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9 février 2014 7 09 /02 /février /2014 07:00

En cette saison, avec leur histoire d’heure d’hiver, le jour commence à décliner à partir de 5 heures de l’après-midi. Ce déficit de lumière me donne toujours envie de sortir, de marcher entre chien et loup dans la ville. Nous nous sommes donc levés, changés, c’est-à-dire que nous nous sommes habillés pour sortir, élégants, et j’ai laissé à Adeline le soin de me mener là où elle avait envie d’aller. Abandon, un taxi nous charge, des lampadaires fusent les premiers halos, la ville s’ouvre, elle est à nous. Le chauffeur sri-lankais vagabonde, il est en terra incognita. Nous lui laissons toute liberté. Ma compagne au statut incertain offrait à mon regard la plaine de ses cuisses gainées de noir. Elle m’interrogeait « pourquoi as-tu écrit en exergue de ton texte : « lorsque Louise Brooks lui demanda : « Auriez-vous l’obligeance de m’indiquer le chemin de l’enfer ? », l’homme élégant s’inclina et la pria de le suivre ; il partageait avec elle l’insigne privilège de ne jamais avoir aimé personne et d’avoir chaque soir fermé sa porte en pensant « Dieu merci, je suis seul. » ?

-         Ce n’est pas de moi…

-         Peu m’importe, pourquoi est-ce là ?

-         Parce que c’est moi !

-         Tu n’as jamais aimé personne ?

-         Pas exactement, j’ai aimé trop souvent pour croire que j’ai vraiment aimé qui que ce soit…

-         Tu es un cœur d’artichaut…

-         Pas vraiment, je doute simplement qu’on puisse m’aimer alors je me protège…

-         Moi je t’aime !

-         Que tu dis ma belle…

-         Tu le sais et moi je sais que c’est pour la vie.

-         La mienne est déjà bien entamée, ton mérite n’est pas très grand…

-         Il est immense, je ne te demande rien, rien que d’être avec toi…

-         Alors vivons au présent, pour l’instant nous le faisons très bien…

 

Nous sommes allés voir le film Tonnerre au MK2 bibliothèque. Adeline a beaucoup aimé, moi un peu moins. Nos estomacs criaient famine alors nous avons achetés des trucs au prix du caviar à un food-truck qui stationnait sur l’esplanade et nous sommes rentrés en métro. J’ai ouvert une bouteille de vin rouge de Sicile d’Occhipinti et nous avons fait dinette à la bougie en écoutant FAUVE. « Ton histoire, c’est du vrai ?

-         Oui et non…

-         Ça veut dire oui et non…

-         Ben oui et non, y’a du vrai mais aussi une part d’imagination…

-         Comment tu fais pour te mettre dans la peau de cette fille ?

-         Je la sens… elle est une part de moi… elle m’investit…

-         Ça me m’a fait peur. J’ai interrompu ma lecture. Viens près de moi pour que je puisse terminer.


Plus petite conne que moi, tu meurs ! (suite, le début ICI link)


Quand papa s'est suicidé je venais tout juste de fêter mes seize ans. Papa m'avait offert une mobylette bleue. C'est à son enterrement que j'ai vu pour la première fois Denis Fort, le tout nouvel adjudant-chef de la gendarmerie. Une belle gueule, blond comme le blé, des yeux si clairs qu'ils en étaient durs, de belles mains, des bottes noires, et une manière arrogante de porter l'uniforme ridicule des gendarmes.


Quand nos regards se sont croisés au cimetière je me suis sentie dénudée et le feu qui couvait déjà entre mes cuisses est devenu ardent. Dès le lendemain, en dépit du deuil, je virevoltais à mobylette, jambes à l'air, autour de la caserne. Le soir, au carrefour des Grands Champs, la petite Renault 4 bleue stationnait sur le terre-plein central. C'était lui en civil. J'ai jeté ma mobylette dans le fossé. Il n'a pas bougé. Je suis allé droit sur lui. Sans me dire un mot, il m'a soulevé, m'a posé sur le capot et, comme je ne portais pas de culotte, il m'a dépucelé avec beaucoup de douceur. C'était un véritable étalon insatiable. Bon père de famille, comme j'étais mineure il déployait des trésors d'imagination pour que nos ébats tumultueux n'éveillent aucun soupçon. Je trouvais cela très romantique. Et puis, bien sûr, un beau jour, je me suis retrouvé enceinte.


Maman, à qui je refusais obstinément de révéler le nom du père, voulait me confier à une faiseuse d'anges de Nantes. Pour me rassurer, se déculpabiliser aussi, elle osait affirmer que c'était une femme sérieuse, une vraie professionnelle qui avait pratiqué son art avec un gynécologue. Je cranais. « T'as été une bonne cliente ! » En retour je recevais la première paire de claques de ma vie. Sous le feu je la traitais de putain. Elle ne cillait pas, sa bouche devenait mauvaise, je la sentais touchée au plus profond. Le souvenir du sourire las de papa me retenait de lui balancer des horreurs.


Affrontant mon regard ironique elle le lisait dans mes pensées. Ses mains se tordaient. « Que sais-tu de ton père ? » La question me prenait de court. Je me sentais toute petite, démunie. Ma mère hésitait. Il fallait que je sache. « Dis-le-moi ! »  Notre face à face l'empêchait de se dérober. « Après tout, il vaut mieux que tu le saches, ça te permettra peut-être de grandir... » Mon cœur se levait, souffle court je m'attendais au pire. Et ce le fut. Mon père n'aimait que les garçons, les petits. Maman parlait de cet homme, papa, soudain jeté à bas de son piédestal, avec tendresse. La douleur venait de changer de camp.


Les jours suivants furent de plomb. Ma petite tête d'oiseau oscillait entre l'envie de porter cet œuf venu se nicher dans mon ventre sans que je ne le souhaite et une rage meurtrière me poussant à aller trancher le sexe de mon amant. Pas une seule larme ne sortait de mes yeux, ma sécheresse m'étonnait, me terrorisait. J'aurais aimé fondre. Me réfugier dans les bras de maman.


Toutes les deux nous ne savions pas comment trouver une plage de compréhension. Moi, bravache, je campais sur mon statut tout neuf de future mère. Je me voyais déjà donnant le sein à cet enfant. Un enfant à moi, rien qu'à moi, sans père. Désabusée ma mère se contentait de me répondre qu'elle respecterait mon choix mais qu'il me faudrait me mettre au travail pour l'assumer. L'argument pesait de tout son poids. Comme mes affaires scolaires végétaient dans le marais de ma paresse et, qu'au mieux, elles me conduisaient tout droit à finir comme couturière dans une usine du coin, ma fibre maternelle se refroidissait. 

 

à suivre dimanche prochain...

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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