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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 06:40

Petits meurtres entre amis, le nouveau sport à tous les étages des Français favorisés par l’irruption de la Toile et de ses réseaux sociaux dans la vie publique comme privée. Tout le monde, du moins ceux qui sont connectés et adeptes de Face de Bouc et de Twitter, s’étale, se répand, en arrive à penser que sa « pensée » tout comme ses hémorroïdes ou la première dent du petit dernier, sont des centres d’intérêt. Le premier abruti venu se croit en droit de délivrer ses sentences, son point de vue sur tout et son contraire, conjuguer ignorance et bêtise, charrier des grossièretés, tourner tout et n’importe quoi en une dérision saumâtre. Le féminin n’échappe pas à la règle. Des égouts. Bien évidemment les chasseurs de voix fréquentent ces sentes peuplées de gobeurs de promesses. Les vieux médias cherchant un second souffle avant de trépasser font la chasse aux éditorialistes transgressifs à même de rebondir sur la Toile, d’alimenter les poubelles où viennent se repaître les gens d’en bas comme les gens d’en haut. Nous régressons en dépit de nos courses folles, sans but, dépourvues de sens. Sur ce terreau des plantes vénéneuses s’épanouissent avant, du moins l’espèrent-elles être cueillies par le peuple, ce peuple mis à toutes les sauces et qui, comme la pile Wonder, s’use parce que l’on s’en sert. La gauche dites de gouvernement, du moins ce qu’il en reste, est subclaquante et la droite sortable est, elle, en état de décomposition avancée. La voie est libre pour des penseurs de pacotille, des demi-soldes, on ne pense plus on bave sur le voisin en espérant gonfler son stock de followers. Le Figaro de Dassault s’érige en phare de la pensée avec sa nouvelle égérie Elisabeth Lévy. On la questionne la nouvelle pythie.


-         La chape de plomb de la bien-pensance semble avoir sauté, et on est loin de l'âge d'or où Plenel dictait la pensée unique dans les colonnes du «quotidien de référence». La rhétorique antiraciste, antifasciste et sectaire semble usée. N'avez-vous pas le sentiment d'avoir gagné la partie? N'est-il pas temps de passer à autre chose?


« Il est certain que si Plenel et Zemmour se présentaient à une élection, notre ami Zemmour gagnerait haut la main. Mais je ne vais pas apprendre à une gramscienne aussi avisée que vous que le pouvoir culturel ne se joue pas au nombre de voix. Par ailleurs, l'intimidation du politiquement correct est sans doute moins forte aujourd'hui, mais elle n'a pas encore disparu: il y a toujours des sujets qu'on n'aborde qu'avec de très grandes précautions de peur d'être traité de raciste, d'homophobe ou autre. Cela dit, il n'est pas mauvais de prendre des précautions: ce n'est pas parce que l'antiracisme contemporain est souvent débile que nous allons devenir racistes! »


-         «Droite décomplexée», «dédiabolisation»: la dénonciation du politiquement correct a tellement réussi qu'elle a fini par se traduire politiquement. Que répondez-vous à ceux qui, à l'instar d'Alain Badiou, vous accusent d'avoir contribué avec Zemmour, Finkielkraut et tous les «néoréacs», à la montée du FN en «libérant la parole raciste»? N'avez-vous pas le sentiment parfois d'avoir, en luttant justement pour le pluralisme, ouvert la boite de Pandore?


« Je réponds que, comme me l'a fait remarquer un lecteur assidu de Causeur, Finkielkraut, Zemmour et les autres ont plutôt eu un effet apaisant car, à travers eux, beaucoup de gens ont été soulagés que l'on arrête de leur dire qu'ils ne voyaient pas ce qu'ils voient et ne vivaient pas ce qu'ils vivent. En revanche, les anathèmes, les leçons de morale, les insultes proférées par le camp du bien ont peut-être fini par créer ce qu'ils dénonçaient, un camp véritablement réactionnaire qui fantasme un monde livré aux syndicats gauchistes et aux adeptes de la théorie du genre, est persuadé qu'on enseigne la masturbation à l'école et rêve d'un improbable retour à un passé qui n'a jamais existé. Bref, Najat Vallaud-Belkacem a fini par susciter Farida Belghoul. Eh bien, je ne veux ni Najat, ni Farida - rien de personnel, bien sûr. Voilà pourquoi nous sommes condamnés à nous battre sur deux fronts! »


L’époque a les penseurs qu’elle mérite, ceux du rez-de-chaussée et des sous-sols ou autres parkings. Les Français, et leurs auto-proclamés intellectuels s’imaginent encore que notre pensée domine le monde, que nous sommes encore à même de l’influencer. Dérisoire, monstrueusement dérisoire, nous allons gentiment passer à la trappe et sombrer dans l’oubli, simple confetti boursouflé de suffisance et d’arrogance. Laissons-le s’enfoncer dans son bourbier, se repaître de ses petites querelles, se réfugier dans son isolationnisme sans avenir.


Moi, en mon jardin de Saint-Anne, je lis.


Je lis « Cul in air » que j’ai acheté samedi à la librairie Compagnie rue des Écoles face au Balzac. C’est édité chez POL.


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« Jeanne Bécu, alias Madame du Barry, disait ceci : « Le croupion, oui, le croupion, toujours bien en l’air, et avec les plumes de la queue éployées en éventail, horizontalement ! »


Suivant à la lettre cette consigne – qui aurait pu devenir un proverbe –, je me suis dit que l’art Cul in air, tel que son nom l’indique, est un art aérien de dosages, de matières, de couleurs, de saveurs, de croisements divers pas toujours saisissables si l’on n’y est pas formé avec tact, délicatesse et entrain.


Ce livre essaie de donner corps à ces vertus  Jean-Paul Manganaro n’y raconte pas les suites du mot de Madame du Barry, mais on y apprendra comment revigorer ce qui ramollit, pourquoi la Sainte Vierge, quelquefois, lève les yeux au ciel ou pourquoi la Dame aux camélias portait des robes larges. Et l’on y saura brider et débrider une poule, farcir ou bourrer le mou à un poulet, renverser un lapin, telle une danseuse ou une crème… Et l’on saura tout aussi de Nicodème et de sa cousine quand ils s’attablent, comment déjeuner dans les nuages, tant d’autres choses encore. Il suffit d’ailleurs de feuilleter la « Table des Matières » – jamais ces deux mots ne furent mieux employés – pour avoir l’eau à la bouche et les larmes aux yeux – de plaisir, bien entendu.


Mais alors, quelle forme pour ce livre ?


De l’aveu de l’auteur celle-ci est venue peu à peu, filtrant et englobant les quelques idées et pensées qui avaient précédé. Le livre en porte les marques  ça commence par l’ail et l’agneau – dans une suite qui se souhaitait alphabétique – mais qui commençait en fait comme Ésope et La Fontaine, une sorte de renouvellement de la fable du loup et de l’agneau, perçus et perdus dans les lointains. Jean-Paul Manganaro disant ne pouvoir se défaire non plus d’une sorte d’épiderme tragique ou dramatique – cela fait débuter le livre par une écriture mimant une vague Histoire d’O, avec la recréation d’un couple mystérieux, la dame qui cuisine et Onan.


Puis la forme du multiple est apparue, à la fois dans son vacarme et dans son enfantillage : la cuisine devait nécessairement bourdonner, être bordel et fracas, vivante de curiosités et de réalisations. Loin, bien loin du côté « scientifique » et « amidonné » des recettes telles qu’on les lit encore aujourd’hui ; ici on ramasse des envies tant gustatives que littéraires, glanées au cours des années.


Cela donne un livre aimablement polisson où l’on peut entendre des échos de Rabelais, Boccace, Gadda ou La Fontaine – des échos, pas des imitations. Par ailleurs, parce que Jean-Paul Manganaro ne supporte pas que les écrits n’incluent pas des variations formelles, il se livre à un joli mélange de prose et de formes à structure poétique tandis qu’il saupoudre le tout de « proverbes » tout exprès créés pour ce travail. Les protagonistes sont nombreux, présents et virevoltants, prenant la forme d’hommes ou de femmes, jeunes ou âgés – car telle est la condition de l’art Cul in air, universelle et œcuménique – qui ne laisse personne à l’écart. Et même si une voix égotique semble s’élever sur les autres, ce n’est pas pour imiter un « chef », mais pour donner un lieu à l’humour et à la facétie ; cette voix est purement littéraire et fait en sorte que ce court livre de recettes ressemble à un roman qui traverse des régions particulières et où les recettes, sauf indication contraire, ont été inventées et mises à l’épreuve. Oui, un roman de la chose Cul in air, un roman drolatique où l’invention est minutieusement péripatéticienne. Comme pour le Fellini, le titre Cul in air s’est imposé comme le ruban d’un ange qui déploie dans le ciel son annonce. »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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