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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 00:09

Comme j’ai beaucoup écrit, trop ironiseront certains, en 2007, en faisant référence au vin populaire, pas celui qui trônait sur la table chaque jour, de consommation courante ou de gros VDQS comme le Corbières ou même des AOC tel le Côtes-du-rhône de comptoir en litre  étoilé, mais le vin bouché du dimanche. Précision d’importance, il ne s’agissait pas pour autant de vins fins, mais de vins de belle provenance mais au statut aussi flou qu’indéterminé. Des rouges essentiellement, « déclassés » disait-on, achetés à des VRP, voyageant en fût et mis en bouteille chez l’habitant.


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Pas la fine fleur des AOC bien évidemment ainsi j’écrivais : « Pour nos pères, un bon vin, devait être vieux, tuilé, précisaient-ils. Le vin bouché par eux ou par d'autres, couché dans la pénombre de la cave, sa bouteille se nimbant de poussière et de toiles d'araignée, se bonifiait disaient-ils.


Plus c'était vieux plus c'était bon. Combien de bouteilles nazes ai-je vu ainsi déboucher, la couleur était belle : très pelure d'oignon, et mon père disait, pour nous rassurer, qu'il était madérisé.


Bref, le socle de l'excellence du bon vin de France pour monsieur Tout le Monde - bien évidemment je n'englobe pas dans ce vaste cercle, le Cercle raffiné et restreint des connaisseurs, dont certains, du côté de la Sorbonne, s'apparentent aux Précieuses Ridicules - c'est le chenu, le mature, le sage, celui qui a jeté sa gourme et qui, dans la sérénité du grand âge, donne sa pleine mesure.


Alors, les vins ordinaires pour jouer au grand se paraient des charmes tranquilles de la vieillesse. Pour preuve, le dernier survivant de cette lignée, le Vieux Papes, reste la référence de ces consommateurs baptisés par la statistique : les réguliers. Quand on puise dans le stock des vieilles étiquettes on y découvre une profusion de vieillards : Vieux Ceps, Vieille Treille, Vieil Ermite, Vieux Logis, Vieux Moulin, Vieille Réserve, Vieil Ermite, les Vieux Pampres, les Vieux Fagots, Vin des Aïeux, Vieille Souche, Le Vénérable, et pour finir j'ai même découvert le Vin Vieux des Coteaux (c'était un vin de coopérative).


Mais la vieillesse ne suffisait pas forcément à asseoir la réputation du vin quotidien, très souvent les nectars se voulaient royaux, ou impériaux, ou s'anoblissaient. Par bonheur, notre chaîne nobiliaire qui recèle des déclinaisons : prince, duc, comte, vicomte, baron, marquis, et si on y ajoute les chevaliers, les connétables, les troubadours, donnait, et donne encore, aux marqueteurs une inspiration inépuisable. Nous avons coupé la tête de notre roi, aboli les privilèges, vendus les châteaux comme Biens nationaux, mais le bon peuple reste fasciné par la particule et le titre nobiliaire.


Restait aussi à côté du sabre, le goupillon : nos étiquettes de vin aimaient aussi se parer de moines rubiconds, car n'en déplaise à notre éminent Pitte, dans les monastères on ne produisait pas que des nectars pour gosiers de riches. Tout ce passé, que certains voudraient occulter sous l'étrange prétexte que le vin était alors une boisson, pèse très lourd, aussi bien en positif qu'en négatif, dans la perception que nous-même avons eu du vin. Dans une certaine mesure, l'irruption des AOC nous a dédouané : boire moins, boire mieux et c'est cette vision un peu repentante, parfois élitiste, que nous avons transmis à la génération de nos enfants. »


Ce monde est presque totalement englouti, adieu les réguliers et leurs cubis, vive les occasionnels ! Pour autant, la vieillesse n’est point un naufrage dans le nouveau monde des amateurs de vin puisque le fin du fin de nos jours est de se délecter dans les milieux bien sous tous les rapports de vin issus de vieilles vignes.


Je vois déjà des sourires se dessiner sur certaines lèvres, vraiment ce Taulier est un VC « plus une vigne est vieille plus elle donne sa quintessence, loin des pulsions de la jeune sève, du démon de midi de la force de l’âge, elle a la sagesse de ses vieilles racines… »


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Vieillevigne vient du latin "vetula vinea" (vieille vigne).

 

Moi je veux bien tout ce qu’on veut mais j’aimerais que l’on me dise à partir de quel âge une vigne est vieille ?


Je souhaiterais au-delà de ce seuil où, loin de prendre sa retraite, elle donnerait le meilleur d’elle-même, qu’on m’indiquât tout bêtement son âge. Ce serait plus honnête, ça me permettrait de faire des comparaisons entre vieilles.


Mais, qu’est-ce au juste que la vieillesse d’une vigne ? N’est-ce qu’une question d’âge seulement, le mode de vie, c’est-à-dire la conduite de la culture de ces vignes tout au long de leur vie, n’est-il pas tout aussi important ? Une vieille vigne hyper productive fourbue est-elle un gage d’excellence ? Je ne sais pas, mais ce que je sais c’est sous les bons sentiments se cachent souvent des réalités pas forcément bonnes à dire.


Sous-jacente à cette notion de vieilles vignes se niche la question de leur productivité, quand on est vieux on produit peu, le petit rendement est au bout des vieilles vignes. Mais est-ce là le nirvana de l’authenticité ? Je ne sais, tout ce que je souhaite c’est que l’on m’explique, que l’on sorte du flou, de l’ambiguïté, afin que la vieillesse ne se réduise pas à un nouvel argument de séduction pour ceux qui pensent que c’était mieux avant.


Entendez-moi bien je n’ai rien contre la préservation, la sauvegarde des vieilles vignes, bien au contraire, mais l’inflation de la mention « vieilles vignes » sur les bouteilles participe à ce que j’ai qualifié de dilution de la notion d’appellation car j’ai le sentiment que l’âge de la vieillesse dans les vignes aurait, contrairement à nous les humains,  plutôt tendance à régresser.


Ne m’engueulez pas pour mon ignorance, éclairez-moi plutôt pour que, sans pour autant fixer un âge pour la retraite des vignes, la mention « vieilles vignes » ne soit pas galvaudée car dans notre monde mondialisé le nouveau vieilli vite…  

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

olivier de moor 21/08/2014 10:09


Merci pour le renseignement.


 


C'est révelateur que cela soit en Californie.


 


Question à tous: Comment va votre vignoble ? Quel est la valeur d'un pied de vigne. Seulement sur un aspect économique ?


- Un greffé-soudé ?


- Un greffé-soudé bien fait ?


- Un pied planté ?


- Un pied en pleine production ? Qui vous permet de justifier le reste.


- Un pied qui meurt de façon soudaine et perd la récolte de l'année ?


- Un pied mort ? Dans une parcelle où il n'a pas été arraché...


 


Ps: Autre faute  Francois Dal. Rien à voir avec Béatrice


 


 

massotte 21/08/2014 02:54


Je viens de voir que l'Université de Californie avait un original de ce livre "traité théorique et pratique du greffage" de Aimé Champin et qu'elle disposerait , depuis mars 2014,  d'une
version numérisée.  


Quelqu'un a-t-il plus d'info ? Merci beaucoup. Pierre

Luc Charlier 20/08/2014 09:17


Léon est TRES intéressé par la casuistique, au contraire, car c'est elle qui permet d'édicter des règles générales quand elle se répète, et de les remettre en question quand elle n'est
qu'anecdotique. Mais quand elle en reste à l'état de "singleton" ou d'oiseau rare, je ne veux justement pas qu'on en tire des conclusions plus générales.

Denis Boireau 19/08/2014 09:16


Mr. Massotte a bien raison de souligner que le probleme est bien plus complexe que le seul age chronologique de la vigne. Ca depend surtout de son etat. (etat de la vigne! Je ne parle pas de
l'etat de Mr Massotte, que je lui souhaite aussi bon que possible).


Au passage il faut savoir que 15 a 20hl/ha c'est un gros rendement pour la vigne. Depuis l'antiquite jusqu'au XIX siecle avant le productivisme forcene, la comparaison des informations sur les
surfaces rapportees a la production donne entre 5 et 15hl/ha.


Mais les 100 dernieres annees de vignes industrielles ont completement fait oublier cette donnee "naturelle".


Et un exemple interessant de la complexite de la question (que Leon meprisera comme etant de la casuistique) : la vigne de plus de 160 ans chez Henry Marionnet donne ~50hl/ha sans probleme.

Olivier de moor 19/08/2014 07:28


parmi mes fautes, une est moins acceptable que les autres: Aimé Champin. Son "traité théorique et pratique du greffage" a disparu de la circulation... 


Dans mes vagues études de biologie, on m'a expliqué que de façon biologique, on ne comprenait pas ce principe de greffe à un seul bourgeon. On ne comprenait pas que les pépinièristes greffent
avec un seul bourgeon.


Monsieur Champin, ne le comprenait pas aussi. C'était en 1880.

Maurice 05/06/2015 12:14

Le livre d'Aimé Champin "Traité théorique et pratique du greffage" est très rare. J'en ai un exemplaire. Je peux envisager de le scanner s'il y a une demande conséquente...

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