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27 octobre 2013 7 27 /10 /octobre /2013 07:00

Les filles sont extraordinaires, au seul énoncé dans mon récit de l’existence de Pervenche, la fille de la maison, Adeline me balança « c’était qui cette grue ? »


-         C'était une grande bringue, plate comme une limande, avec de grands yeux de cocker et un casque de cheveux coupés courts.


-         Une petite bourge…


-         Oui mais Anne-Françoise, sa mère, était délicieuse…


-         Tu as couché avec elle ?


-         Mais non, Pervenche était fille unique, ce soir-là elle fit front avec panache. Elle se leva, souriante, « et si nous laissions ces messieurs à leurs cigares et à leur envie de parler politique entre eux, sans que nos babillages féminins ne les importunent.. »


-         Je suis sûr que t’aurais bien aimé te la faire !


-         Sans doute, elle avait de beaux yeux verts et une allure folle, mais j’étais encore un grand niais…


-         Et l’autre chaudasse tu enfilais des perles avec elle ?


-         Non mais avec les nuits étaient ardentes et studieuses. Pervenche m’avait fait découvrir les condoms. Elle était dans ton genre, insatiable…


-         N’importe quoi !


-         Que tu dis, mais toi qui me bassine avec l’initiation, pendant que je reprenais des forces, calée dans les oreillers, elle me parlait de Dany le rouge, le révolutionnaire joyeux qui se méfiait des Bolchëvo-staliniens, des marxistes à la triste figure, des prophètes sentencieux portant sur leurs chétives épaules tous les malheurs de l'humanité. C'est donc dans un lit douillet d'un hôtel particulier de la place Mellinet que je fis mes premiers pas de révolutionnaire dans les bras d'une adepte du mouvement du 22 mars.


-         Tu retournes toujours tout à ton avantage et c’est pour cela que je suis raide dingue de toi.


-         Ne t’enflamme pas !


-         Je suis de marbre Casanova. Continue !


-         Oui ma grande mais il faut que tu comprennes, puisque tu m’as dit vouloir comprendre, ce qui m’a amené à la maison poulaga. D’abord, il faut que je te parle de Chantal.


-         Encore une !


-         Oui la première…


Chantal c'était un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de chœur que j'avais été. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintessence de la beauté plastique. Mais Chantal c'était aussi un visage laid, d’une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une femme déjà, elle me fascinait. Je la voulais. Elle me fuyait. Je lui parlais. Elle se taisait. Je la bombardais de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Je devenais fou, fou d'elle, et ma tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de mon lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour me rassurer, j'en vins à décliner un postulat, le postulat de la laideur.


Pour moi, j'en avais la certitude, « le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur » Avec Chantal j'allais découvrir le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au cœur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Je carburais à l'exaltation. J'allais forcer ma nature. Ouvrir les vannes de mon ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Dès le dimanche soir, dans la pénombre de la salle du patronage, au premier acte d'un drame familial, je lui pris la main et la tirai sans ménagement vers le dehors. Elle me suivit ne m'opposant aucune résistance. Sous les tilleuls de la place de l'église je la déshabillai, pièce par pièce. Nu, son corps, sous la pâle lumière de la pleine lune, loin de me précipiter dans le désordre des sens, me plongeait dans un recueillement profond. Ce fut une forme étrange d'adoration, un plaisir esthétique intense. Je pris un léger recul pour la contempler. L'admirer. Mes mains, telles celles d'un ébloui, se tendaient, l'effleuraient à tâtons. Je l'explorais avec lenteur. Chaque parcelle d'elle m'infusait un puissant flux d'ondes qui me jetait, par secousses violentes, dans état proche de l'apnée. J'étais au bord de la rupture mais, en dépit d'un sexe de silex, je me vivais si minable que je n'osais l'investir. Bandant mes dernières forces j'allais au- devant de son désir. Elle acceptait mes mains avec volupté. Ouverte, elle m'offrit une jouissance d'apocalypse qui me propulsa vers des sommets inviolés. Chantal m'engloutit et je crus mourir. 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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