Jeudi 16 août 2012 4 16 /08 /Août /2012 00:09

Au temps où Philippe MARTIN le président du Conseil Général du Gers demanda à son voisin Jean Glavany, alors Ministre de l’Agriculture, de me missionner dans le Gers pour jeter mon regard acéré sur la viticulture de ce département berceau d’un Armagnac en petite forme et d’une reconversion de son vignoble vers des vins modernes. C’est là que j’ai connu, l’homme au black béret, André Dubosc. L’homme chargé de l’agriculture au CG, dont j’ai oublié le nom, qu’il m’en excuse, m’invita au festival de jazz in Marciac. Pour des raisons que j’ai oubliées aussi je n’ai jamais pu m’y  rendre. Et pourtant en marge de ce festival de renommée mondiale se déroulaient un colloque : les Controverses de Marciac où des gens forts sérieux débattaient sur le devenir de l’agriculture et des agriculteurs. Comme je ne suis pas un garçon très sérieux je ne me suis jamais mêlé à ce beau monde.


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Pour  tout vous dire je trouvais les débats trop convenus, entre soi, circulaire, pas suffisamment en phase avec le cambouis du monde. Et pourtant, mon nouveau chef et ami Bertrand Hervieu en était un des piliers mais comme il connait mon goût immodéré à mettre les pieds dans le plat ça lui est toujours paru dans l’ordre des choses. Plus grave aujourd’hui, le nouveau Ministre, Stéphane Le Foll, faisait lui aussi parti des meubles. Enfin, et André DUBOSC peut en témoigner, le vin n’a jamais eu vraiment sa juste place à Marciac, pour des raisons qui sont propres aux organisateurs. Dans leur esprit la viticulture ce n’est pas vraiment de l’agriculture puisque le vin n’entre pas dans la ration alimentaire, elle n’est que le vecteur le plus puissant de notre commerce extérieur. Dans le groupe de réflexion saint-Germain je me heurtais au même scepticisme et pourtant ils auraient dû relire André Braudel pour qui un ha de blé ne vaudrait jamais son équivalent en vigne.  Un peu de douceur dans un monde de brutes, franchement le Secrétaire Perpétuel autoproclamé de l’ABV ferait un peu tache aux Controverses de Marciac.


Pour autant je ne dénie pas à cette manifestation sa fécondité mais cette année, du 1er et 2 août, elle allait se retrouver face à un nouveau paysage politique qui allait confronter les débateurs à la nécessité de traduire leurs réflexions en action. Le thème de cette 18me édition des Controverses était « l’agriculture a-t-elle le droit d’être moderne ? »

 

Pourquoi ce choix ?

 

Valérie Péan de la Mission Agrobiosciences, cheville ouvrière des Controverses répond : « on constate aujourd’hui une mise en tension de l’agriculture entre une critique du progrès technique, du productivisme et un besoin de se ré-ancrer dans les terroirs, une nostalgie qui se traduit par une demande d’authenticité, de lien avec le monde agricole.

Entre ces deux pôles, il se passe beaucoup de choses pour les agriculteurs. Il s’agit de passer d’une modernité technologique, scientifique, à une modernité sociale, une modernité des modes de vie, une modernité professionnelle, dans le respect des équilibres écologiques.


Les progrès techniques des années 60 ont été nécessaires, mais ils interrogent aujourd’hui le domaine social, culturel et environnemental. Les attentes de la société ont évolué, on assiste à un certain malaise des agriculteurs qui se sentent parfois dépossédés du sens de leur métier. Nous avons voulu creuser ces différentes dimensions.


Comment les agriculteurs peuvent-ils être de leur temps aujourd’hui ? C’est une question aux réponses multiples, qui interroge des champs d’étude et d’expérience variés, d’où l’intérêt de ces débats, qui aboutissent à une réflexion originale, dont il ressort des pistes de réflexion et des préconisations pour l’action publique.


Nous y voilà, l’action publique, c’est le boulot de Stéphane Le Foll qui s’est rendu, le 1er août dernier, dans le Gers pour rencontrer un exploitant qui mise sur l'agroforesterie.  Bien évidemment, le ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt s’est aussi rendu aux 18es Controverses de Marciac, l’université d’été de l’innovation rurale. « L’occasion pour lui de lancer des pistes pour développer de nouveaux modèles de production mais aussi pour valoriser les bourgs et les villages avec, pour toilede fond, l’ambiance estivale du festival Jazz in Marciac. » nous indique son service de presse.


Je vous livre les réponses qu’il a donné à une interview lors de se déplacement car elle aborde, sous un angle très précis, un vrai sujet : le retour à l’agronomie.


Interview de Stéphane Le Foll : « La performance économique et écologique passe par un retour à l’agronomie »


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Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez tenu à vous rendre à Marciac?


« C’est devenu rituel. Depuis six ou sept ans, je viens à Marciac. Ces Controverses me permettent de réfléchir sur la manière d’aborder les grandes questions agricoles et rurales, dans une ambiance conviviale.


Le festival Jazz in Marciac réussit à amener le jazz là où il n’aurait jamais été. Le pire pour les territoires, qu’ils soient ruraux ou urbains, c’est de considérer qu’ils sont déconnectés de la société.


Le cadre rural offre des valeurs et des conditions de vie et de liens qui peuvent être différentes des grands ensembles urbains et qu’il faut valoriser. C’est pour cela que je veux valoriser les bourgs et les villages, parce que je pense qu’il faut aussi les remettre au centre de nos réflexions sur le lien social. »


Vous vous intéressez de près aux nouvelles techniques innovantes de production, comme l’agroforesterie. De tels modèles vous paraissent-ils prometteurs pour ces territoires?


Ces modèles présentent un gros potentiel. Par exemple, l’agroforesterie [2] produit de la biodiversité et de la fertilité pour les sols, ce qui est essentiel. Ce sont donc des principes qui sont extrêmement productifs, car ils permettent de faire cohabiter économie et écologie, en utilisant au maximum les potentiels de la nature.


L’une des idées intéressantes, c’est de couvrir les sols et de les faire travailler de manière continue. Si on s’en occupe bien, tout en les faisant travailler, on augmente leur fertilité et on limite l’érosion. Il en résulte un haut niveau de production et un haut niveau de protection des sols.

Ainsi, la conciliation de la performance économique et écologique passe par un retour à une approche basée sur l’agronomie.


Certains agriculteurs sont convaincus par ces méthodes. Mais comment étendre le mouvement auprès des autres?


Je le dis de manière provocante : dans l’après-guerre, il y a eu une dynamique collective chez les agriculteurs pour la mise en place du modèle conventionnel avec les clubs de 100 quintaux [3]. Il y avait une forme d’émulation sur le niveau du rendement que chacun atteignait, qui était au cœur des conversations. Il faut arriver à renouveler cette volonté de réussir. Pour passer du modèle conventionnel à ces nouvelles méthodes de production, il faut retrouver cette dynamique collective. Sans nier les risques de pertes de rendement pendant les 4 ou 5 années de la phase de « conversion » aux nouveaux modèles, il faut encadrer et appuyer les agriculteurs pour engager les adaptations nécessaires.


Selon moi, la performance économique et écologique de l’agriculture ne peut pas se résumer à une succession de décisions et de normes appliquées exploitation par exploitation. Le moment est arrivé où il va falloir créer des cadres juridiques plus collectifs, en développant ce que j’appelle les groupements d’intérêt économiques et écologiques. Objectif : créer des dynamiques collectives dans lesquels les agriculteurs puissent s’inscrire. Aujourd’hui, nous nous contentons souvent de raisonner sur la correction des effets négatifs des modèles précédents. Nous avons besoin de créer des modèles nouveaux plutôt que de corriger ce que nous avons fait par le passé. Il vaut mieux travailler à construire l’avenir.

 

Notes

 

[2] L’agroforesterie consiste à planter des arbres au milieu des cultures. Elle peut également être l’association des arbres avec un élevage, on parlera alors de sylvopastoralisme. Ce mode d’exploitation tire parti de cette complémentarité pour réconcilier production et protection de l’environnement.

L’agroforesterie se pratique déjà traditionnellement en Normandie avec les prés-vergers, dans le sud de la France où oliviers et vigne cohabitent dans les parcelles agricoles, ou encore en Dordogne avec les noiseraies. L’idée de décloisonner la forêt, de mettre les arbres au milieu des champs n’est donc pas nouvelle, mais elle est remise au goût du jour.

 

[3] Le club des 100 quintaux regroupe les céréaliculteurs qui atteignent ce rendement de blé à l’hectare.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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