Dimanche 29 juillet 2012 7 29 /07 /Juil /2012 08:00

Je signale aux nouveaux entrants sur cette page que, ce qui suis, est pure fiction, un petit roman en ligne commencé depuis l'origine de ce blog et publié le dimanche. Il ne s'agit pas d'une autobiographie et le héros s'exprime en son propre nom. Merci de ne pas en faire un autre usage.

Ma décision d’adhérer à l’UMP, aussi soudaine qu’elle puisse paraître, ne relevait pas d’un simple coup de tête mais d’un besoin profond de me ressourcer. L’alternance, si peu fréquente en France, produit à droite un effet de sidération violent car celle-ci se considère, surtout en période de crise, comme la seule légitime pour conduire le pays. Je ne sais plus qui a déclaré que nous avions « la droite la plus bête du monde », si je crois que c’est l’inimitable Guy Mollet, dernier dinosaure de la SFIO, en 1956, mais elle en a fait la démonstration au cours des dix années où elle a occupé le pouvoir à la suite de la cohabitation croquignolesque due à la dissolution ratée de Chirac. L’UMP, grand machin destiné à être une machine de guerre électorale s’est très vite révélé un formidable tremplin pour un petit caporal aux ambitions débridées. La droite, si elle veut séduire les couches populaires, doit, comme savait si bien le faire le Général, afficher son mépris pour les détenteurs du capital, ne montrer aucune attache avec ladite classe, paraître même mépriser ce qui la distingue : l’argent. « La politique de la France ne se fait pas à la corbeille» disait le général. La droite, au plan économique s’entend, n’a jamais su ou voulu, mettre en œuvre une réelle politique libérale, elle s’est toujours montrée frileuse, tétanisée par le risque de la rue. Le nain agité l’avait fort bien compris puisque l’essentiel de son programme tenait dans son approche sécuritaire d’ancien Ministre de l’Intérieur, la petite fouine allait chasser sur les terres de la droite extrême, avec succès d’ailleurs. Pour le reste, même le fameux travailler plus pour gagner plus ne modifiait en rien la donne de notre perte de compétitivité puisqu’il coûtait cher à des finances publiques déjà exsangues, et la réforme des retraites n’intervenaient que sous la pression de la crise. Fasciné par ses copains du Fouquet’s, le nouveau roi, se contentait d’une politique fiscale favorable pour leur bien-être et leur goinfrerie. Les réformes en profondeur restaient dans les cartons d’un syndic de faillite autoproclamé, mais accroché à son siège de Matignon, le triste collaborateur François Fillon au profil si bas que l’on avait bien du mal à saisir jusqu’à son existence.


Ils étaient loin les tenants de la Droite libérale décomplexée avec un flamboyant Alain Madelin en tête, ses derniers représentants n’étant plus que sombres porteurs d’eau et, le dernier couple en charge de Bercy, relevait lui d’un casting improbable : le souriant maire de Troyes, niveau petit journaliste d’E1, et la candidate malheureuse à l’élection de la région Ile de France qui se contentait de relayer les obsessions de la Direction du Budget. Quelques jeunes squales l’avaient fort bien compris, dont le froid et brillant Bruno Lemaire, l’homme qui savait si bien laisser en plan, les plus méchants disaient trahir, ceux qui l’avaient fait, pauvre de Villepin, masquaient leur dépit de courtisans en attendant des jours meilleurs. Et puis, il y avait le cas NKM, qui se voulait  différente et s’infligeait une forme extrême de flagellation en assumant crânement son rôle de porte-paroles du haut-parleur de Patrick Buisson celui qui voulait faire élire Charles Maurras. Tous les autres, et Jean-François Copé en étant la caricature, n’était que des petits califes voulant la place du Calife déchu. Ne parlons pas du « meilleur d’entre nous », dixit le grand Jacques, ce pauvre Juppé qui avait brulé son crédit pour un malheureux plat de lentilles ministériel ! qui semblait lui vraiment au bout de sa trajectoire, usé jusqu’à la corde qu’il s’était lui-même tressé Moi ça me plaisait beaucoup ce grand panier de crabes grouillant, où tous les coups étaient possibles dans la perspective de l’élection à la présidence de l’UMP.


Bien évidemment je n’allais pas entrer à l’UMP par la petite porte en empruntant le chemin du pharmacien de Carpentras payant sa cotisation et assistant à quelques réunions. Il me fallait m’introduire par le haut, le plus discrètement possible afin de ne pas éveiller les soupçons des portes-flingues entourant les chefs de bandes, les futurs leaders des courants. Les fiches de la Grande Maison, fort bien tenues grâce à l’attention soutenue du Préfet Guéant, me permirent de bien baliser le terrain et de repérer les maillons faibles susceptibles de faciliter mon arrivée. Je disposais aussi des réseaux du père de Marie qui me conféraient une légitimité ancienne en terre des barons du gaullisme, ça impressionnait toujours les sans-grades de ce parti qui aimait tant changer d’appellation : les racines ça compte. Officiellement je rentrais en France après avoir fait d’excellentes affaires dans le nouvel eldorado chinois, ça aussi constituait un atout considérable, surtout aux échelons intermédiaires. Et puis, je disposais d’un atout majeur en ces temps de vaches maigres pour l’UMP : du fric, du fric propre, susceptible d’alimenter les nouvelles crémeries des postulants du deuxième rideau : NKM et Le Maire. C’est sur eux que j’avais jeté mon dévolu même si leurs chances de succès restaient très minces. Je n’allais pas aller vers eux, ce sont eux qui viendraient à moi, je n’étais pas pressé et, en bon joueur de go, dans un premier temps je me contenterais de placer mes pions, de les encercler afin de les contraindre à venir me manger dans la main. Mon degré supérieur d’information sur chacune des coteries, bien supérieur à celui de chacune d’entre elles, me permettait de commencer à tirer à distances les ficelles. Assez jouissif je puis vous l’assurer.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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