Dimanche 14 octobre 2012 7 14 /10 /Oct /2012 07:00

  Je signale aux nouveaux entrants sur cette page que, ce qui suis, est pure fiction, un petit roman en ligne commencé depuis l'origine de ce blog et publié le dimanche. Il ne s'agit pas d'une autobiographie et le héros s'exprime en son propre nom. Merci de ne pas en faire un autre usage.

L’automne nous est tombé dessus bien humide, bien grise, bien gluante, sale temps pour les terrasses qui ne sont plus peuplées que par les fumeurs amassés en paquets sous les corolles qui crament du gaz. Cette césure brutale me déprime, je chute dans une forme profonde de cocooning dont je ne sors qu’à l’apparition d’une bouffée de soleil. Alors je saute sur mon vélo pour vaquer à mes occupations extérieures. Jasmine s’est fait embaucher au cabinet d’Aurélie Fillipetti pour s’occuper de je ne sais quoi ce qui a pour conséquence heureuse de faire de moi un homme au foyer. Ça me permet de cultiver mes belles amies en me promenant avec les enfants qui adorent ces errances ponctuées d’arrêt pâtisserie avec soda. Pour alléger ma tâche, sic, Jasmine a recruté un jeune type au pair, François-Xavier, qui est inscrit à Assas, grand et beau gosse, un peu emprunté mais belles tablettes de chocolat, tout ça via Facebook. Bien sûr j’ai ironisé sur son choix, émettant des doutes sur les capacités pouponnière du futur notaire, et en retour j’ai reçu une volée de bois vert « sans doute aurais-tu préféré une grande pouffe blonde que tu aurais sauté dans la cuisine pendant la sieste des enfants… » Pour clore l’incident je lui avais retourné le compliment en la prenant illico sur la table de la cuisine, lui reprocher ensuite d’avoir inondé l’appartement de « baise-moi comme une salope » alors que les enfants dormaient encore à poings fermés et que François-Xavier s’était pointé à la fin de nos ébats pour aller conduire Mathias à l’école.


Entre deux bouillards, donc pendant une belle éclaircie, je suis allé à la Grande Epicerie du Bon marché acheter des trucs qu’on trouve difficilement ailleurs puis je suis monté à la Grande Librairie, où y’a des canapés pour lire et des vieux dessus, pour jeter un œil sur les dernières parutions de la rentrée dite littéraire. Profusion. Le plus drôle, en arrivant dans ce lieu feutré, fut l’avoinée que passait un pépère en Nike à sa mémère éteinte, lui reprochant à haute et intelligible voix de le faire chier. Comment peuvent-ils survivre ensemble ? Souvenir du film de Granier-Deferre, le Chat, tiré d’un bouquin de Simenon, avec Simone Signoret et Jean Gabin. Haine recuite, envie de meurtre rentrée… je les ai laissé à leur déambulation même si j’ai capté dans les yeux de la vieille comme un appel à l’aide. Aujourd’hui je ne me sens pas le courage de clouer le bec à ce goujat. Sur les présentoirs rien de très bandant alors je farfouille pour tomber en arrêt sur Charles qui affiche la tête de notre Président Normal avec un titre alléchant : les Ouvriers de la Politique. Je feuillette. Intéressant ! Je consulte l’OURS pour savoir à qui j’ai à faire. C’est le tout Paris boboïsant sous la houlette de l’inusable Arnaud Viviant flanqué de Bégaudeau, de Beigbeder et de toute une flopée de gus et de nénettes connus du côté de Saint-Germain-des-Prés. Mais, tel un épagneul breton émoustillé, un nom retient mon attention : celui de Bénédicte Martin, mon ancienne voisine dont j’ai vu souvent les petites culottes dans les nuits parisiennes. Son talent littéraire se résume à  trois bouquins, dont Warm Up, où elle montrait justement sa petite culotte en couverture. Bref, j’achète et je file me jeter une mousse, un Pilsen Urquell, sur la terrasse intérieur du Sélect où le troisième âge parisien stationne.

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Je sors mon Charles. Tout en bas je lis : Quand Nicolas Sarkozy s’en prend à une journaliste. Par l’odeur du fumet alléché j’ouvre. C’est signé Ariane Chemin que j’aime bien car elle connaît la Corse profonde. Je plonge dans l’entretien qu’elle a eu avec Anne Laffeter. La scène se passe en 2009, Ariane Chemin bosse à l’Obs. et enquête sur l’attribution des Légions d’Honneur par l’Elysée. Elle a donc rendez-vous avec un conseiller du cabinet de talonnettes, qui s’avérera être Catherine Pégard, l’ex du Point tombé là par la grâce d’une autre ex Cécilia. Ariane Chemin patiente donc dans un petit salon le petit Nicolas se pointe avec son téléphone. Je passe sur les détails intimes mais il y a un détail d’importance : Judith Pérignon et Ariane Chemin ont commis chez Fayard « La nuit du Fouquet’s » en 2007 ce qui bien sûr n’a pas eu l’heur de plaire à l’agité des épaules. Fillon se pointe, premier scud « Méfie-toi de cette journaliste. » Le cocker la queue entre les jambes mais ne moufte pas. Le roquet aboie : avec qui a-t-elle rendez-vous ? Chemin refuse de répondre. Le paltoquet rétorque « Ça me regarde, on est à l’Elysée. » et embarque Fillon par le bras en lâchant « Je n’aime pas le journalisme que pratique cette fille » Alors Chemin prends le mors aux dents, se lève, les suis, se plante en haut de l’escalier, et les mains sur les hanches comme une poissonnière lance « C’est incroyable la façon dont vous parler aux gens, vous êtes très impoli, j’ai le droit d’avoir rendez-vous ici, ce n’est pas chez vous. » Ambiance, imaginez la tronches des huissiers, celle du collaborateur qui brigue maintenant la tête de l’UMP. La suite vaut son pesant de vaudeville, c’est du style café du commerce le président citant le nom de l’ex-mari d’Ariane Chemin, « Et maintenant vous êtes avec qui ? » C’est violent, c’est physique, c’est le sale gamin qui veut toujours avoir le dernier mot.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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