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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 07:00

Ceux qui croyaient que la chute du Mur allait enfanter d’une Europe pavée de pétales de roses, où tout le monde serait beau et gentil, se mettaient le doigt dans l’œil jusqu’à l’os. C’était sans compter à la fois sur les séquelles de l’Histoire des pays libérés de la tutelle de l’ex-URSS, ceux qui faisaient partis de l’empire des Soviets et sur le soudain réveil de l’ogre russe personnifié par l’ex-colonel du KGB, le nouveau Tsar, le Poutine sévèrement burné. Après avoir claqué le bec des américains en Syrie, la Grande Russie se faisait gros matou en Ukraine, jouant avec les Grands de l’Occident, la pauvre Union Européenne tout particulièrement, comme avec de vulgaires souris : je prends cette drôle d’Ukraine qui part en couilles, je la lâche, je la rattrape, coup de pattes, je sors mes griffes sans m’en servir, je défie, je fais le brave, le conciliant mais je ne lâche rien, je garde la bonne distance, je peux tout ou presque, alors qu’eux, ces couilles molles d’européens, ils ne peuvent rien.

 

Avec Adeline nous suivons les évènements de très près et regrettions de ne pas être allés à Kiev lorsque l’occasion nous en fut donnée. Très vite, ma belle amie, qui se sentait un peu responsable de cette occasion manquée, formait le projet de proposer à nos chefs d’aller fourrer nos nez dans les affaires de Kiev. Pour lui plaire je consultai mon carnet d’adresses pour lui dégotter un vieux de la vieille du commerce international au temps où les excédents de l’Europe servaient à nourrir la population de l’URSS qui n’avait jamais brillée sur le plan agricole en dépit de ses plans quinquennaux, de ses kolkhozes et autres sovkhozes. Seule l’Ukraine qui possédait de fortes potentialités agricoles, à la fois par sa surface de terres arables et par la richesse de ses terres noires – tchernoziom, continuait à être un grand grenier à blé mais n’exportait plus. Je retrouvai la trace d’un ancien de chez Jean Doumeng, qui continuait de conseiller les céréaliers français qui maraudaient en Ukraine : Soufflet, Louis Dreyfus, Malteurop, Champagne Céréales et bien sûr le sémillant Charles Beigbeder dont le Figaro  qui en 2010 avait jeté son dévolu sur l’Ukraine. Le Figaro titrait alors : «Agriculteur, la nouvelle vie de Charles Beigbeder». Avec sa société agricole Agro Génération il avait investi 30 millions de dollars pour louer à long terme des terres. Ce nouveau gentleman-farmer exploitait alors 22000 ha de céréales sur 3 anciens kolkhozes de 6000 et 8000 ha en compagnie Champagne Céréales un groupe coopératif fondé par Jacques de Bohan que j’avais bien connu.


Nous conclûmes avec l’ex d’Interagra, l’ex-crèmerie de Jean-Baptiste Doumeng, que le plus simple c’était que nous dînions ensemble pour échanger sur l’Ukraine. Il se chargea de tout et nous nous retrouvâmes à La Tour de Montlhéry- Chez Denise. C’était sa cantine. Très prolixe il expliqua à Adeline que la patronne, Denise Bénariac, une cantalou, Denise Bénariac  était fille de buronnier. Son père faisait de la tome de Salers dans les burons. Comme elle ne se voyait pas passer sa vie à la ferme, à 20 ans, elle fuguait et montait à Paris. Lorsqu’elle avait repris la Tour de Montlhéry, en octobre 1966, le ventre de Paris tournait encore à plein avec ses  viandards et ses putes.

 

Marcel, c’était son prénom, parlait gras et fort. Il concluait son historique par un retentissant «  Vous savez chère mademoiselle, la Denise les gros trous ça l’a jamais gênée, alors quand les pavillons de Baltard se sont écroulés sa Tour de Montlhéry n’a pas baissé le pavillon… » Nous rîmes juste ce qu’il fallait pendant que Marcel enfournait sa large serviette dans l’échancrure de sa chemise blanche. Il embrayait en nous informant que le Charles n’était pas resté très longtemps agriculteur en Ukraine « ce gars-là, il est comme son frère Frédéric, c’est un sauteur qui va à la messe… » En effet, sa société Agro Génération avait fusionnée en 2013 avec un concurrent américain, Harmelia, détenu par le fonds américain SigmaBleyzer, pour devenir un des plus gros producteurs de céréales d’Ukraine. « Ça pèsera lourd, plus de 120 000 hectares de terres louées, soit l’un des cinq plus gros producteurs de céréales du pays. Agro Génération est minoritaire, avec 38% du capital… » Nous commandions. Marcel piochait dans la terrine de pâté avec son propre couteau et reprenait « Ce va de la gueule à beau dire que c’est ça le capitalisme, que son entreprise avait besoin de grandir, il passe la main. C’est un financier pas un gars qui bâtit un empire. Puis  c’est un snob de Paris… » Le décolleté d’Adeline passionnait Marcel qui y plongeait des regards appuyés à chaque fois qu’il le pouvait. Il commandait un pot de Brouilly provenant de la cave coopérative. L’épisode vin, pendant qu’il éclusait verre après verre, lui permettait d’embrayer sur son Dieu : le Jean-Baptiste Doumeng.


« Vous savez, le Jean-Baptiste, il n’a pas fait que de bonnes affaires, surtout dans le vin avec sa Sica-Vin. J’me souviens qu’on racontait dans la boutique, qu’à la veille du dépôt de bilan de la Sica-Vin, juste avant 81, quand Mitterrand a renvoyé le déplumé de Chamalières à son accordéon, y’a eu l’affaire du pinardier italien Ampélos qui venait d’accoster dans le port de Sète. Les dockers communistes du port alertaient leur camarade Emilien Soulié qui immédiatement descendait à la tête d’un commando de choc pour faire main basse sur le tanker. Il s’apercevait très vite en consultant les documents d’affrètement que les 8500 hectolitres de vin italien que transportait l’Ampélos étaient destinés au Comptoir agricole français, contrôlé à 20% par Jean-Baptiste. Compagnons de lutte depuis la clandestinité Jean-Baptiste venait chaque mois chez Soulié à Montblanc en hélicoptère pour se mettre une ventrée d’encornets farcis. Mais camarades ou pas l’Emile ne pouvait reculer. Les médias faisaient des gorges chaudes sur le milliardaire rouge « pourrisseur du marché national du vin. Tout le monde administratif était  mobilisé : les fraudes, les douanes et bien sûr les CRS du Préfet. Pas question de céder car le pinardier irait décharger sa cargaison ailleurs. Certains voulaient vidanger l’Ampélos au large mais d’autres s’y opposaient de crainte de polluer et de se foutre à dos l’opinion publique. C’est Soulié qui trouva la solution en mazoutant la cargaison. On le vit devant les caméras de la télé touillant dans les containers pour bien assurer le mélange. On frôla l’incident diplomatique avec l’Italie qui protesta contre cette violation du territoire Italie. Bref, le commando sous l’injonction des forces de l’ordre quittait le pinardier en criant victoire.

 

Emilien Soulié rentré chez lui téléphona à Doumeng pour l’engueuler. C’est lui qui prit une avoinée. Jean-Baptiste les traita de cons. Dans un grand éclat de rire il lui annonça qu’il allait continuer d’importer des vins italiens car on était en Europe et que le commerce était libre… » Ce qu’il fit d’ailleurs. « Il avait des couilles le Jean-Baptiste. Quand je vois maintenant ce gros connard de Mélanchon avec son pote le petit Laurent qui chient sur l’Europe ça me fait doucement marrer… »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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