallait que les sardines soient mises en boîte tout de suite. La corne de brume sonnait donc. Les ouvrières arrivaient à toute heure du jour ou de la nuit. Au début, elles y allaient à pied et, pour ne pas avoir peur la nuit, elles chantaient sur la route. Quand il n'y avait plus de travail ici, chez Cassegrain, Amieux ou les autres, on les envoyait comme du bétail aux Sables-d'Olonne, au Croisic ou à Saint-Jean-de-Luz. Là-bas, les ouvrières logeaient dans des dortoirs. ».

Sa mère, l'effet de surprise passé m'a écouté avec un léger sourire, puis nous avons échangé, longuement, je me suis expliqué, maladroitement, le temps filait, « je suis sûre qu'elle vous vouvoie...» enfin je me suis permis de l'inviter à dîner à l'hôtel Le Sterenn, plage de la joie. Elle a accepté. Mon audace me stupéfiait mais je ne pouvais m'empêcher de l'apprécier, d'en goûter le miel, elle me libérait de mes dernières entraves. « Dans ce restaurant typiquement breton, posé sur la pointe de Penmarch, on travaille en famille: le chef compose avec son gendre une partition culinaire à quatre mains. Les produits de la mer dominent, avec des poissons issus de la pêche côtière locale, préparés avec attention et joliment présentés dans l'assiette...». Google avait raison, ce fut un moment simple et délicieux, nous en profitâmes sans retenue. Nous rîmes même, « vieux fou que je suis...». Il se faisait tard, elle m'a proposé de m'héberger. J'ai accepté.

Pourquoi ai-je pris le Quimper-Bordeaux ? Parce qu'il le fallait ! Il fallait que je me donne le temps d'égrener mes souvenirs, non pas pour les ressasser mais pour tenter de mettre un terme à mon errance. Face au malheur qui m'était tombé dessus en ce jour d'août 68, pourquoi  toujours ce verbe tomber, j'avais décidé de brûler ma vie et je l'avais brûlé avec une complaisance sans limite. L'avais-je pour autant bousillé ? Qu'en aurais-je fait si Marie en était resté le coeur ? Je ne sais, mais ce que je savais aujourd'hui, alors que les gares entre Nantes et la Roche-sur-Yon défilaient, c'est que l'irruption de ce grand amour, si neuf, si fort, dans mon dernier bout de vie lui redonnait un sens. Suprême dérision que l'impossible, l'inatteingnable, comme une forme d'esthétisme pur, l'amour rien que l'amour. J'appréciais même l'affreux sandwich du marchand ambulant. Bordeaux Saint-Jean, l'ami François venait me quérir pour me porter jusqu'à l'aéroport, son éternel sourire accroché dans le buisson de sa barbe il se gardait bien de me poser la question de savoir en quoi consistait mon étrange périple. L'amitié, la vraie, n'aime pas les questions, nous nous comprenions d'un simple échange de regards. François savait qu'il y avait le feu au lac, il vaquait, avec son habituelle discrétion, à l'ordinaire de mes folies. En peu de mots je lui faisais part, avant de passer le contrôle de police, de l'état des lieux, il me prenait dans ses bras et murmurait « Prends soin de toi...»

« En survolant la Giraglia, j’ai l’impression de toucher des yeux ce caillou couvert de myrte et de lentisque. Les hublots deviennent autant de masques qui grossissent les contreforts du cap Corse, un index tendu vers le golfe de Gênes… Une forte odeur de maquis me gagne à l’aéroport de Bastia-Poretta, quelque chose d’âpre et d’entêtant qui fait battre mon cœur et me confirme que je suis Corse aussi…» Corse, elle l'est la belle, à demi et, dans le taxi qui me mènait à l'hôtel Castel Brando à Erbalunga, je me rappellais du jour où je vins témoigner, dans le dossier de la Caisse de Crédit Agricole Corse, dans le cabinet du juge Charles Duchaine. Journée étrange, je m'étais juré de ne plus jamais remettre les pieds dans ce pays sauvage, si beau et si étrange.

Tout ça pour ça ! Risquer sa vie pour ça ! Pourquoi pas après tout, les causes perdues sont souvent les plus belles...

« Dix ans d’instruction, un pôle financier spécialement créé au tribunal de Bastia, 40 mis en examen dont deux préfets, un dossier de près de 100 tomes et… un gros flop. Dans son réquisitoire écrit du 24 novembre, le parquet de Bastia a réclamé un non-lieu général dans l’instruction judiciaire sur le Crédit agricole et le détournement de subventions d’Etat. Lancée après l’assassinat du préfet Erignac, en 1998, dans le cadre d’une opération «Mains propres», l’affaire semblait au départ accablante : le Crédit agricole offrait des crédits à des agriculteurs qui ne remboursaient jamais, attendant que l’Etat efface l’ardoise. Les vrais ou faux agriculteurs truquaient leurs déclarations, et certains prêts n’avaient aucun rapport avec l’agriculture : l’un a acheté des chevaux de course, l’autre des voitures, le troisième a construit un lotissement. L’Etat approuvait sans contrôle la dilapidation des fonds publics, au nom de la «paix sociale» chèrement acquise.»

Je m'étais pourtant payé la tronche d'un Ministre.

« Ministre de l'intérieur de mai 1988 à janvier 1991, Pierre Joxe , aujourd'hui membre du Conseil constitutionnel, a été interrogé le 28 juin en qualité de témoin par le juge Duchaine. « Comment expliquez-vous que l'Etat ait pu consacrer plus de 440 millions de francs à la mesure Nallet, alors que l'enveloppe prévue était de 185 millions ? », lui a demandé le magistrat. « Les dépassements de crédits sont fréquents, a répondu M. Joxe. Ils sont votés annuellement, ils peuvent être reconduits d'année en année ou augmentés par décision budgétaire ou par transfert interne. » Questionné sur le témoignage du directeur de cabinet au ministère de l'agriculture à cette époque, JB, pour qui le dossier avait été « piloté par Matignon (...) et copiloté par Pierre Joxe », il a indiqué : « C'est exact que j'ai copiloté ce dossier, puisque, même si Rocard s'y intéressait beaucoup, il m'a délégué et soutenu dans l'élaboration du statut pour la Corse » M. B..., qui avait déclaré qu'il voyait « mal un préfet aller chercher ses ordres ailleurs qu'auprès de M. Joxe », s'est attiré cette réplique : « Si B... voit mal, je n'y peux rien. » 

Sous les palmiers du Castel Brando, avant d'aller dormir je sirotais un Muscat du Cap Corse glacé en pensant à elle, demain je monterais au village, dans la Castagniccia et ce serait une autre histoire, un vrai défi au code en vigueur sur cette île.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Michel Smith 07/09/2014 17:35


On réclame la suite ! On veut la voir cette Corse sauvage ! On veut la sentir aussi cette île ennivrante...


 

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