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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 00:09

 

 

La place de Bordeaux, selon l’appellation consacrée, est un lieu qui marie une territorialité délimitée, où la référence à la ville marque bien la prépondérance historique du négoce, le quai des Chartrons, et une virtualité qui, avec la Toile, la mondialisation des acteurs, prend le pas sur le physique, injecte  de l’information en temps réel, fluidifie les échanges, amplifie la volatilité ou la viscosité, fait des GCC un support de produits financiers. « Il faut que tout change pour que rien ne change », professait Tancredi aux oreilles de son oncle le Prince Salina dans le Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.

 

Alors pourquoi diable, l’establishment de la place de Bordeaux, peut-il croire que la tectonique des plaques, ce grand réajustement qui bouleverse le monde, le nôtre : le Vieux, et bien plus encore, celui des 4 dragons asiatiques, des BRICS, et les crises que cette redistribution des rôles, de nouveau leadership, ne va induire pour lui aucun changement. La relation très particulière, forgée par le système des allocations, l’irruption de la vente en primeurs, le pouvoir des notateurs, a évolué : les propriétaires y jouent un rôle commercial beaucoup plus affirmé, et faire le prix relève d’une alchimie où certains ingrédients échappent et échapperont de plus en plus aux acteurs de la place de Bordeaux. La force de l’effet boomerang d’un marché en surrégime, est plus que proportionnelle à l’euphorie des cimes. Pour autant, je ne suis pas en train d’écrire que le système va s’affaisser, s’effondrer, mais je me permets de souligner qu’il ne suffit plus, comme l’écrit JM Quarin « que le public aime les 2011 » pour que les échanges reprennent de la vigueur.

 

L’échelle de l’amour des millésimes de Bordeaux en va comme celle de l’inflation des notes diverses et variées. Trop de trop tue la crédibilité, laisse la porte ouverte à l’incrédulité, non pas des consommateurs finaux, mais de tout le petit monde qui ne voit dans les GCC qu’un produit financier, un pur produit de statut qui, lorsqu’il se dévalue un tant soit peu, peut-être remplacé par un autre dont la cote monte. Que je sache, le vin, même lorsqu’il est un nectar béni des dieux des 2 rives, reste soumis à dame nature, à un réel effet millésime, sauf à se transformer en un produit sous contrôle de la main de l’homme où le fruit initial n’est plus qu’un simple support. L’uniformité d’une forme d’excellence trop maîtrisée détacherait le vin de sa territorialité, de son terroir comme on dit chez les ploucs. Lorsque le luxe se gourme il devient vulgaire laissant la place, pour ceux qui goûtent encore l’élégance, à une vraie recherche de singularité. Les vins d’auteur, n’en déplaise à certains, sont du dernier chic, et ce dans le monde entier. Bien sûr, les nouveaux venus sont fascinés par ce qui brille mais l’extrême rapidité de leur adaptation à la tendance pourrait bien les voir enfourcher les mêmes amours que les bobos de NWC et d'ailleurs.

 

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Bordeaux ne se résume pas au GCC et la France du vin à Bordeaux, j’en conviens d’autant plus aisément que je me suis permis, dans un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître, d’écrire quelques lignes sur le sujet. Mais, à quoi bon se poser des questions, voir un peu plus loin que le bout de son nez puisque le sujet mobilisateur ce sont les droits de plantation. Ce que je comprends facilement car c’est le ciment d’une unanimité de façade des professionnels de la Profession. En écrivant cela j’ai une pensée émue pour Stéphane Le Foll, jeune et nouveau Ministre de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire qui va devoir subir les discours d’enfumage du front des immobilistes peuplant les organisations dites représentatives. Moi je n’en aurais pas la force mais je ne suis pas un élu de la République en charge du « changement, c’est maintenant... » Bon courage Stéphane mais sache, toi qui est si attaché à la défense des territoires ruraux, que la vigne est bonne fille en ce domaine, et que les gars et les filles du petit peuple vigneron, où qu’ils soient, y compris à Bordeaux, ne rechignent jamais à se retrousser les manches pour les faire vivre. Pour sûr que tu n’en croiseras aucun au 78 rue  de Varenne mais sache que ce sont eux qu’il faut écouter, entendre, pour que nos pays, nos vignes, nos chais, nos beaux flacons continuent de fournir de la valeur à notre vieux pays qui en a bien besoin.

 

Pour sûr, comme on dit sur Face de Bouc, que je viens d’allonger la longue liste de mes amis dans le marigot des PP du vin, mais comme ma copine Marie de Saint-Drézéry link je n’aime rien tant que décoiffer les permanentés surtout lorsqu’ils se teignent les cheveux, faut rester jeunes quoi, dans le vent !

 

Mais revenons aux choses sérieuses qu’évoque le sieur Quarin sous le titre VENTE DIFFICILE DES PRIMEURS 2011 qui ont provoqué mes excès de plume. Mais, je ne peux résister au plaisir de vous livrer aussi le contenu de la rubrique suivante : LES MARCHANDS ET LES NOTES QUARIN qui, nonobstant son caractère un peu égotique, n’en est pas moins révélatrice du grand théâtre du paraître qu’est la place de Bordeaux.

photoJMQuarin.jpg« Depuis le 15 mai, j’ai regoûté trois fois de nombreux vins du millésime à Paris, Lausanne et Prague. Le public aime les 2011. Pourtant, en appelant un opérateur bordelais pour lui parler de cette campagne, il a coupé court par un inquiétant  « quelle campagne ? ». Bordeaux traverse une crise que certains rapprochent de celle de 1972-1973 : aucune affaire ou si peu. Environ 20 % de ce qui se faisait en 2010 et moins de 10 % de ce qui se vendait en 2009. Face à la crise, le négoce bordelais ne peut pas refuser les offres des propriétés sous peine de perdre leurs futures allocations. Pour s’en sortir, certains marchands revendent en dessous du prix conseillé avec de très faibles marges. Cette attitude en gêne d'autres plus fidèles aux accords passés avec les propriétés. Les prix sont désorganisés.

 

Sur le plan international, la baisse de l’euro handicape les prises de position. Pourquoi acheter maintenant si l’euro baisse ? Vinexpo Hong Kong s’achève sans avoir provoqué le sursaut espéré. Dans le flou ambiant, les opérateurs n’arrivent plus à comprendre l’origine du blocage. Le marché est en berne et rien ne laisse croire que même des prix plus bas le relanceraient. Dans ce contexte, le consommateur final n’a pas intérêt à se précipiter pour des achats sauf rares exceptions. Je pense aux coups de cœur et aux vins destinés à la consommation plus qu’à l’investissement. Il faudra encore attendre la naissance du millésime 2012 pour connaître le statut définitif des 2011. Un plus petit millésime le relancerait, un plus grand l’enterrerait, au moins momentanément. »

 

LES MARCHANDS ET LES NOTES QUARIN

 

« C’est la première année où vous êtes si nombreux à manifester votre incompréhension auprès des marchands qui n’utilisent pas mes notes. Je vous en remercie. Je rappelle qu’un fichier Excel avec les notes sur 20 et sur 100 ainsi que les commentaires en français et en anglais est disponible pour les marchands sur demande.

 

Au cours d’une visite dans un cru que j’estime pourtant beaucoup, un participant mentionne devant moi l’absence de référence à mes notes sur la publicité du château. « Pourquoi Decanter et pas Jean-Marc Quarin ? » Réponse ubuesque « En effet, Jean-Marc Quarin nous fait vendre plus de vins, mais Decanter c’est pour l’image ».

 

Que JMQ se rassure, juste avant d’écrire cette chronique j’écoutais le grand auteur de musique de film Vladimir Cosma, exilé roumain qui, avant de franchir le rideau de fer, avait vécu les délices du communisme, qui faisait remarquer avec beaucoup d’humour qu’il avait dû passer des contraintes de la ligne culturelle des apparatchiks du PC à celles du marché, de tous ceux qui y jouent un rôle, avant d’ajouter que sans doute aujourd’hui il ne pourrait écrire la musique qu’il a écrit pour notre plus grand plaisir (cf vidéo). Bon courage Jean-Marie, faut plaire aux « argentés des GCC » comme tu l’écris un peu plus loin…

 

Pour le reste lire chronique 131 link  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Masson Pierre 04/06/2012 18:01


Il s'agit bien de Jean Marc Quarin, et non Jean Marie, sommes nous bien d'accord ?


Quand à Vladimir Kosma, outre son grand talent de compositeur c'est aussi, sans ostentation, un grand amateur de grands bordeaux. En rentrant chez lui il n'est pas rare de buter sur
quelque caisse de grand cru négligemment laissé dans un couloir.


Pierre


 


 


 

tchoo 04/06/2012 16:36


Où comment découvrir l'eau tiède!


Depuis 2001 la région de Bordeaux est encrise, mais voila, pas les GCC, alors pfuit!!! aucun intérêt. Le petit négoce bordelais en faisait son affaire, peu importe si le producteur tire la la
langue.


mais là, mon bon monsieur, c'est autrement plus grave, ce sont les grands, les puissants qui sont touchés. Ah vraiment tout fout le camp!

PATRICK BAUDOUIN 04/06/2012 00:53


Peu de temps avant la victoire de F Hollande, dans un meeting du PS à Chalonnes sur Loire, la question des droits de plantation a été lancée depuis la tribune, comme étant le probème clé actuel
de la viticulture. Je suis intervenu pour dire à S Le Foll que même si c'était une vraie question, il n'en restait pas moins que la disparition de milliers de vignerons en 10 ans s'était faite
sous le régime actuel soi-disant formidable des droits de plantation, et que ceux-ci n'avaient pas empêché la crise de la viticulture. et que par contre les responsables de la profession qui font
de ces droits leur cheval de bataille avaient refusé les réformes en profondeur proposées par ...Berthomeau, et Renou. Il m'a alors répondu qu'effectivement, la réforme de la segmentation de
l'offre devait être relancée....Alors ?? On y va ?

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