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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 00:03

« Réfléchir à long terme est une mauvaise méthode pour résoudre les problèmes économiques. Car à long terme nous serons tous morts. » Comme c’est JOHN MAYNARD KEYNES qui le dit et que, grâce aux voraces de Wall Street et d’ailleurs, le baron Tilton – Keynes fut fait membre par la Reine, en 1942, de la chambre des lords avec le titre de Baron Keynes de Tilton – est revenu en odeur de sainteté jetant dans les feux de l’enfer ultralibéral les zélotes de l’Ecole de Chicago, je puis m’appuyer sur ce grand penseur pour goûter tout le suc du dernier rapport de nos conseillers du commerce extérieur« Le vin dans le monde à l’horizon 2050 ».
Comme le souligne ma consœur, Catherine Bernard, chroniqueuse dans Vitisphère, de surcroît vigneronne et fine observatrice de la décennie écoulée pour tout ce qui touche les rapports aussi nombreux que variés : non « ce n’est pas une blague » et d’ajouter comment « peuvent-ils apporter quelque chose de neuf au débat et se projeter en 2050, alors qu’on n’a pas su appréhender la décennie précédente?
 » Comme vous le savez l’indéfinition du on me donne des boutons alors moi je serais plus direct : mais où ces chers conseillers étaient-ils donc lorsque Cap 2010 fut publié ? Attentistes sans doute, penchant du côté des politiquement corrects qui surent verrouiller le système pour que surtout rien ne change. J’y reviendrai.  

En effet, lorsqu’avec mes compagnons du Groupe Stratégique, réunis suite à mon Rapport de 2001 : Pierre Aguilas, Jean-Marie Chadronnier, Pierre Mirc, Jean-Louis Piton, Robert Skalli et Jean-Louis Vallet il s’est agit de fixer la date de notre Cap, l’horizon 2010 nous apparaissait déjà fort lointain. Sans doute est-ce la magie du chiffre rond, l’espoir de voir le terme de la première décennie du XXIe siècle qui nous a décidé à choisir 2010. Nous y sommes, et par bonheur, mes 6 larrons et moi-même sommes toujours là pour contempler les brillants résultats de l'immobilisme à la française.
Nos dignes conseillers du commerce extérieur, eux, mettent la barre très haut : 2050 et je me dis qu’il va me falloir m’entretenir les neurones pour dépasser l’âge de Claude Levi- Strauss – qui chaque année recevait au moins une commande de jeans – afin de juger de l’efficacité de leurs préconisations. Mais, comme j’ai un très mauvais esprit, j’aurais préféré qu’ils titrassent leur œuvre : Cap 39-45 de l’an 2000 : l’aveuglement français car, sans être ironique la séquence : la débâcle/la terre ne ment pas/la Résistance/la reconstruction me semblerait plus conforme à la réalité de notre situation.

Mon propos ne remet pas en cause la qualité des travaux de nos éminents conseillers, où l’on sent la plume de l’ami Patrick Aigrain qui aime tant la prospective mais, comme je l’écrivais en 2001, « Dans notre beau pays il y a beaucoup d’architectes, de généralistes, très peu de maçons qui acceptent de se colleter aux tâches d’apparence peu gratifiantes. On ne fait pas évoluer les mentalités par décret. » Et j’ajouterai : « pas en pondant des rapports à espace régulier ». Dans cette  affaire tout le monde occulte que Cap 2010 ne fut pas un rapport B bis mais une œuvre collective fruit du travail intense de 250 professionnels mobilisés autour du Groupe de Pilotage de mes 6 compères. Autour de Cap 2010 il y a eu une véritable mobilisation des gens du vin, un réel désir de faire bouger les choses et de mettre en mouvement notre industrie du vin. C’est bien ce qui a gêné les grands chefs. Aujourd’hui, je trouve assez condescendant que nos éminents conseillers déclarassent « apprécier mes travaux de l’époque » et qu’il est trop commode de me faire porter seul le chapeau, même si ça flatte mon égo surdimensionné, comme si dans cette affaire je m’étais contenté de n’être qu’un « visionnaire solitaire ». Quand aux travaux du dénommé Michel Roumegoux, en 2008, dont le plan stratégique de valorisation de la filière vitivinicole française à l’horizon 2020  à l’heur de plaire à nos conseillers j’avoue humblement en ignorer jusqu’à l’existence mais j’attends avec impatience pour 2019 l’article du Harpers magazine « First Roumegoux, now it’s plan R » Vraiment nous vivons une époque formidable !

J’ironise et certains diront que je suis mauvais coucheur, comme un vieil acteur cabot en diable ne supportant pas de ne plus être la tête d’affiche. Qu’importe, peu me chaut, mes 1500 chroniques au compteur et la longévité de Vin&Cie l’espace de liberté suffisent à mon bonheur. Ce qui me chagrine c’est que beaucoup de ces « conseilleurs » s’étaient fait porter pâle au moment où, comme lorsque la première ligne entre en mêlée, l’ensemble du pack doit pousser. Comme le disait le tendre Général Mac Arthur à propos de toutes les défaites « Trop tard ! » Comme mon titre le suggérait finement nos beaux esprits français, qui se disent cartésiens, sans pour autant cultiver le doute, préfèrent porter leurs regards loin devant plutôt que de contempler leurs pieds dans les vignes ou leurs pieds de vigne. C’est plus confortable mais, pour avoir feint d’oublier que tout part de la vigne, de la ressource raisin, nos grands experts en chambre nous ont fait rater le 1ier train, celui du développement de la consommation mondiale. Gloser sur la segmentation n’a aucun sens c’est dans la vigne quelle se fait pas dans les rapports ou les décrets. Profiter de l’expansion pour faire du gras ça nous aurait aidé à mieux passer la période de vaches maigres que nous vivons.

Et qui était plus à même de maîtriser les grands volumes, de piloter la vigne par l’aval ? Un couple qui peut paraître improbable : la coopération et le négoce généraliste travaillant en partenariat. Si la coopération, en dehors des coopératives se battant sur des créneaux plus valorisés, veut retrouver ses racines, ses origines, elle doit se consacrer à son métier de base : élaborer le vin qui se vend et non suivre les ébraiements d’un Philippe Vergne ou les esquives d'un Joël Castagny ; si le négoce généraliste veut justifier sa raison d’être, son utilité sociale il se doit de dépasser l’économie de cueillette purement prédatrice et destructrice de valeur. Tout est dit ou presque, sauf que certains portent les 2 casquettes et que toute leur énergie devrait être tournée vers la mise en place d’entreprises modernes au service de leurs coopérateurs au lieu qu'ils se contantassent de poser des rustines sur des pneus usés jusqu’à la corde. Ce n’est pas l’ami J.Helvey qui me contredira lui qui a pu constater, en première ligne, la somme d’énergie dépensée par tout ce petit monde à jouer les gens de bonne volonté dans le bal des faux-culs.

Je m’échauffe trop sans doute, c'est mauvais pour ma santé, mais si vraiment nous voulons retrouver notre place, rebondir, c’est en assainissant la base de notre pyramide des vins, en lui redonnant, j’ose le mot, de la profitabilité et celle-ci passe plus par le rendement/ha que par les prix. Les mots qui fâchent sont lâchés, JR Pitte va me gronder, dire qu’il faut laisser ces vins indignes aux va-nu-pieds, le spectre de la bibine chère à Christian Bonnet nous hante, je frise l’excommunication pour le viol du rapport Bentejac, je me damne en m’attaquant aux dogmes de l’OC... Et pourtant si nous souhaitons vraiment bénéficier à plein de la nouvelle donne de l’OCM vin : AOP, IGP, Vin sans IG, il va bien falloir sortir de nos ambigüités si commodes dans les discours mais si ravageuse dans les bouteilles.

Dans cette affaire, loin de moi de jeter le discrédit sur un travail de prospective fort intéressant mais, dans les temps que nous vivons, si les travaux académiques gardent une grande valeur pour fonder certains choix, il me semble vital de consacrer, en priorité, l’essentiel de nos énergies, non à bricoler le court terme, mais à accoucher de décisions courageuses qui engagent l’avenir. Nul besoin de conseilleurs pour ce faire, des dirigeants professionnels et politiques responsables suffisent. À nous de les mettre en position de faire ces choix. Nous n’en prenons guère le chemin et je le regrette...

 

 Si vous souhaitez consulter le rapport, merci de suivre le lien suivant : 
   
 http://www.cnccef.org/frontoffice/telechargement/091023_rapport_vin.pdf 
   
 Si vous souhaiter consulter les recommandations, merci de suivre cet autre lien : 
   
 http://www.cnccef.org/frontoffice/telechargement/091006_vin_recommandations.pdf  

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

J. HELVEY 12/11/2009 10:50



Une petite précision cependant, je suis témoin que les CCE de l'époque avaient remis  un mémo au Ministre du Commerce extérieur de l'époque, soutenant les propositions de Cap 2010. Chapeau
aujourd'hui à ceux qui se projettent à 50 ans...
Quand comprendra t'on que les marchés sont pluriels, qu'il y a de la place tant pour le "small is beatiful" que pour le vin "industrie agroalimentaire" qu'il suffit d'avoir une volonté stratégiue
et de se donner les moyens pour l'exploiter. Que la solution n'est ni politique, ni syndicale. Qu'elle est chez les producteurs eux-même, a condition de bien connaitre ses forces (comme ses
faiblesses).
 Par exemple saura t'on un jour exploiter la puissance commerciale de la coopération vitivinicole (2,2 milliards d'€uros) qui le situe dans le top 3 mondial. Une prise de conscience,
une volonté, des hommes... ? Mais encore faut il dépasser les blocages dérisoires dus aux corporatismes, à l' esprits de clochers, aux combats historiques. On peut réver?



clavel 12/11/2009 09:22


J'ai lu les recommandations du rapport des conseillers du Commerce extérieur. C'est technocratique et limite obscur, aucun sens pratique d'action.Un texte inutile de plus.J'étais lundi en
réunion avec un jeune responsable administratif d'une Fédé de Caves Coop (Provence) Il posait une question, le marché français n'est il pas encore, le premier marché de vins français
particulièrement des vins de la coopération vinicole, il disait plus de 75%. Ne faut-il pas défendre en premier ce marché par une communication adaptée au contexte actuel, vin et santé, lutte
contre les excès de pesticides dans la culture de la vigne, diète méditeranneenne (lutte contre l'obésité) démonstration que la consommation modérée et régulière de vin a des effets
positifs et permet de lutter contre l'alcoolisme en particulier des jeunes !! Le marché européen des vins est important et de proximité. Le reste du monde concerne peut etre les Champagnes et
quelques haut de gamme dans les vins tranquilles ?? JC


Norbert 12/11/2009 08:31


M. Roumegoux n'a pas eu de chance pour son rapport: il l'a remis officiellement à une mauvaise date, en avril 2009, donc à un ministre de l'Agriculture sur le départ...
Mais on peut trouver ce rapport tout ce qu'il y a de plus officiel ici:
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/094000171/index.shtml


gus 12/11/2009 08:27


Plus de rendement /ha !!!!!!
 Pour cela il faudra +d'engrais,+d'irrigation(arroser la vigne sera bientot considéré comme "criminel"),+de traitements(car + de maladies).Croyez vous qu'avec un tel programme on puisse
attirer de nouveaux consommateur vu "l'écolo-tendance" du jour?
Bonne journée.


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