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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 07:00

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Pendant qu’à Paris « longueurs et pointes », blouson de cuir, crinière au vent, se la jouait gore en grillant une clope sur les quais avec un SDF, déchainant les lazzis  des réseaux sociaux, je me remettais doucettement de mes ennuis respiratoires. Sur mon écran de smartphone les messages d’Adeline devenaient de plus en plus pressants. Je résistais au nom de la préservation de la santé publique mais sans convaincre. Jasmine et les enfants avaient regagné Paris sitôt le réveillon du  Nouvel An. Mon isolement, loin de me peser, m’apportait une sérénité nouvelle, j’avais de nouveau envie de me bouger le cul. Les proportions prises par l’affaire de la quenelle et surtout le faux-pas des conseillers de Valls sur l’interdiction des spectacles de la grosse enflure me faisaient pressentir que les bons et loyaux services des vieux briscards allaient être sollicités. Face à  ce type de racaille les instruments de droit sont des épouvantails à moineaux inefficaces alors que l’entrisme et la manipulation permettent de retourner la situation et surtout de placer des bombes à retardement dans la mécanique financière du soi-disant humoriste. Comme me le disait un vieux du service, à mon arrivée : « t’as beau te dire de gauche, de brûler des cierges pour les droits de l’Homme, rappelles-toi que ce sont Mollet et Lacoste qui ont ordonné le déclenchement de la bataille d’Alger. Quand tu veux éradiquer la vermine mec, faut taper là où ça fait mal, se plonger les mains dans la merde, ne se priver d’aucun moyen, tout le reste c’est de la littérature pour fiottes… » Bien évidemment dans la note que je venais de pondre et d’expédier au cabinet du Ministre, ce type de références étaient absentes. Le temps des anciens séides de Vichy recyclés à Alger puis à Paris au temps de Marcellin et de sa phobie du complot gauchiste, était loin derrière nous. Seules les techniques restaient d’actualité. C’était d’autant plus vrai que le pognon régnait en maître et que ça restait le moyen le plus efficace pour retourner comme des crêpes les zélateurs de l’enflure. J’attendais la réponse le nez plongé dans un bouquin d’Alain Dugrand, au titre évocateur, « Libération : un moment d’ivresse » L’histoire de la feuille de chou, titre de l’organe de propagande de la Résistance, racheté à Louba la veuve d’Emmanuel d’Astier de la Vigerie, me replongeait dans le fumet des années 70 et de ses groupuscules gauchistes avant-garde de la reconstruction d’un « communisme véritable ».


J’en étais à la page 89. La porte-fenêtre ouverte donnant sur le balcon laissait entrer de fraîches bouffées et les rideaux se gonflaient comme les voiles d’un galion vénitien se hâtant de regagner le port. Une légère faim me tenaillait. Tout le monde dormait. Il me fallait entreprendre une expédition vers la cuisine. Nu-pieds, en caleçon, dans l’obscurité, je quittai mon refuge. Tout se passa sans encombre. Je revins avec une panière chargée de victuailles et de quelques bouteilles que je déposai sur la table de mon balcon. Je passais un gros pull et un pantalon large puis j’allumai un photophore. Ce pique-nique nocturne m’excitait. Le pain était frais car Matteo venait juste de le cuire. Je rêvassais en mordant dans mes épaisses tartines. Rentrer à Paris, reprendre du service, en découdre, m’enchantait. Le petit matin  jetait sur mes épaules un voile de fraîcheur. Je frissonnais. Un dernier verre et j’allais me réfugier sous la couette. Dormir, un peu. Le lit était encore chaud. Je m’étirais. Je baillais. La vie était belle. Sans prendre ma position en chien de fusil je basculai dans un profond sommeil. Ce qui m’éveilla c’est un léger parfum, son parfum. Ma main tâtonnait. Elle rencontrait une douce chaleur. S’attardait. Glissait. Le temps des retrouvailles était venu. Je décidai de laisser à Adeline la direction des opérations. Ce que je ne regrettai pas. Mattéo nous apporta le petit-déjeuner sans qu’on ne lui ai rien demandé. Le complot avait été bien monté. Fort de mon statut de reclus je demandai à Adeline de me faire la lecture. Ce qu’elle fit de bonne grâce. Elle chaussa de ravissantes lunettes ce qui me fit bander. Je restai pourtant de marbre afin de ne pas dilapider mon avantage.


Avant d’entreprendre la lecture Adeline avait lu la quatrième de couverture et m’avait posé quelques questions. « En quelque sorte tu me fais joindre l’utile à l’agréable mon grand. Nous allons sans doute reprendre du service actif… » Je souriais niaisement en opinant du chef. Mon érection perdurait. Je me calais dans mon oreiller. Adeline se lançait « Se réclamant des thèses de la révolution ininterrompue chère à Léon Trotsky, le gros des étudiants communistes selon les chapelles se répartissaient en multiples sacristains de la Ive Internationale. Ils se divisaient, à grands traits entre posadistes, pablistes, frankistes, bourdiguistes ou lambertistes. Sous pseudonyme – les « faux blazes » –, la piétaille avait l’embarras du choix : Organisation communiste internationale (OCI), ses segments, Alliance des jeunes pour le socialisme (AJS), Comité de liaison des étudiants révolutionnaires (CLER). C’était encore l’énigmatique Lutte Ouvrière (LO), jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), Voie communiste (VO), enfin une foldingue alliance marxiste-révolutionnaire (AMR). Un Who’s Who discret permettait d’identifier sympathisants trot’s et notables recrues. Chez les lambertistes OI, dits « lambertos », on comptait un futur Premier Secrétaire du PS, Lionel Jospin, beaucoup de gens du spectacle, Alain Corneau, Nadine Trintignant, Pierre Arditi  et Bertrand Tavernier. À chaque congrès syndical, un fort détachement OCI renouvelait l’état-major de l’antistalinienne Force Ouvrière, ainsi les bureaucrates et futurs parlementaires socialos Cambadélis, Assouline ou Mélanchon. « Lamberto » alors est une expression dépréciative en usage chez les militants JCR qui deviendra Ligue Communiste révolutionnaire (LCR) après sa dissolution d’État en 1968. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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