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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 00:09

avoir-la-banane.jpg

 

Dans le langage courant, avoir la banane signifie avoir la pêche, du côté de l’argot c’est plus phallique.


Dans le jargon politique on parle de république bananière.


La banane est aussi le nom donné à une coupe de cheveux que portaient les rockers.


Le goût de banane a eu son heure de gloire au temps triomphant du Bojolo nouveau.


La banane est surtout un fruit qui détient le titre envié du fruit le plus consommé au monde.


Il en existe 400 variétés dont seule une poignée parvient sur nos tables : celles qui voyagent et se conservent le mieux.


Originaire de l’Inde, très cultivée dans les régions tropicales, « le bananier n’est qu’une herbe géante. Son faux tronc, composé de feuilles imbriquées, peut atteindre dix mètres de hauteur et soutenir un régime de cinquante à trois cents fruits… »


Il dégénère après sa fructification. C’est pourquoi pour les bouddhistes le bananier est « le symbole de la vanité et de l’instabilité des choses. »


Et pourtant la banane est la manne du pauvre, très énergétique, riche en glucides, en potassium et en vitamines C et K. 


Mais hormis le fait que j’adore les bananes flambées au rhum en beignets pourquoi soudain chroniquer sur la banane ?


La faute en est à la coupe du monde de football !


Le Brésil, la Colombie, le Costa Rica, l'Equateur, le Guatemala, le Honduras et le Mexique ont peuplé mes nuits au 78 rue de Varenne où le dossier de la banane ACP était une sacrée patate chaude !


amerique centrale

 

En fait, depuis les accords de Lomé en 1975, ce fut une partie de bras de fer entre l’Union Européenne et les USA


Trois régimes différents avaient cours.


-          Le premier concernait l'Allemagne qui importait ses fruits d'Amérique latine, sur la base d'un marché libre, sans aucune restriction. En vertu d'un protocole spécial au Traité de Rome, ce pays grand consommateur de banane appliquait un tarif nul sur les importations, à l'intérieur d'un quota annuel qui était suffisant pour satisfaire les besoins de son marché intérieur.


-          Le second régime consistait en un accès préférentiel basé sur la protection de la production locale en provenance de régions, par exemple d'anciennes colonies, rattachées ou liées politiquement à certains pays européens. Cette dérogation était accordée à la France, pour ses départements antillais (Guadeloupe, Martinique) et des pays africains associés comme la Côte d'Ivoire et le Cameroun ; au Portugal (au bénéfice de l'île de Madère) ; au Royaume-Uni (préférence pour la Caraïbe anglophone : îles Windward, Jamaïque) ; Espagne (îles Canaries) ; et Italie (accords avec la Somalie).


-          Le troisième régime était applicable aux pays de la Communauté importateurs de banane principalement d'Amérique latine et pour lesquels, il n'existait aucune restriction d'ordre quantitatif. Le tarif douanier commun appliqué était de 20%.


Avec l’entrée en vigueur du marché unique ce fut la guerre.


« Depuis l'entrée en vigueur de l'Organisation commune des marchés de la banane (OCMB), le 2 février 1993, dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) et du marché unique, un différend politique et économique sérieux, en particulier commercial oppose, par gouvernement interposé, les producteurs et exportateurs de la zone dollar, et surtout les Etats-Unis d'Amérique à l'Union européenne. Ce qu'on a coutume d'appeler depuis, la Guerre de la banane est animée avant tout par les trois grandes transnationales étatsuniennes, Dole Fruit Corporated, Chiquita Brand International Corporated et Del Monte Fresh Produce. Elles dominent tout le marché américain, contrôlent plus de 40% des marchés européens et une bonne partie du marché japonais. Grâce à l'appui du gouvernement fédéral et de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), elles sont parvenues, en une quinzaine d'années, à obliger l'Union européenne à changer son régime d'importation de banane, l'obligeant à remettre en cause le système préférentiel mis en place pour les anciennes colonies signataires des accords de Lomé en 1975. Leurs stratégies illustrent parfaitement le passage de l'internationalisation à la globalisation des marchés. La Guerre de la banane, en dopant les exportations de la banane dollar sur les marchés européens, pénalise aussi la production communautaire et oblige Bruxelles à revoir le volet banane de la politique agricole commune. La période 1993-2006 est très riche en rebondissements dans le différend opposant les exportateurs de banane dollar et l'Union européenne.


La guerre de la banane se termine le 15 décembre 2009 par un coup de théâtre. Au siège de l’OMC à Genève, l’Union européenne finit par céder aux pressions sud-américaines et conclut un accord avec les pays producteurs du continent. Elle s’engage à réduire ses tarifs d’importation progressivement à 114 €/t d’ici à 2017. En contrepartie, les Etats-Unis et quatre autres pays d’Amérique latine renoncent aux recours engagés contre l’Union européenne auprès de l’OMC.


« Cette libéralisation du marché n’est pas sans conséquence pour les pays de l’ACP. Leurs 900 000 tonnes de bananes exportées vers l’Union européenne se trouvent brutalement en concurrence de plain-pied avec les 4 millions de tonnes des multinationales, qui bénéficient d’économies d’échelle quant aux coûts de transports et de transactions. En 2008 déjà, les pays producteurs de bananes ACP s’étaient alarmés dans l’ « appel de Yaoundé », sur les conséquences néfastes de ce « libéralisme extravagant ». Un cri d’alerte relayé par un rapport de l’ICTSD (International Centre for Trade and Sustainable Development) (15) qui estime que les pays ACP vont perdre près de 15% de parts de marché et prédit la disparition de certains petits producteurs comme la Jamaïque ou le Surinam. Le Cameroun, la Côte d’Ivoire voire le Ghana se trouveront eux aussi en difficulté. »


L’accord a plus profité trois grandes transnationales étatsuniennes qu’au Brésil, à la Colombie, au Costa Rica, à l'Equateur, au Guatemala, au Honduras, et au Mexique. D’ailleurs Carla Veldhuysen, coordonnateur régional de Fairtrade International pour la Colombie, le Venezuela et le Panama s’en inquiétait « Pour nos producteurs, la décision d’abaisser les droits de douane devrait leur donner l’occasion d’accroître leurs revenus. Cependant, la grande question est de savoir qui va vraiment profiter de cet accord. La différence de prix sera-t-elle retournée au producteur? ».


 Vous voyez je suis pile poil dans l’actualité 5 des pays cités jouaient la Coupe du Monde.


Du côté gastronomique sachez que « certaines bananes deviennent jaunes en en mûrissant, d’autres restent toujours vertes. Il en existe de petites et parfumées, pas plus grosses qu’un doigt, comme la banane figue ou la banane « œuf de poule » : fondantes et mielleuses, elles se dégustent nature.


D’autres, âpres et farineuses,  révèlent leurs qualités une fois rôties, mijotées ou cuites à la vapeur ; c’est le cas des longues bananes plantains à la peau épaisse et verte  et à la chair ferme. »


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 12/07/2014 08:53


Il y en a qui « n’ont pas la banane », Jacques, ce sont les ouvriers agricoles des bananeraies. Il existe une littérature épidémiologique, controversée il est vrai, qui indique que
l’exposition prolongée aux pesticides utilisés dans cette culture (le dichlorobromopropane notamment), qui sont parfois pulvérisés au moyen d’avions alors que les ouvriers travaillent en-dessous,
entraîne une diminution importante de la fertilité masculine. Or, la plupart des pays dont tu parles, et c’est le cas dans « vos » Antilles aussi, présentent une culture où la
« virilité » se mesure aussi au nombre d’enfants et où la paternité est une fierté primordiale. A l’inverse, un homme stérile passe pour ou sous-homme. Donc, si le traitement des
bananiers pourrait passer pour une forme bienvenue de régulation des naissances au vu de la démographie de ces pays, les sujets concernés ne le voient certainement pas ainsi.


 


En plus, à part les toutes petites que tu mentionnes et les bananes des îles Canaries, ce n’est vraiment pas bon, ce truc ! C’est bourratif en diable et, pour tous les gens qui ne peuvent
pas ingérer trop de potassium, c’est la cata absolue.

patrick axelroud 12/07/2014 08:44


Encore un vaste sujet abordé par le plus que jamais eclectique Taulier et dont il fait, assez joliment le tour sur tous les tons. Oserions nous avancer qu'il s'est banané en omettant cette
expression ? Glissons...glissons...

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