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9 mars 2014 7 09 /03 /mars /2014 07:00

Avec la séquence Buisson Adeline m’a soumis à la question sur les us et coutume de la maison. Comme le soleil pointait le bout de son nez nous sommes allés à pied jusqu’au Jardin du Luxembourg et nous nous sommes assis sur les fauteuils en fer autour du grand bassin. J’ai embrayé :


-         Ce qu’il faut savoir c’est que le Canard Enchaîné est sur le bureau des Ministres ou autres happy few la veille de sa parution, c’est une tradition du palmipède d’informer ce beau monde de la tuile qui va leur tomber sur la gueule. Imaginez leur tronche, branle-bas de combat, tout le monde sur le pont ou aux abris c’est selon, éléments de langage, partage des rôles, les communicants carburent. Le coup du magnéto planqué de Buisson ça fait un bail que nous l’attendions dans la Grande Maison. Ceux qui croient au journalisme d’investigation se font des illusions, ça n’existe que par nous les fouilles merde des bas-fonds. Nous sommes les passeurs d’informations, nous distillons, nous choisissons le bon canal, sacré petite revanche des sans-grades face à la morgue de ceux qui se croient au-dessus des lois. Ils nous arrivent aussi de manipuler, de monter de mauvais coups, telle l’affaire Markovic. Ses instigateurs voulaient barrer la route de l’Elysée à Pompidou. Viansson-Ponté dans son histoire de la République gaullienne écrira que « l’ennemi appartient à la famille, tapi dans l’obscurité, manipulant les cartes et truquant la partie. » Pompidou a tenu bon mais il savait, ou croyait savoir d’où les coups venaient. « Capitant par bêtise, Vallon par méchanceté et Couve a laissé faire. » avait-il confié à son ami Michel Bolloré avec son art de la formule choc. Dans son livre « Pour rétablir la vérité » Pompidou écrira « Ni place Vendôme, chez Capitant, ni à Matignon chez M. Couve de Murville, ni à l’Elysée, il n’y a eu la moindre réaction d’homme d’honneur. » Un biographe du jeune loup Chirac l’affirmait « on sait que Georges Pompidou à toujours gardé sur lui, dans son portefeuille et écrite à la main, la liste de ceux qui, selon lui, avaient eu une responsabilité dans cette odieuse calomnie ». D’après lui trois noms, dont celui du Secrétaire-Général de l’Elysée. »


Nous sommes allés prendre un chocolat chaud près du manège pour enfants.


-         Patrick Buisson a toujours été du pain béni pour nous les poulets de l’ombre, un comploteur névrotique, arrogant, suffisant, tellement sûr de son immense et réelle supériorité intellectuelle par rapport à la piétaille politicienne, grisé par sa position d’homme qui murmure dans l’oreille du Prince, obséquieux, lèche-bottes par devant, méchant par derrière, mais aussi rien qu’un pauvre minable amateur qui laisse traîner les traces de ses forfaits. Dans notre misérable traque de l’info l’important c’est de repérer le point faible de la cible, d’attendre, jamais se précipiter et souvent de ramasser le paquet-cadeau tout ficelé. Ensuite, si besoin est, on fait fuiter en direction du bon canal, celui qui pourra rendre de menus services si besoin est. Le Buisson ça faisait un sérieux moment que nous l’avions ferré, que nous détenions la bombe incendiaire, notre arme de destruction massive. Comme me le disait récemment un vieux de la maison venu me rendre visite à Sainte Anne « faut vraiment être couillon pour faire confiance à un Patrick Buisson… ». Dans l’un de ses fameux enregistrements dans une conversation avec Goudard le publicitaire il se réclame des camelots du Roi, ceux qui assuraient le service d’ordre de l’Action Française de Maurras. Tiens écoute :


JEAN-MICHEL GOUDARD : Sans nous, il ne le fait jamais. (NDLR : prendre des décisions)

 

PATRICK BUISSON : Jamais. Ça c’est sûr. Ça fait quand même trois quatre fois que je reviens à la charge depuis un mois…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Ah ouais, ah ouais. Le grand moment, c’est il y a quatre ou cinq jours quand tu balances…

 

PATRICK BUISSON : … L’immigration.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : oui.

 

PATRICK BUISSON : Non mais attends, moi je ne suis pas du genre à subir et à attendre que les autres… Il était temps, il était temps.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Plutôt que de faire se demande Pierre (le sondeur Pierre Giacometti, NDLR), qui n’arrivait à rien… Trois heures pour discuter de la strat’… Là on a joué notre rôle vraiment, dans le style de Nicolas. C’est ce qui se passe dans les 8 jours. D’accord, mais il y a un vrai tournant politique.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Et quelque part on revient aux fondamentaux.

 

PATRICK BUISSON : Ah bah On revient aux fondamentaux. Pas quelque part. C’est pour ça qu’il ne faut pas qu’il émascule le propos sur les périls. Et l’autre la, le Pierre, dire « oui mais l’intégration »… c’est ça. Au moment où…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Il est gentil euh Nicolas… Quand il a discours bouclé, il veut encore rajouter un truc qui rassemble, le rassemblement etc… entre toi et moi… ça n’a rien à foutre là..

 

PATRICK BUISSON : Mais rien à foutre, et l’intégration non plus. Au moment où il en arrive 500 000 de plus et on n’a pas intégré les six millions qu’on a.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : c’est un vrai euh…  Giscardien.

 

PATRICK BUISSON : Oui !

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : c’est pas un gaulliste…ben toi t’es pas gaulliste non plus…t’es comme papa…

 

PATRICK BUISSON : Nooon…exagère pas …gaulliste c’est …le Général de Gaulle, c’est un général de guerre civile… Il a pas hésité à faire tirer…

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Mais est-ce que tu te sens gaulliste ? Non… Tu te sens ailleurs…

 

PATRICK BUISSON : Non c’est pas ma référence si tu veux mais en tout cas c’est un homme d’action et puis c’est un homme de décision.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : C’est quoi ta référence ?

 

PATRICK BUISSON : Ma référence ? Profondément ? Moi je suis le fils d’un camelot du roi. Je suis monarchiste, je suis royaliste.

 

JEAN-MICHEL GOUDARD : Enfin les rois…

 

PATRICK BUISSON : Oui mais d’accord…mais c’est ma culture, voilà.


-         C’est la droite dure, impitoyable et comme le fait remarquer dans Slate.fr Frédéric Lowenfeld « Qu'un homme au passé si peu républicain ait pu, l'espace de quelques années, devenir le maître d'œuvre du discours d'un président de la République nous éclaire aussi sur la fragilité idéologique de ce qui reste de la famille gaulliste et démocrate-chrétienne. Cette amnésie, ou plutôt ces lacunes, ont laissé la droite républicaine vidée de ses anticorps, offerte complètement à un discours extérieur qui peu à peu s'est substitué à celui qu'elle tient depuis la Libération. Au cœur de cette substitution, la redéfinition du concept de peuple a constitué une véritable clef de voûte autour de laquelle s'est constitué le nouvel édifice idéologique de la droite.

 

Patrick Buisson a été l'un des initiateurs visibles d'un mouvement invisible beaucoup plus profond de recomposition historique qui s'accomplit selon un déplacement de l'axe central bonapartiste non plus vers l'orléanisme de l'ancienne UDF qu'il a en partie absorbé, mais vers une nouvelle synthèse avec un néo-légitimisme qui va de Marine Le Pen à la Droite populaire. Le peuple qu'a invoqué Nicolas Sarkozy n'était tout simplement plus le peuple républicain, mais cet autre peuple, fantasmé, rêvé et véritablement introuvable, qu'a conceptualisé l'extrême droite contre l'idée républicaine, celui de Maurras, et sa campagne, quoique formellement excellente, buta sur l'impossibilité structurelle d'obtenir une majorité en France sur le peuple de substitution auquel il faisait référence. » link

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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commentaires

Roger Feuilly 09/03/2014 07:52


Ce que je trouve curieux dans les commentaires de l'affaire Buisson, c'est le fait que l'on nous décrit le Nicolas comme la victime de l'affreux qui l'a enregistré... Le premier responsable de la
situation, c'est celui qui a permis à un tel personnage, totalement anti-républicain, d'avoir la moindre prise sur le président de la République et d'exercer une influence nocive. C'est donc
Nicolas Sarkozy lui-même. Qu'il vienne à s'en plaindre... CQFD

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