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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 07:00

« Je suis arrivé à bon port… »


Un simple SMS pour la rassurer, comme si du haut de sa jeunesse rayonnante elle assurait ma protection rapprochée. Elle s’inquiétait de moi, ça me rendait plus encore vulnérable mais je n’en laissais rien paraître car j’avais acquis la certitude que plus rien ne pourrait m’arriver. J’étais immunisé. Le temps était en deuil, le cinéma et la lecture s’imposaient. Mon vieux complice le hasard en profitait pour m’asséner deux sérieux rappels à l’ordre : tout d’abord Winter Sleep le film de Nuri Bilge Ceylan, la palme d’or de Cannes que j’allais voir en solitaire à l’Escurial, Émilie souhaitant y aller de son côté. Intuition prémonitoire « La plus grande faute d'Aydin — mais c'est une faiblesse très répandue — est d'avoir considéré ses partenaires de vie comme les figurants d'une pièce écrite à sa gloire. De les avoir méprisés s'ils tenaient mal leur rôle. Et de s'être replié en lui-même à la suite de cette déception. Toute sa vie, il s'est tenu résolument à l'écart. A côté des autres. Non par lâcheté, mais par dédain : pourquoi se mêler à des vies indignes de lui ? C'est sa suffisance que dénonce son épouse lorsqu'elle lui reproche de l'avoir, peu à peu, réduite à l'insignifiance. Et sa sœur, quand elle remarque le mépris tapi dans ses écrits. « Tu faisais notre admiration, lui dit-elle. Nous pensions tant que tu ferais de grandes choses... »


Ce film superbe, dont on ne sort pas indemne, qu'on emporte avec soi pour ne le quitter jamais, provoque, en nous, de la peur et de la mélancolie : angoisse totale à l'idée d'être liés, même de loin, à tous ces personnages en perte d'eux-mêmes. Et tristesse infinie de savoir qu'un jour ou l'autre, on ne leur ressemblera que trop. » notait fort justement Pierre Murat dans Télérama.


Impossible de vivre sans elle !


Irving.jpg

 

Dans le même temps j’achevais de lire le dernier roman de John Irving « In Our Person » et là, tel un retour de flamme violent, le rappel d’un temps très douloureux de ma vie replaçait mes petites douleurs de cœur à leur bonne place : celle d’un enfant gâté par la vie qui n’avait aucune bonne raison de se plaindre.


« … Nous étions encore en 1981, Russell, le jeune amant de Larry tomba malade… Bien des écrivains qui connaissaient Larry le jugeaient gâté et égocentrique, voire pompeux. À ma grande honte, je faisais partie de ces censeurs. Mais Larry était de ceux qui se transcendent dans les heures difficiles…Il aurait mieux valu que ça tombe sur moi… Moi j’ai fait ma vie, lui commence la sienne…


« …La PCP fut la grande faucheuse de ces années-là ; il s’agissait d’une pneumonie, la pneumocystis carinii pneumonia. Chez Russell, comme chez beaucoup d’autres, ce fut le premier symptôme du sida… Il fut le premier malade que je vis dépérir, et encore, il avait de l’argent, et il avait Larry…


« … Je revois Larry en train de lui donner à manger. Il avait des plaques de candidose plein la bouche, et la langue crayeuse.


Lui si jeune et si beau serait bientôt défiguré par les lésions du sarcome de Kaposi ; une boursouflure violette lui pendait au sourcil, comme un lobe d’oreille charnu qui se serait trompé de place ; une autre, plus rouge, lui pendait sur le nez, si proéminente qu’il finit par la cacher sous un bandana…


« … Pourquoi ils sont si jeunes ? » me demandait sans cesse Larry à l’époque où cette hécatombe nous fit prendre conscience que la mort de Russell n’était qu’un début.


Nous vîmes Russell vieillir en quelques mois, cheveux clairsemés, teint plombé, il était souvent couvert d’une sueur fraîche au toucher, et ses fièvres ne tombaient pas. La candidose lui envahissait la gorge, puis ce fut le tour de l’œsophage, il avait du mal à avaler. Ses lèvres se couvraient d’une gerçure blanche, se fendillaient. Les ganglions lymphatiques de son cou enflaient, il ne pouvait presque plus respirer, mais il refusait toujours d’être mis sous respirateur artificiel et d’être hospitalisé. À la fin, il faisait seulement semblant de prendre son Bactrim, Larry retrouvait les pilules éparpillées sous le lit.


Il mourut  dans les bras de Larry ; je suis sûr que celui-ci aurait préféré l’inverse (« Il ne pesait plus rien » me confia-t-il). » 

 

Elle commence sa vie, moi je finis la mienne...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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