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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 00:09

Domaine-de-La-Bégude---L'Irréductible-1L’introduction dans le droit de nos appellations d’origine, sous la pression des allemands, de l’agrément d’un vin pour qu’il puisse revendiquer son appellation a été au mieux : un emplâtre sur une jambe de bois, au pire le ver dans le fruit. Comme j’aime à le répéter, et que je le répéterai à l’envi, l’AOC n’est pas un label de qualité, c’est comme son nom l’indique la certification contrôlée d’une origine liée au respect d’usages locaux, loyaux et constants. Le respect de ces usages codifiés dans un décret, dont le corpus était le fait des vignerons eux-mêmes, dans la zone délimitée et dans les parcelles identifiées, permettait d’apposer sur l’étiquette du vin le nom de l’appellation. Que voilà une belle simplicité qui n’a en rien nui au prestige des AOC à la française (rien que pour faire enrager Léon).


Bien au contraire c’est l’agrément qui a nui à cette renommée car il fut la conséquence du laxisme de la gestion des AOC en amont : obtention à tout va d’AOC, non-respect des conditions de production, j’en passe et des meilleures. Alors bien sûr lorsque les vannes sont grandes ouvertes il n’y a plus de limite au n’importe quoi. C’est alors qu’intervient la notion imbécile d’agrément. Le check-point, le poste de contrôle où il faut présenter ses papiers pour pouvoir passer la frontière entre l’ombre et la lumière. De plus, subtil raffinement à la française les gabelous étaient les vignerons eux-mêmes. Alors, avec des juges eux-mêmes parties, la procédure dites d’agrément s’est très vite transformée soit en passoire à gros trous, soit en une entreprise de vaste copinage, soit encore en un chemin de croix pour certains vignerons qui ne suivaient pas la même route que les maîtres du lieu. Le club des refusés devint très vite un lieu de contestataires talentueux : Marcel Richaud, château Le Puy et bien d’autres.


Mais comme dans notre beau pays nous adorons réformer par décret. Tout vient d’en haut en laissant accroire aux gens du bas qu’ils sont ainsi maîtres de leur destin. Suite aux grands débats du début des années 2000 initiés par la conjonction  de Cap 2010 et de la volonté de René Renou, président du CN Vins de l’INAO, de redonner aux AOC tout leur sens originel, les cartes furent soi-disant rebattues : réforme de l’agrément, réécriture des décrets… Pour quels résultats ? Je vous laisse juge car je n’ai nulle envie de revenir sur ces sujets que j’ai longuement traités et pour tout vous dire ça me gonfle car ce fut vraiment beaucoup de bruit pour rien. Sauf à engraisser des organismes extérieurs qui vivent grassement sur la bête. Alors réduire ce qui vient d’arriver à la Bégude « à la propension agaçante - qu’il y a en France - à toujours taper sur la tête des gens qui font bien » ou à des jalousies c’est attribuer à la démangeaison la cause de l’exzéma. Ce sont les causes de ces stupidités commises au nom d’une soi-disant typicité ou d’une recherche d’un certain air de famille entre les vins issus d’une même appellation. Tout vigneron, à qui nul reproche ne peut être fait dans son respect intelligent des conditions de production de l’appellation de ses raisins et de son vin, et si celui-ci est conforme analytiquement, est tout à fait fondé à revendiquer cette appellation. Je rêve me rétorqueront les janissaires qui mettent en coupe réglée les AOC depuis des décennies en défendant l’indéfendable, en réduisant leur combat à la défense des droits acquis de leurs mandants. Chacun reconnaîtra ici le portrait-type de ceux propulsés à des postes qu’ils n’auraient jamais dû obtenir si l'on avait tenu compte de leurs réelles compétences. L’empire soviétique s’est écroulé grâce au népotisme de ses dirigeants.


Ceci écrit, je rappelle à ces réformateurs en peau de lapin que leurs lignes Maginot destinées à retenir en leur sein des vins qui n’intéressent plus grand monde tout en restant agréés AOC ou AOP, et à en exclure d’autres qui trouvent facilement leur public, c’est le triomphe de la médiocrité. L’intelligence, l’inventivité, la tradition revisitée, se situera dans l’espace de liberté et non dans leur bocal syndical confiné et poussiéreux. Qu’ils se  remettent en mémoire le combat des dirigeants des vins de table lors du reflux des années 70-80 : déni de la réalité, radeau de la Méduse, arrimage à des analyses dépassées. La translation de la consommation du vin du populo vers des vins qui se disaient sortis de la cuisse de Jupiter n’a rien à voir avec le génie des susdits qui, tels les maréchaux soviétiques, s’accrochent des médailles pour des combats qu’ils n’ont pas gagnés. Au cours des débats des années 2000, où René Renou tenait le haut des estrades ce petit monde courageux s’est mis aux abris, attendant que l’orage passe, puis lorsqu’à nouveau l’horizon s’est dégagé pour eux, ils ont exercés leur art consommé de l’immobilisme.


Quand nous avons signés Cap 2010 les défis des vins français en 2002 nous tombâmes sous l’accusation de tuer tout à la fois nos belles AOC et le plus grand vin pays par la taille en prônant la clarté avec une trilogie simple : des AOC fidèles à leur héritage, des vins qui viennent de quelque part et les vins de l’espace de liberté baptisé Vin des cépages de France. Vous allez me rétorquer que la nouvelle classification AOP-IGP-Vin sans IG colle pile poil avec nos élucubrations. Sauf que les lignes n’ont pas bougées, on prend les mêmes et on recommence. Vive l’ambigüité qui plombe une grande part de nos vins d’AOC et d’IGP ! Reste les Vins de France qui peuvent être soit des vins subis, comme dans le cas de la Bégude qui se déclassent, ou des vins voulus qui revendiquent haut et fort leur spécificité, leur originalité. Avec une telle dynamique, de belles réussites, des vins originaux et demandés, cette catégorie peut gagner en notoriété et faire la nique aux ersatz des étages supérieurs. Reste à ceux qui ne savent que profiter, les opportunistes à ne pas la plomber en faisant un bassin déversoir, un dépotoir des invendus et des invendables des tenants du tout AOC ou d’IGP sans réalité.


Bienvenue au club Vin de France de l’excellent La Bégude un Bandol haut en couleur !

 

« C’est avec une pointe de tristesse que nous avons rempli le formulaire de déclassement de notre vin rosé de l’appellation Bandol. Certainement lassés d’être éconduits, on peut dire que c’est un peu l’histoire d’une déception amoureuse...

Depuis plusieurs années, l’obtention de l’agrément de notre rosé était devenue un parcours du combattant, obtenu in extremis après de nombreuses procédures administratives et d’interminables débats sur ce que doit être un rosé de Bandol. En effet, difficile de maintenir l’anonymat de nos vins couleur corail, parfaitement identifiables lors des dégustations d’agrément, au sein de rosés dont la transparence ne fait que s’exacerber, conformément à la mode actuelle. Étant vignerons depuis cinq générations, la mode nous importe peu.

Nos vins nous ressemblent, mais sont surtout le reflet de leur terroir, du climat, du millésime, sans artifice. Ce rosé nous semblait être une expression parmi tant d’autres de cette belle appellation. À ce titre, notre précédent millésime 2010, épuisé deux mois après sa mise en bouteille, avait d’ailleurs été refusé plusieurs fois a l’agrément et avait finalement pu se nommer Bandol, mais soumis à un avertissement. Un peu déconcertant quand on sait que nous sommes parmi ceux qui utilisent en plus forte proportion le mourvèdre, grand cépage de ce lieu, dans nos assemblages. N’ayant plus très envie d’être collés, ce n’est plus de notre âge, refusés une nouvelle fois pour non appartenance à la famille des vins de Bandol, nous lui avons trouvé une nouvelle famille : Vins de France. »

 

Guillaume et Soledad Tari

 Ronald-Searle-001.JPG

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

pphilippe 07/04/2012 10:08


j'avais proposé un temps une définition de ce qu'est un terroir (je n'ose parler de typicité) comme étant l'ensemble de toutes les pratiques de tous les acteurs d'un territoire donné.


Ca laisserai du temps au temps comme disait l'autre.


Las ...

Michel Smith 04/04/2012 10:06


Jacques, tu dis que ça te gonfle, peut-être, mais tu en causes avec fougue et passion. C'est tant mieux ! 

David Cobbold 04/04/2012 06:58


Ils pourraient encore simplifier leur procédure d'agrément en appliquant un échantillon de code pantone à chaque vin devant un scanner qui comparerait les couleurs par rapport au témoin. Tout vin
non-conforme au standard déterminé sera alors rejeté automatiquement. Même pas besoin de goûter pour voir s'il est bon ou pas. 

Olivier NASLES 04/04/2012 01:05


Jacques, tu vois, j'ai accepté d'être président du CAC pour, peut-être, un jour, arriver à ce que tu écris ne soit plus que la dérive d'un lointain passé. Mais j'ai toujours été un utopiste....
Certain appelle cela le syndrome du Saint Bernard, vouloir faire le bonheur des gens malgré eux. Amitiés

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