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15 avril 2011 5 15 /04 /avril /2011 00:09

Chapeau-BadenSur les 5 du Vin, dont je suis le co-créateur avec 4 autres Tontons Flingueurs, le sieur Lalau : HL à ne pas confondre, en dépit de la photo ci-dessus, avec col blanc dit BHL, face à une chronique, très perfide Albion sur notre terroir chéri, de David Cobbold à qui j’ai loué ma case du lundi a écrit «  L'avantage de partager ce blog avec deux Anglais, qui plus est pas trop bêtes, c'est qu'ils nous font réfléchir.

L'Anglais pas trop bête a de ces fulgurances... Bien sûr, il ne pense pas comme nous: parfois, ça agace, mais souvent, ça stimule. Ca nous évite en tout cas de tourner en rond dans les culs de sacs de la pensée que sont  nos sentiers battus et autres lieux communs (j'ai une promo sur les métaphores, ma p'tite dame; et avec ça, vous prendrez bien aut' chose?).

Suivait une chronique d’un très bon tonneau, pas de Bordeaux bien sûr, mais plutôt du terroir des Caillottes à Sancerre.

J’oubliais le titre, 100% Duras – pas l’AOC mes cocos, la Marguerite – Terroir, forcément Terroir

Bref, je me suis dit dans ma tête de petit chroniqueur branché sur 100 000 volts (les ampoules toujours) : « C’est le moment de tendre ton micro au Lalau sans que le Léon ne réponde en écho : Haili Hailo... pour faire barrage au terroirisme...»

 

 

État des lieux lapidaire réalisé par un petit rapporteur peu fiable

 

1-     Tous les vins proviennent d’un terroir (Annexe 1)

2-    « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille de Paris ou d'Alger pour apprendre à marcher » (Annexe 2)

3-    Jusqu’ici on se contentait de constater que l’andouillette à la ficelle, dont la ficelle est bien sûr consubstantielle à ce type d’andouillette, était bien pourvue d’une ficelle pour être dotée de la dénomination d’andouillette à la ficelle. (Annexe 3)

 

Face à la montée du terroirisme demande de protection rapprochée auprès du sieur Hervé Lalau dit HL(ne pas confondre avec BHL)

 

Bref, Hervé Lalau, face à la montée du terroirisme, vous qui aimez la castagne, je vous pose mes 3 Célèbres Questions :

 

Question 1 : C’est quoi le Terroir ?

Question 2 : Le Terroir c’est quoi ?

Question 3 : Pourquoi le Terroir ?  

Lalau-Herve-Bordeaux.jpg

Question 1 de J.B :

C’est quoi le Terroir ?

 

Réponse de H.L :

Reprenons, cher ami, si vous le voulez bien, les textes fondateurs. En l’occurrence, la déclaration des droits de l’homme et du terroir, alias Résolution OIV/Viti 333/2010 :

« Le terroir vitivinicole est un concept qui se réfère à un espace sur lequel se développe un savoir collectif des interactions entre un milieu physique et biologique identifiable et les pratiques vitivinicoles appliquées, qui confèrent des caractéristiques distinctives aux produits originaires de cet espace. »

Constatons avec soulagement l’OIV ne limite le terroir ni dans le temps, ni dans l’espace. Le terroir a donc quelque chose d’immuable, d’intemporel, osons le mot, d’éternel ;  et il peut s’appliquer aussi bien à une parcelle, à un climat, à un cru, classé ou non, une pente, une exposition, qu’au département de la Gironde dans son ensemble, moins les lacs et la forêt et les décharges publiques bien sûr, sauf classement contraire.

Comme les ailes des chasseurs embarqués, le terroir est donc à géométrie variable, ce qui lui confère une grande souplesse d’utilisation. Seuls peuvent véritablement le borner

1° les terroirs adjacents, déjà revendiqués,

2° les scrupules des vignerons, qui, quand même, doivent parfois savoir jusqu’où ne pas aller trop loin.

 

Question 2 de JB :

Le Terroir c’est quoi ?

 

Réponse de H.L :

C’est très beau. Je répugne à mettre d’emblée des étiquettes sur un concept qui est d’abord d’ordre esthétique.

Mais si vous me poussez dans mes derniers retranchements, je vous dirais que le terroir est d’abord plus belle conquête du communicateur viticole.

Quand c’est un sol, comme les Caillottes de Sancerre ou les galets des Costières, ça peut se toucher, se prendre en main, se sucer, si vous me passez l’expression. C’est physique.

Mais quand le génie français s’en mêle, quand le terroir s’extrapole, quand il est bien pris en main, il enfle pour atteindre la taille d’une commune, d’une appellation, d’une région, le mot abritant alors tous types de sols et de mésoclimats, tous types de vignerons aussi, les bons comme les autres, on touche au sublime – au sens gazeux du terme. La physique cède le pas à la métaphysique, le mot dépasse la chose, le terroir s’onanise, le terroir n’onirise.

Il faut quand même carburer au pastaga dès le chant du coq pour admettre, par exemple, que le Fitou, cette brave appellation séparée en deux entités distinctes, peut constituer un seul terroir. Mais cher Maître, laissez moi vous citer à ce propos un autre texte fondateur, le site www.lescheminsdufitou.com   , et son slogan : «Découvrir le Fitou et ses neuf villages. Un terroir, des hommes, des vins».

Et à propos de ce type de terroirisation élargie, qu’il me soit permis d’appeler en renfort notre Maître-soixante à tous, le regretté Pierre Dac : «Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites».

A l’inverse, constatons que quand certaines appellations revendiquent un terroir, certaines  propriétés, elles, s’avouent multi-terroirs. Comme Yquem, par exemple, à qui cette diversité de sols et d’expositions confère toute sa complexité.

 

 

Question 3 de JB :

Pourquoi le Terroir ?

 

Réponse de H.L :

Pourquoi la mer ? Pourquoi la beauté ? Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. Le terroir est aussi insondable que la mer et aussi beau qu’une facture proforma acquittée par un nouveau client de Hong Kong séduit par l’exotisme d’un grand terroir. Comme me chantait mon ami Francis, un vigneron du Sud-Ouest nouvellement admis dans le cénacle de l’AOC : «Moi je n’étais rien et voilà qu’aujourd’hui, l’AOC, le terroir sont gardiens de mes nuits, j’les aime à mourir».

 

Mais vous souhaitez sans doute une réponse plus terre à terre, aussi vous réponds-je (synthétique) : parce que c’est français, Monsieur. Le terroir est une invention française, un mot bien de chez nous, qui ne veut sans doute plus dire grand chose, mais qui est à nous. Au départ, ce n’était qu’une simple altération du mot territoire. Notre génie en a fait une arme de conquête, l’ultima ratio du roi Bacchus : «à nous le terroir, à vous le pinard».

Je vous le dis tout net, Monsieur le Secrétaire Perpétuel de l’Amicale des Bons Vivants : il y a des choses avec lesquelles on ne rigole pas. Tout Français digne de ce nom devrait s’opposer avec la plus grande force à l’utilisation de ce concept par le parti de l’Etranger ; un parti qui, non content de menacer nos fils et nos compagnes, tente de s’accaparer nos idées, même les plus éculées. Et je défie tout Etranger de commencer seulement à comprendre la subtilité avec laquelle nous utilisons ce concept. L’Etranger, dans sa vision sordide, voudrait limiter le terroir, il voudrait l’enfermer dans une réalité tangible, le mesurer ; mais là je dis non, Monsieur Berthomeau, et je le dis solennellement. On ne mesure pas la liberté, on n’enferme pas le souffle du vent qui va porter la bonne nouvelle. 

 

Ouvrez, ouvrez la cage aux terroirs… Et ne m’en parlez plus pendant un mois au moins, bande d’escrocs!

 

J’en appelle aux mânes de  Grand Jacques, Brel :

 

Messieurs les Marketeurs, j’ai deux mots à vous rire,

Il y a trop longtemps, que vous me faites frire,

Avec votre terroir trempé à toutes les sauces,

Avec vos AOC aussi larges que l’ Cosmos

Et je vous interdis d’obliger nos journaux, qui ne vous ont rien fait

à recopier bêtement tous vos communiqués

Vos messages consensuels

De millésimes exceptionnels.

 

Une galéjade ça va, mais tous les ans et partout, bonjours les dégâts !

Annexe 1

Vu par monsieur tout le monde, donc moi, la vigne cultivée, c’est l’homme qui l’a implantée dans des lieux géographique précis qu’il a choisi en fonction de tout plein de critères : l’exposition, des qualités agronomiques du sol et de la capacité du cépage à bien y vivre (la notion de souffrance nécessaire de la vigne m’a toujours étonnée) pour y produire des raisins. Donc, une fois implantée la vigne, ses ceps plus précisément plongent, plus ou moins profond, leurs racines dans la terre et lancent leurs tiges à l’assaut du ciel et du soleil. Vive la photosynthèse ! Taillée, sculptée, cultivée, soignée la vigne porte des raisins qui ont donc une origine : ils proviennent d’une parcelle identifiée, cadastrée. Les raisins mûrs seront récoltés, vendangés, pour être pressés afin de produire du moût qui va fermenter pour faire du vin et ce vin aura donc la même origine que celle du raisin. Dit comme ça c’est simple. Pour l’heure, contrairement à certaines cultures hors-sol, la vigne est encore accrochée à la terre, donc tous les vins proviennent d’un terroir.

 

Annexe 2

Oui mais,  en parodiant la chanson de Maxime Leforestier « On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille, on ne choisit pas non plus les trottoirs de Manille de Paris ou d'Alger pour apprendre à marcher. Etre né quelque part c'est toujours un hasard... ». Pour sûr qu’il y a une hiérarchie dans les origines ! Mais, alors pourquoi diable ne pas s’en tenir, comme l’a fait le baron Le Roy de Boiseaumarié à Châteauneuf-du-Pape, au simple constat de l’origine du raisin à l’intérieur d’une délimitation faites par des géographes et des juristes ? C’est ça l’identité du raisin, donc du vin, mais si j’ai bien compris en plus de son nom, de son âge, il lui faut aussi décliner sa qualité, je n’ose écrire ses origines, ses quartiers de noblesse ou sa roture ou son appartenance à une quelconque bourgeoisie.

 

 

Annexe 3

En effet, alors que jusqu’ici on se contentait de constater que l’andouillette à la ficelle, dont la ficelle est bien sûr consubstantielle à ce type d’andouillette, était bien pourvue d’une ficelle pour être dotée de la dénomination d’andouillette à la ficelle, je découvre avec un grand intérêt qu’il va falloir, en ce qui concerne certains vins qui viennent de quelque part (les plus nobles), s’ils veulent se voir décerner par la Commission de l’UE leur carte d’identité AOP, prouver l’existence d’un lien au terroir. Franchement, c’est un peu difficile à comprendre pour un esprit simple comme le mien car ce mot ne fait que traduire une réalité bien tangible, visible, constatable ? En cela Cobbold a raison il exprime un lieu comme le fumoir : lieu où l’on fume, le lavoir : lieu où l’on lave, le saloir : lieu où l’on sale... Bref, pour faire dans le style de notre Léon : y-aurait-il des petits malins qui fumeraient dans les cabinets ? En clair y aurait-il des appellations d’origine qui plongeraient leurs racines en des terroirs roturiers ? Ne serait-il pas plus simple de leur demander d’aller planter leurs choux ailleurs plutôt que d’emmerder les autres.

 

 

* en hommage à un célèbre slogan politique inventé par le publiciste auteur du non moins célèbre « Un verre ça va... »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 16/04/2011 11:17



@Gus : tu as raison « Comme un pétard qui n’attend plus qu’une zigounette ». Nous menons vraiment une « vie de
Bashung de chaise » !


@Pousson : je confirme. Le seul endroit où il est presque toujours décevant d’organiser des dégustations de découverte – je ne
parle pas de vente ! c’est ... les clubs d’oenophiles !


@Mémé Cad : ou bien Paola et Aldo dans cet autre aspect de la Divine Comédie : le S.A. Belgian Skyshop ou Jetairfly.


Et enfin, pour la paire tirée du « blog des 5 du vin » : continuez, mes petits, vous allez dans la bonne
direction !


 


Une incidente, en relation ténue – mais c’est ainsi que fonctionne mon esprit d’escalier - avec ce qui précède par le lien Divine
Comédie / Illustre Théâtre : j’ai mangé hier soir chez un client qui tient depuis plusieurs années maintenant LA table de référence à Pézenas (www.restaurantentrepots.com). Un vrai bonheur : presque chaque table (30 couverts à peu près) avait pris le menu (choix entre 2 entrées, 2 plats, 2 desserts), à 29 € et
copieux (plus pain excellent) et sur chaque table trônait une BELLE bouteille de vin. Le fonds est tenu par le chef de cuisine et son associé en salle, qui conseille les vins et a choisi la
carte, exclusivement locale à l’exception du champagne : que des bouteilles qu’on aurait envie d’avoir en cave, et toutes dans des millésimes à boire. Nous avons pris un carignan blanc, Lune
Blanche du Domaine le Conte des Floris, en 2004. Une demi-heure après le début du service, les tablées s’apostrophaient, échangeaient leurs impressions et on y lisait la même satisfaction. Je me
demande si là ne réside pas la bonne recette du succès.



sylvie cadio 15/04/2011 23:00



Y avait longtemps que je n'avais pas ri aussi vaillamment.


Merci.


Non, non, c'est sincère.


Bonne nuit.



sylvie cadio 15/04/2011 22:59



Il manquait peut-être un accent à Comté, non?


Bis repetita : arrêtez moi si je me trompe



bernard 15/04/2011 22:40



Quel pathos illisible et prétentieux.


J'ai renoncé à faire le comte des clichés.


Il ne faut pas sétonner du déclin des vins Français


Bernard



JACQUES BERTHOMEAU 15/04/2011 22:52



Allons allons Bernard laissez donc le comte à sa particule... Je vous trouve bien aigre soudain quand au déclin des vins français il faut encore savoir compter : France 5,54milliards
d'euros en 2010 et le Chili 988 ça décline certes mais ça se tient bien... Mais que voulez-vous la France est gouvernée par des gens que vous avez élus Bernard qui puis-je ?  La rupture ! Rire dans la salle ! Moi ça me fait penser à la gestion du CIVDN  



jmPaul 15/04/2011 21:53



N'oubliez pas les merveilleux textes sur le terroir écrits par Geneviève Teil de l'Inra et merci à tous pour vos contributions . Quel plaisir de retrouver Jacques et Hervé dans le même billet.



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