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23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 00:05

Le vin fait couler beaucoup d'encre et de salive ces derniers jours : tout le monde se rue sur le dernier sujet qui fait peur : le dérèglement climatique même que la frétillante Isabelle Giordano avait organisé un débat sur son Service Public à partir d'un article d'un certain Claude-Marie Vadrot sur le sujet dans Politis.  Le titre de l'émission valait déjà son pesant de cacahuètes : AOC : un label qui ne veut plus rien dire ? Faudra expliquer à la dame que l'AOC n'est pas un label de qualité. Bref, Denis Saverot a du ramer sec pour faire entendre des arguments intelligents. Notre ami Jacques Dupont Merveilleux du Vignoble, absent car en voyage, avait lui exécuté Vadrot par mail " rien qu'un tissu de conneries ". N'ayant pas lu la prose du sus-dit car je croyais Politis définitivement coulé en dépit de la nième souscription de soutien, je ne ferais présentement aucun commentaire mais l'audition de ses propos m'ont laissé songeur : amalgames, approximations, tout un laïus de sauveur de la viticulture française menacée, références constantes à ses copains vignerons pour justifier son pathos. Bref, ça avait le goût de bouchon de vieux con qui s'autoproclame expert de pinard comme y dit. Bref, puisque la séduisante Isabelle Giordano fait dans l'AOC discrédité moi ce matin je la prends à contre-pied et je la déclasse en IGP : facile Berthomeau !  

En effet ce matin je vais vous parler polar, d'un polar qui a deux ans tout juste et qui a connu un grand succès d’audience. Lors de sa sortie ses 3 auteurs Richard et Eric le Boloc’h et Yann Marchesseau confiaient au journal Sud-Ouest : « Bientôt Saint-Emilion sera plus connue pour ses crimes que pour ses crus ». Un autre média girondin s’enflammait « les auteurs inventent le thriller œnologique. » N’étant ni un spécialiste de l’éreintement, ni un adapte de l’encensoir, en parler avec le recul du temps m’est plus facile.

En effet, ce bouquin est sympathique, précis et très bien documenté « nous avons rencontré 21 médecins, des kinés, des prêtres, des notaires dans le coin et des viticulteurs pour comprendre la fabrication du vin. On a refait le chemin des meurtres » précisent les auteurs, j’ajouterais trop bien documenté pour les descriptions des lieux et des sites : comme une impression de plaquettes de syndicat d’initiative. La mise en place est besogneuse mais ensuite, lorsque les cadavres s’accumulent, le polar prend son rythme et le scénario bien ficelé capte l’attention : c’est clair j’avais envie d’aller au terme. Mais Dieu que le présent de l’indicatif est plat ! Mais Dieu que le verbe être et avoir sont transparents ! Mais, à tout pécheur miséricorde, nos trois auteurs sont des hommes de l’image pas encore des écrivains.

Alors me dire-vous, pourquoi chroniquer sur eux ? 3 raisons essentielles :

- la première : j’ai acheté le livre donc je l’ai lu et lu jusqu’à la dernière ligne même si je zappais sur la fabrication des cierges ou sur des descriptions du genre « Nadya avance un peu plus dans la nef, attirée par quatre peintures circulaires sur fond bleu turquoise. Un écriteau indique qu’il s’agit d’une fresque du XIIIe siècle représentant le martyre de Ste Catherine. Sur la gauche, dans la saillie, une Vierge étirée semble pointer du doigt les quatre médaillons. ». De plus comme la seconde moitié est bien plus efficace que la première l’impression finale est bonne. C’est comme si nos trois lascars se bonifiaient en écrivant.

- la seconde est plus complexe à exprimer, en effet, dans la mesure où nos jeunes pousses lisent peu ou pas du tout, si par bonheur le succès de ce polar est en partie dû à un lectorat jeune c’est tout bénéfice pour l’amour des livres. Que les trois auteurs me pardonnent, leur modeste cru, qui n’a d’ailleurs pas la prétention d’être un GCC, est un bon produit technologique. Un produit d’initiation pour néo-lecteur, comme le sont pour vins dit technologiques. Le succès des vins rosés en atteste. En poussant le bouchon un peu plus loin j’écrirais à propos d’AOC que c’est un excellent livre sans IG, un honnête vin de cépage. Un livre d’hommes d’images proches de la culture de la Toile. Mon propos n’a donc rien de condescendant, bien au contraire il reconnaît que nos goûts d’initiés, de gens qui se disent cultivés, doivent, sans pour autant jeter par-dessus bord notre culture, s’ouvrir à une forme de simplicité. Le polar qui a gagné ces dernières années ses lettres de noblesse me semble être un bon terrain d’initiation.

- la dernière je la trouve (voir la phrase en rouge dans l’avant-dernier paragraphe du commentaire) dans un commentaire trouvé sur le Net « J’ai acheté ce polar uniquement pour le plaisir futile d’avoir une dédicace d’un des auteurs, présent dans le Carrefour ou je faisais mes courses. Bon, j’aime aussi les polars, les français particulièrement, mais sans ça je n’aurai probablement pas acheté ce livre.

J’ai pu donc discuter avec Yann Marchesseau, un monsieur très sympa et avec qui j’ai échangé quelques avis sur le polar français,.

Bref, qu’en est-il de cet AOC ?

J’en suis fort désolé mais je suis très mitigé.

Le côté narratif est plutôt bon, notamment ce qui tourne autour du vin. Mais les dialogues, très présents, sont plus laborieux. J’ai l’impression que les auteurs ont voulu faire réalistes, les phrases fusent comme dans une vraie discussion, mais j’ai trouvé ça assez artificiel justement. A force de vouloir faire vrai ils sont arrivés à quelque chose qui sonne faux.
Les personnages des flics sont assez creux, surtout celui du capitaine Cuche, absolument pas crédible dans son emploi des termes anglais dans sa discussion, genre all right pour dire d’accord. Ça me fait penser à Tintin en Amérique

Les autres personnages sont des stéréotypes de notables d’une petite ville de province : le député forcément arrogant et avec le bras long, le couple de pharmaciens, la maire, l’aristo du coin…

L’intrigue en elle-même, le meurtrier, son mobile, tout ça est plutôt bon, sans être renversant, mais ce n’est pas non plus le but recherché. Au final, ça se lit sans déplaisir malgré ses défauts, mais aussi sans surprise.

Reste que ça permet de découvrir le monde du vin, et ça c’est toujours intéressant.

Par contre, j’ai trouvé que tel quel ce roman ferai une bonne série policière en deux épisodes sur France 2. Limite le scénario pourrait-être le livre lui-même. Bien filmé, bien joué (en enlevant les tics de langage du flic), ça pourrait être bien sympa. »

 

Normal nos trois larrons, conseillés par François des Ligneris, étaient entourés de bons conseils sur l’univers de la vigne et du vin de Saint-Emilion

 

Au final, je ne jouerai pas au verre à moitié vide ou à moitié plein mais je vous recommande d’aller sur leur site www.aoc-leroman.com pour découvrir leurs « teasers » sur leur premier livre dont je viens de vous parler et leur nouveau, écrit à 4 mains cette fois-ci, les frères le Boloc’h, « Le sang des Immortels » Pour ce faire une fois sur le site cliquer sur films.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

jacques 24/10/2009 08:00


j'ai ecouté la FRETILLANTE ISABELLE,et je bouillai là,assis ds mon tracteur entrain de bosser!!!!...entendre autant de conneries en si peu de temps ça releve du Guiness...et juqu'a ce FERNIO..qui
s'y met!!!
comment peut-on laisser raconter ts cela..et pourtant je ne suis pas un inconditionnel de l'aoc et encore moins de notre ex pre. R Renou
la refonte de l'aoc:...belle machine a gas qui plombe un peu plus les couts (ça a surtout servi a renflouer l'inao et nos fameux syndicats)et n'apporte rien de+ a la vente ,si ce n'est
d'embrouiller le consommateur.
c'est vrais nombreux vin de pays sont superieur a l'aoc....quand on voit une btlle BORDEAUX(blanc )chez lidl amoins de 2.5euros.
on va pas s'enerver...c'est samedi la rubrique corse etait bien ..alors quoi de +
allez! bon w-end et A+




Norbert 23/10/2009 11:45


Ah, bien sûr si l'on songe au "Label rouge" (une marque qui marche très très bien d'ailleurs), on peut comprendre votre position, mais ce n'est qu'une forme particulière de label. Et on peut
très bien, en dehors de ce cas, utiliser un label pour certifier une qualité liée à l'origine. Au demeurant, vu le succès du Label rouge, je me demande si pour certains vins, il ne vaudrait
pas mieux viser cette marque plutôt qu'une AOC dont les cours ne dépassent pas ceux des vins ordinaires (voire sont en dessous, si l'on prend les coûts de production). Mais évidemment il faudrait
justifier d'une qualité supérieure par rapport aux autres vins et selon la doctrine française, seuls les vins d'AOC peuvent être supérieurs aux autres!


Norbert 23/10/2009 07:03



Grâce à une parfaite synchronisation ce billet paraît exactement en même temps que le nouveau décret sur l'AOC St Emilion et on pourra donc aborder la question de la qualité sous tous les
aspects! Ceci dit, je demande une révision d'office du déclassement en IGP prononcé ici, pour erreur de motivation, car l'AOC est bien par définition un signe "attestant la qualité liée à
l'origine" (Code rural). La sanction repose peut-être sur l'usage du terme de label, mais celui-ci désigne de manière générale un signe distinctif de qualité. Je sais bien que le cher
René Renou tenait un discours de ce genre, mais c'était pour mieux faire passer son projet d'AOC d'excellence.



JACQUES BERTHOMEAU 23/10/2009 09:29


Cher Norbert c'est la belle Isabelle que je déclassait en IGP pour méconnaissance totale de ce qu'est une AOC.
Pour avoir connu la naissance du label rouge pour le poulet et tout particulièrement celui de Loué produit sur une zone qui dépasse largement ce petit bled de la Sarthe pour moi qui suis un
dinausore il y a incompatibilité absolue entre l'AOC et le label. Que nos législateurs ne l'aient pas compris je le regrette car ça ne fait qu'ajouter de la confusion.
PS j'ai défendu devant l'AG du Conseil d'Etat avec MH Bienaymée la loi toilettant nos AOC et c'était un point important de notre argumentaire cher Norbert. 


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