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13 octobre 2013 7 13 /10 /octobre /2013 07:00

« Et pourquoi tu t’es fait flic ? Je ne comprends pas » Adeline se tenait à genoux sur le pied du lit emmaillotée dans l’un de mes gros pulls de laine des Pyrénées. Adossé aux oreillers, perdu dans la contemplation de son corps dont j’aimais tant le grain de peau si lisse et si souple je m’attendais à tout sauf à cette question et je fis celui qui n’avait pas entendu. Ma stratégie de l’évitement tenait  de la digue de sable sec face à la vague, elle se faisait reptile sous la couette, me retournait comme une crêpe, relevait mon tee-shirt jusqu’aux épaules et me léchait le dos. Sous l’effet du plaisir intense, qu’elle interrompait à bon escient, je la suppliais « encore » et de me répondre « c’est donnant-donnant mon grand… »Mon abdication fut précédé d’un corps à corps furieux puis tendre mais la diablesse assouvie de mes caresses me désarmait pas. « Tu n’as rien d’un flic ! Dis-moi tout… » Je fermais les yeux, prenais une large inspiration, me calais dans la masse des oreillers en nichant Adeline dans le creux de mon épaule.


« Marie, ici, dans ce récit, restera Marie tout court. Sache qu’il ne s'agit pas de ma part d'un choix mais d'une nécessité. Ainsi, je la garde et la préserve elle qui, tout au long de notre premier jour, ne fut que Marie. La révélation de son nom attendit le lendemain. Marie était ainsi, insoucieuse d'elle. Pour autant jamais elle ne m'a envahi. Nous nous découvrions sans nous embarrasser du fatras des apparences, par petites touches. Pour la première fois de ma vie j'agissais sans calcul. Imprégné de sa spontanéité je ne connaissais plus la peur de ne pas être à la hauteur. Il n'y avait ni barre, ni compétition, nul besoin de jouer, d'endosser mon rôle. Tout me semblait simple avec elle, et ça l'était. Alors ce fut Marie jusqu'au lendemain. La révélation de son nom, ce fut au sens propre une révélation, vaut la peine d'être contée car c'est la quintessence de ma Marie qui ne semait ni ne moissonnait, elle vivait sans détour. Donc, le lendemain de notre premier jour, sous la douche, Marie me savonnait le dos. Je fermais les yeux sous le jet dru et je l'entendais me dire « dimanche nous irons voir mon père... » J'ouvrais les yeux avant de lui répondre un « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. J'ajoutais d'ailleurs « ça va de soi » qui la fit rire de son rire limpide. D'ordinaire, avec une autre, comme je suis un monsieur qui a toujours le dernier mot, je me serais lancé dans une explication oiseuse. Là, sans réfléchir, je lui balançai très pince sans rire, dégoulinant, « et ta mère dans tout ça, elle compte pour du beurre... » en pensant sitôt que c'était peut-être une bourde, la gaffe qui tue  « et si sa mère était... » Mais non « elle n'était pas… » car ma Marie m'aspergeait en se moquant de moi « ne t'inquiète pas de maman mon canard. Elle, tu vas la voir dans une petite heure. C'est pour ça que je te récure. Maman est une obsédée de la propreté... »


 La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et très originale pour cette époque. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville : Me Chaigneau ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par ci par là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie m'exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter. D'un air entendu, tout en lui caressant les cheveux, je ponctuais chacune de ses phrases par de légers " « hun-hun… » qui traduisaient bien mon état d'absolue lévitation ce qui, en traduction libre signifiait « cause toujours ma belle. Tu pourrais m'annoncer que tu es la fille adultérine de Pompidou ou la bâtarde de Couve de Murville que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Sur mon petit nuage je m'en tamponnerais la coquillette... » Nous prîmes l'ascenseur. Marie était resplendissante. Je le lui dis. Elle tira l’oreille en faisant le groom. M'ouvrait la porte grillagée et d'un geste ample m'indiquait la porte sur le palier. La plaque de cuivre, au-dessus de la sonnette, me sauta aux yeux. Je découvris le patronyme familial. Le choc fut rude. De fringant jeune mâle énamouré je passai à la chiffe molle éberluée pointant grossièrement du doigt ce nom célèbre - en ce temps reculé on n'utilisait pas le qualificatif people - en balbutiant « c'est lui... » Ma Marie acidulée se gondolait gentiment « mais oui, mon Benoît, c'est lui... C'est un monument qu'il te faudra affronter par la face nord dimanche. Pour la minute contente-toi de maman. Elle c'est tout simple. Tu l'écoutes, elle adore ça... » Je bardais ce qui me restait d'énergie pour carillonner. Madame mère nous ouvrit dans un froufroutement vaporeux. Elle tenait du cygne et de l'échassier. Marie lui claquait une bise sur le front avant de me présenter d'un « c'est Benoît » si familier que j'eus du mal à me saisir de la main fine et blanche qu'on me tendait. Gauchement je l'agitais. On m'invitait, sourire narquois accroché à des lèvres discrètement peintes, regard mi- ironique, mi- étonné sous de longs cils, à m'asseoir sur un canapé blanc et long comme un chemin de halage. Je m'y sentais perdu. Marie s'était éclipsée. « Vous n'avez pas les cheveux longs... » me disait le flamand rose en se posant sur l'accoudoir d'un fauteuil en vis à vis. En un ultime effort je me tins droit et plantai mon regard dans ses yeux tilleul afin de ne pas m'attarder sur ses jambes croisées qui saillaient entre les pans du déshabillé.

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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