Dimanche 30 septembre 2012 7 30 /09 /Sep /2012 08:00

Je signale aux nouveaux entrants sur cette page que, ce qui suis, est pure fiction, un petit roman en ligne commencé depuis l'origine de ce blog et publié le dimanche. Il ne s'agit pas d'une autobiographie et le héros s'exprime en son propre nom. Merci de ne pas en faire un autre usage.

Bernadette Chodron de Courcel, il ne manquait plus qu’elle, la rosse, celle par qui le château de Bity arrive, la catho rétro pur sucre bien réactionnaire, mantille et chapelet, comme je comprends le grand Jacques, si paillard, d’être allé chercher ailleurs ce qu’il ne trouvait pas auprès de cette dame de fer. Toute la semaine je m’étais intéressé aux élucubrations du frisé de Valenciennes, l’inénarrable Jean-Louis Borloo, jamais en reste d’une flagornerie, d’une pitrerie. Rassembler le bétail centriste apeuré, pour lui,  est une tâche aisée, vu le niveau de ceux qui s’autoproclament les maîtres du troupeau du centre, dont le plus con que la moyenne : Hervé Morin.  Il est loin le temps du déplumé de Chamalières flanqué de son porte-flingue le Prince Michel Poniatowski baisait les barons de l’UDR, avec la complicité de Chirac, pour leur rafler la mise de la présidentielle : du grand art, une bataille au couteau. Même plus de l’eau tiède, des supplétifs geignards, sans colonne vertébrale, prêt à tout pour garder leur bout de circonscription : l’épisode glorieux de la candidature du maire d’Épaignes à la présidentielle, mordant les jarrets du petit Nicolas avant de se rallier piteusement à lui, la queue basse et la bave aux lèvres. Pas de honte ces gars-là. Borloo c’est un Tapie qui a su passer au travers les gouttes, se tirer les arpions des reprises acrobatiques d’entreprises en difficulté sans se les faire coincer, moins flamboyant que le burné, plus subtil, le Jean-Louis ne s’est jamais fait prendre les doigts dans la confiture. Ça fait de lui un bon opérateur pour arrimer à l’UMP ce ramassis de pétochards. Quand je pense que ces gus se disent les héritiers de la démocratie chrétienne, le défunt MRP, ça me fait gondoler de voir un radical valoisien, ex bouffeur de curé, les mettre dans sa poche. Reste le Bayrou du Béarn qui  ne sait plus où il habite.


Revenons à la Chodron qui sort de son silence, pour parler d’abord de son époux « Il ne va pas mal, assure-t-elle pourtant. Il a 79 ans. Alors, bien sûr, ce n’est plus comme quand on a 20 ou 30 ans. Mais il a passé un bien meilleur été que l’année précédente. Un chef d’Etat, vous savez, il est élu pour un certain nombre d’années. Il est écrasé de travail jusqu’à la fin et le jour où il est battu, il n’a plus grand-chose à son agenda. La rupture de rythme est terrible. Mon mari a tout donné à la France, jusqu’au dernier jour de son mandat. » Puis elle aborde, à mon grand étonnement, alors qu’elle avait jugé que l’ex-président du Conseil Général de la Corrèze n’avait pas « le gabarit » pour être président, avec une forme d’indulgence très grenouille de bénitier : « J’ai été maladroite en disant cela, je le regrette. Il faut voir ce que le gouvernement va faire. L’élection s’est déroulée il y a quelques mois seulement. Il faut laisser du temps à François Hollande. Voyons si sa politique produit des effets. On le sait, les Français sont très, très difficiles à gouverner. Ils ne sont jamais contents. » Et de poursuivre : « Les gens ont voté pour lui. Quand un président démarre son action, il est systématiquement épinglé par la presse. Tous les chefs d’Etat ont besoin d’un peu de temps pour savoir comment contourner les difficultés qui se présentent. ». Le contournement, ce qu’adorait le plus le grand Jacques, je vois dans sa réflexion comme une forme de crainte de voir le PNR faire une politique à la père Queuille, laisser les chiens aboyer et attendre que le gros de l’orage passe. Reste son petit Nicolas à qui elle conseille la patience :« Il ne faut pas qu’il parle pour le moment. Il faut qu’il se taise, il faut savoir attendre. Et s’il juge qu’il doit refaire de la politique à un haut niveau, alors… Moi, je crois que c’est ce qui va se passer. Je crois que les Français iront chercher Sarkozy. Les gens changent d’opinion. Ils regardent ceux qui sont élus à l’œuvre et n’hésitent pas à les sanctionner s’ils ne sont pas contents. » Je trouve que ça a un petit côté « faire don de sa personne à la France… lorsque la catastrophe nationale déferlera sur notre vieux pays. »


Plus je vieilli plus je sens peser sur mon dos, pas mes épaules, le poids des malheurs qui peuvent toucher des êtres qui me sont chers. C’est du plomb qui me leste, m’empêche  d’avancer, je suis encalminé, impuissant, comme si je voulais prendre à mon compte la souffrance, la peur, et que bien évidemment je n’ai que mes mots à offrir. Ma sollicitude. Mon sentiment très fort de finitude, de chemin parcouru, fait que je suis insoucieux de mon avenir mais tendu vers celui de ceux à qui s’offre encore des jours que je ne voudrais qu’heureux. Ma vitalité m’insupporte, je suis mal, je me sens de trop, occupant un espace de félicité, de bien-être qui devrait être réservé à ces pousses vives. Je voudrais poser mon  sac, transfuser mon énergie, contempler le monde avec philosophie, comme un petit vieux assis sur un banc qui n’a d’autre envie que de laisser la vie aux autres. De toute part on me sollicite, je réponds présent. Je comprends mais je ne peux me mettre à la place, et je subis en donnant l’impression d’être indestructible. Et pourtant, je me sens d’une fragilité de cristal, je vibre, je donne le change mais tout au fond de moi je me sens sec, inapte à basculer dans un cocon protecteur où je me contenterais de profiter du suc d’un être aimé. Marre d’être le fort, le costaud, celui qui prend en charge, protège, rassure, laissez-moi un dernier bout de vie de pas grand-chose. Simple. Il est des jours où je voudrais pleurer mais rien ne vient car ma tour de contrôle me tance : tes larmes, si chaudes, si salées, tu les laisserais se verser d’abord sur toi-même. Je me sens perdu. Isolé. Je tourne en rond, j’hésite, je ne sais…   

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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