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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 00:09

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Dans le milieu des esthètes du vin les coopératives n’ont pas droit de cité seuls comptent pour eux les vins de propriété. Ça sniffe la bonne lutte des classes, le dédain à  la Pitte, le mépris du populo, la cécité aussi. Même ceux qui, parmi la génération Youpala, amateurs de vin nu, ont le front à gauche mais la bouche droite, tirent la gueule au seul énoncé du sigle coopé. Bien sûr, un peu comme l’inénarrable Nadine – pas de Rothschild grande prêtresse des bonnes manières – les petites louves et les petits loups disposent en magasin d’au moins une bonne coopé – qui n’est pas le féminin de Jean-François – pour se dédouaner : le genre Estézargues par exemple. 


Et pourtant camarades bobos et bobottes, naturistes ou naturalistes, gauchos non révisés – à ne pas confondre avec le Gaucho – centristes qui à force de ne pas savoir sur quel pied danser n’ont même plus de pieds, hommes de dextre grands fournisseurs de présidents de l’ex Crédit Agricole Mutuel, de Groupama qui signifie que je sache Groupement des Assurances Mutuelles, des coopératives agricoles laitières, animalières, céréalières, fruitières, légumières, et bien sûr vinicoles, putain que  c’était beau le mutualisme ! Une chouette belle idée que de mettre des moyens en commun, coopérer, être solidaires, s’accrocher à son territoire, y avoir des racines, être plus fort ensemble que tout seul dans son coin. Du côté du pognon il y a belle lurette, bien avant le désastre grec, que le consortium des élus agriculteurs les ont rangé au rang des accessoires inutiles et poussiéreux. Sur l’autre versant, celui de ce qui est attaché au sol, au labeur des hommes et des femmes, la flamme n’est pas tout à fait éteinte, elle brille encore dans certaines coopés.


Je ne vais pas ici ni faire l’apologie de la coopération, ni verser dans une vision béate du monde dans lequel nous vivons mais tout bêtement rappeler qu’à force de jeter l’eau du bain le bébé va y passer. Puisque que je fais plus en ce moment dans la vache laitière, le pot plutôt que le tonneau, j’ose écrire qu’il faut sauver le soldat coopérateur : beaucoup de coopératives laitières sont en réel danger et seront des proies goûteuses pour les habituels prédateurs. La découpe va, dans les mois qui viennent, être une pratique très prisée : le groupe Doux en est un bon exemple (pour preuve que la coopération n’a pas le monopole de la mauvaise gestion et des choix stratégiques aventureux). L’industrie alimentaire coopérative liée à un territoire c’est utile pour l’emploi, la vie des hommes et des femmes, mais encore faut-il qu’elle n’ait pas des boulets au pied, qu’elles ne soit que le substitut de ce que le secteur purement privé ne veut plus faire. L’heure n’est plus la réflexion, aux rapports à la con, mais à l’anticipation et à l’action !


Piqure de rappel pour les gueules d’amour qui ne « miam » que des bons produits du terroir, locavores de loft et 100% amap, le COMTÉ a été sauvé des griffes d’un grand groupe de Laval – patrie du nouveau Ministre de l’Agro-alimentaire, le fils de mon vieux compagnon de route Georges Garot – par le réseau des Fruitières qui sont, jusqu’à la preuve du contraire, des micros coopératives. J’y reviendrai à l’occasion.


Reste les coopératives vinicoles, et plus particulièrement celles du Grand Sud. En son temps j’ai commis une chronique, en juin 2009 très exactement pendant Vinexpo, qui synthétisait mes réflexions du moment : Coup de tonnerre à Vinexpo : une mystérieuse holding lance 1 OPA inamicale sur les Big Three coopératives de South of France…link. Elle avait beaucoup chagriné les directeurs des Big Three qui eux savent mieux que d’autres que là-bas  du côté de Carcassonne, de Narbonne, tout est politique (prononcer Politiqueu) et que la meilleure position à adopter pour les décideurs est d’attendre que les turbulences passent. Je n’y reviendrai pas, ça n’est pas ou plus mon problème et je ne vais m’immiscer dans la tambouille de nos amis du Languedoc ils s’y entendent très bien entre eux pour tourner en rond. Même à la retraite ils savent se recycler pour occuper les bons strapontins.


Ceci écrit, vous devez cette chronique au Val d’Orbieu qui, à petits pas, bouge un chouïa, affiche ses bonnes intentions, essaie de retrouver ses racines d’origine après des aventures hasardeuses sur des terres lointaines (pas si lointaines que ça, mais extra-narbonnaise). Là encore je ne vais pas mettre mon nez là où personne ne le souhaite mais me contenter de le mettre sur la publicité affichée sur les panneaux Decaux de Paris. La Cuvée Mythique, le retour ! Sans vouloir être ramenard je soulignerais : il serait temps ! Et sur le visuel gentiment méditerranéen, le Val d’Orbieu affiche sa signature pour un rosé baptisé : Mythique Languedoc, et deux petits frères blanc et rouge, de la toute dernière appellation voiture-balai de la région. Cerise sur la pièce-montée : la mention Consommer Coopératif. (dans mon titre j'ai à la fois traduit en impératif : buvez ! et en cela violé la loi Evin)


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Comme vous vous en doutez cette mention me va bien mais encore faudrait-il expliquer aux consommateurs les valeurs qui sous-tendent la démarche collective de la coopération. Si ça ne reste qu’un slogan mis en avant par un communiquant plus futé que les autres ça n’ira pas pisser très loin. En revanche, si la coopération vinicole, le val d’Orbieu en tête, retrouve  ses fondamentaux originels, que les coopérateurs ne soient plus de simples apporteurs de raisins mais des vignerons qui travaillent ensemble pour élaborer des vins à des prix abordables pour le grand populo je souscris des deux mains. À chacun son job et, n’en déplaise aux adorateurs de tout ce qui est petit donc gentil, je préfère que ce type de vin, qui a des clients, soit élaboré collectivement avec un partage de la valeur plus équitable. Reste à faire la démonstration en vrai grandeur de la démarche. C’est à la source, dans la vigne, où tout commence, alors tout le monde aura y gagner si la segmentation du marché repose sur une ressource différenciée et assumée. La mixité du vignoble languedocien le permet, alors, si tel est la nouvelle philosophie des Big Three, Val d’Orbieu en tête, consommer coopératif prendra tout son sens.

 

Affaire à suivre !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Clavel 25/06/2012 18:17


Dans le village que j'habite (agglo de Montpellier), dans les années 60 il y avait 300 habitants et la principale activité économique était la production viticole. Une cave coopérative commune
aux deux villages voisins avait été construite en 1936. Il reste un viticulteur dans le village et la cave coopérative va être démolie. C'est le cas de toutes les coops de l'agglo qui
disparaissent les une après les autres. Il en est 2 qui résistent, pour combien d'années? Il y avait , dans les années 80 plus de 500 coops viticoles dans la région LR, il en restait 290 en 2006,
on en est actuellement à 230 environ. Mais c'est encore 52% de la production viticole régionale dont 39% des  AOP et 72% IGP (+46% autres vins) Le regroupement se poursuit. Dans de nombreux
villages de la région la coop était le centre de la vie economique et sociale, cet aspect des choses a pratiquement disparu sauf peut être à Embres et Castelmaure!!

tchoo 25/06/2012 09:27


A propos de tambouille coopérative, le vinicoles d'Aquitaine viennent de rater une sauce qui semblait sur le point d'être enfin consommable après plus de vingt ans de mijotage, et patatras, un
gate-sauce (une dizaine plutôt) en passant par là on déversé trops de vinaigre dans le pot, et le tout a tourné.


C'est l'entente cordiale!

Reggio 25/06/2012 00:35


On fera pas de commentaires ...le sujet est si explosif ici en Languedoc, mais...

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