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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 07:00

Le Falcon se posait en douceur. Un van nous attendait au pied de la passerelle pour nous conduire à l’embarcadère où une vedette nous mènerait jusqu’à l’hôtel Danieli. Au dernier moment je décidai de prendre le vaporetto de la ligne blu d’Aliguna car je venais de recevoir un sms d’un vieux complice du temps des années de plomb qui séjournait à l’hôtel Hilton Stucky sur l’île de Giudecca dans le Dorsoduro auquel elle fait face. J’adore ce chapelet de huit petits îlots reliés par des canaux. La  « Spina lunga » la longue épine appartient à mon imaginaire. On y trouvait autrefois des maisons de campagne, des champs, des vignes, des couvents puis, au 19e siècle, ce fut un quartier d’usines et d’ateliers où s’installèrent des populations ouvrières. Le symbole, toujours debout et transformé en hôtel,  c’est le moulin à farine que construisit en 1895 le Suisse Giovanni Stucky. C’est un grand bâtiment de briques que la ville accepta sans approuver aucunement son style de construction. Moi je l’aime et lorsque j’avais séjourné sur l’île dans les années 70 le Moulin Stucky, fermé en 1954, était une friche industrielle. Le chantier naval travaillait encore mais déjà la Giudecca était investie par une population, se voulant underground, qui allait chasser petit à petit les ateliers et les ouvriers. L’île est maintenant très bobo avec encore quelques traces d’une population populaire. Pour la petite histoire, Giovanni Stucky connut un destin tragique…. Il fut assassiné par un de ses ouvriers… L’article d’un journal suisse daté du 28 mai 1910 relate le drame :


09.jpg

 

«M. Giovanni Stucky, grand industriel, d’origine suisse, a été assassiné samedi à Venise, sur le palier de la gare.

M. Stucky, né à Venise, en 1843, d’un père suisse allemand et d’une mère vénitienne, avait créé la première minoterie électrique de Venise, il y a 25 ans. Après avoir assisté samedi à une séance du conseil municipal, M. Stucky s’était rendu à la gare pour y prendre le train de Portogruaro, où l’attendait sa famille ; mais, à peine avait-il mis pied à terre, qu’un ouvrier meunier, nommé Bruniera, se précipitait sur lui et avec un rasoir lui tranchait la carotide. Stucky s’affaissa sur le sol, baignant dans son sang, et ne tarda pas à succomber. On parvint peu après à arrêter l’assassin.  Bruniera, ancien ouvrier de la minoterie, avait été condamné récemment à 6 mois de prison pour menaces de mort contre la famille Stucky. Il estimait avoir été lésé dans le règlement de l’indemnité d’une assurance, à la suite d’un accident qu’il avait subi»


Antoine, pris au dépourvu, ce qui chez lui équivalait à une faute lourde inexcusable, ne put réprimer un léger mouvement d’humeur qu’il rattrapait très vite d’un très froid « comme il te plaira ! » qui fit se gondoler Gabrielle. « Monsieur se la joue solitaire sur la lagune. C’est son truc, il se prend pour Dirk Bogarde dans Mort à Venise… » Dans mon dos Adeline volait à mon secours d’un « Je l’accompagne ! » qui ne souffrait d’aucune contestation possible. Gabrielle pourtant difficile à démonter restait bouche bée. Antoine lui prenait la main pour l’aider à s’embarquer. Pour détendre l’atmosphère, façon de parler, je balançais d’un ton rigolard « Nous nous retrouvons au petit déjeuner. Belle soirée… » Gabrielle me tirait la langue.


Sur le vaporetto Adeline, accoudée au bastingage, se serrait tout contre moi. Cette belle tige, sous ses allures bravaches, comme souvent, cachait des blessures intimes. Même si ça vous fait sourire, avec elle je me sentais très paternel. Envie de la protéger. Je passai mon bras sous le sien sans qu’elle ne se cabre, bien au contraire elle esquissait un petit sourire avant de poser sa tête sur mon épaule en murmurant « jamais de ma vie je ne me suis sentie aussi bien… » Je n’avais nulle envie de pousser un quelconque avantage, qui d’ailleurs ne me semblait nullement évident, car je sentais bien que nous évoluions sur un tout autre terrain que celui de la partie de jambes en l’air dans un palace de Venise. « Ce sont mes premières vraies vacances et c’est à toi que je les dois. Je ne sais nomment te remercier ?

-         En ne me remerciant pas Adeline, profites !

-         Je n’ai jamais su profiter. Je reste toujours en dedans…

-         Avec moi tu ne risques rien !

-         Je le sais…

-         Et comment tu sais ça toi ?

-         Parce que moi qui n’aime que les filles j’ai envie que tu me caresses…

-         Belle et dangereuse perspective Adeline…

-         Oui, j’ai envie d’aller m’allonger nue sur un grand lit avec toi à mes côtés et je te dirai tout ce que je n’ai jamais su dire…

-         C’est faisable…

-         Nous le ferons !

-         …

-         Réponds !

-         Oui mais…

-         Il n’y a pas de mais… Passée la porte de la chambre c’est moi qui prendrai le commandement.

-         Je m’incline…

-         Tu ne risques rien !

-         Que tu dis.

-         Ne fais pas le coq ce n’est pas toi !

-         Merci docteur…

-         Soit très gentil avec moi…

-         Je le suis !

-         Pas assez !

-         Alors comment ?

-         Fais comme si tu étais amoureux fou de moi…

-         Facile !

-         Que tu dis…

-         Ne me provoque pas !

-         Si…

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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