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27 janvier 2013 7 27 /01 /janvier /2013 00:09

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Né dans un département, la Vendée, classée à l’époque par les statistiques sanitaires, après le Calvados, comme le second département le plus alcoolisé de France, les ivrognes, les soulards, appellations de ce temps, faisaient partie de mon quotidien, tel le père Hillairet le jardinier que son âne tirant sa carriole ramenait chez lui à bon port. L’expression, « il est parti à la Grimaudière » signifiait qu’untel, je n’ai pas le souvenir de femmes, sans doute y en avait-il mais c’était caché, allait se faire désintoxiquer à l’asile psychiatrique départemental. De ce voisinage, où les grands buveurs faisaient partie de notre communauté, nous savions que ça n’arrivaient pas qu’aux autres. Notre cousine Génie se torchonnait en cachette. L’alcoolisme n’était pas considéré chez nous comme une maladie honteuse, mais la vie n'était pas toujours facile chez certains et les femmes à la maison compatissaient.


La Mothe-Achard, avec sa foire mensuelle aux bestiaux et ses marchés hebdomadaires, compta jusqu’à plus d’une centaine de débits de boissons au début du XXe. Le commerce et les sorties de messe favorisaient les chopines. Ivrognerie rurale qui m’a fait voisiner les ligues de tempérance, telle la Croix d’Or http://www.berthomeau.com/article-534935.html. Ma génération du baby-boom ne fut guère tenté par le vin, un peu par les alcools forts en boîte, mais nous y allions si peu, nous étions plus portés sur la drague, le slow au bal, que sur le verre de vin qui nous semblait d’une grande ringardise. Cet environnement m’a formé, j’ai toujours eu en horreur les ligueurs comme ceux qui niaient les réalités de l’alcoolisme. De même j’ai toujours eu beaucoup de difficultés avec les discours généraux des bienfaits sur la santé de la consommation de vin. Nous sommes si inégaux, et les chocs, bloc contre bloc, abstinents/quasi-prohibitionnistes contre gens du vin/de la bière et des spiritueux qui structurent l’approche de la consommation d’alcool se nourrissent d’idées reçues, de raccourcis faciles, d’invectives et de contradictions flagrantes.


Ayant embouteillé et vendu du vin, pas facile de lutter contre les buveurs excessifs dans une entreprise de vins et consacré une partie de ma vie professionnelle au vin, croisé lors de la loi Evin ses promoteurs avec Got en tête et Cahuzac en CT d'Evin, je me suis toujours intéressé aux questions que se pose l’acteur Jean-Luc Bideau « Pourquoi la fête a-t-elle besoin d’alcool ? Pourquoi l’alcool a-t-il besoin de la fête ? Quel rôle joue l’alcool dans la société ? D’où vient son importance dans les mœurs, dans nos vies, dans ma vie ? Pourquoi marquer les passages, les victoires et les réussites avec de l’alcool ? » Questions tirées de sa préface du remarquable livre de Gabriel et Laurie Bender IVRESSE. Dans ma bibliothèque d’autres ouvrages de référence, tel Désirs d’Ivresse n°191 d’Autrement février 2000 où, à partir d’exemples, illustrent les mutations qui, sous l’influence des sollicitations du marché, du déclin des identités ouvrières et des ruptures générationnelles, ont bouleversé les pratiques millénaires. Une telle approche est utile, loin de la caricature, du côté binaire évoqué, car elle élargit la focale et montre que s’en tenir au seul concept d’ADDICTION, en vogue chez les mécaniciens du corps et de l’âme, est bien trop restrictif.


Pour en finir avec mon parcours sachez que j’ai été membre cotisant de l’ANPAA jusqu’au jour où, sans doute repéré pour mes écrits critiques sur le Net par les dirigeants de cette association, je fus ignoré : pas d’appel à cotisation, une forme de blacklistage : ces gens-là n’aiment pas ceux qui ne pensent pas comme eux. Enfin, je suis un projet très intéressant d’une classe de Terminale du lycée professionnel Jean Lurçat dans le XIIIe qui a choisi de réfléchir sur un sujet qui les préoccupe : les jeunes et l’alcool. Le projet mené de concert avec une réalisatrice de cinéma va peut-être déboucher sur un court-métrage. Affaire à suivre, je n’y suis pas actif mais aide aux contacts avec les gens du vin. Mon souhait le plus cher c’est de faire bouger les lignes pour que nous sortions de nos postures si commodes mais si stériles. Pas simple car les radicaux des deux bords s’emploient à souffler sur les braises afin de défendre leur fonds de commerce.


Pour jeter quelques petits cailloux dans la mare de la bien-pensance je vais proposer à votre lecture quelques fragments de textes glanés dans les ouvrages cités. Ils n’auront bien sûr nullement l’ambition d’atteindre l’exhaustivité car mon espace de liberté n’a pas vocation à se substituer aux décideurs. Je ne suis qu’un chroniqueur, bénévole de surcroît, n’exigez pas trop de moi sinon je vais faire comme mes chers confrères ne pêcher que dans l’océan rouge des sujets qui font tant plaisir à tout le monde. Brosser les gens du vin dans le sens du poil ou taper à bras raccourci sur la foutue loi Evin. La bataille ne se livre pas sur ce terrain mais sur celui de l’opinion publique, mais Dieu que c'est difficile!


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L’Ivresse, un champ de bataille ( extrait d'Ivresse page 23)


« Depuis l’industrialisation, la consommation de boissons alcoolisées est la cible de violentes controverses. Ces affrontements mettent en lumière les conceptions morales des protagonistes par rapport au fonctionnement de la société. Derrière les mots et les images de l’ivresse affleurent les représentations sociales et les fins économiques.


Les discours répressifs expriment le plus souvent une tentative de civiliser les buveurs, de discipliner la grande masse des amateurs de bières industrielles, d’infâmes schnaps, de petits vins pépères ou de gros rouges qui tachent. L’histoire des mouvements de tempérance est relativement facile à raconter. Il est bien plus difficile en revanche de relier ces discours à la réalité quotidienne, d’en mesurer les conséquences au plan individuel. On sait que la consommation d’alcool a chuté d manière constante et régulière durant tout le XXe siècle. Mais que sait-on de l’ivresse ? Comment la mesurer, d’ailleurs ? Étalonner l’ivresse est une gageure ; boire est toujours un acte solitaire. Même dans l’instant convivial et amical du « boire ensemble », il y a asymétrie entre les partenaires. Ils ne partagent pas la même expérience gustative, ils n’ont pas les mêmes références, ils n’ont pas le même plaisir. Le plaisir de l’ivresse constitue un aspect essentiel de la consommation de boissons fermentées, en même temps que son élément subversif. La cuite qui insulte le moraliste, est un affront pour l’esthète qui nie son existence. La répression de l’ivresse est telle que ce plaisir ne se communique plus, ou alors très indirectement. Il se dérobe au parler officiel, fuit la lumière du jour. La cuite, depuis de nombreuses années, emprunte les voies souterraines. »


à suivre…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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