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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 00:09

Annie Ernaux, link écrivaine de renom, a sans doute raison, lorsqu’elle note que « les femmes et les hommes  politiques, les journalistes, les « experts », tous ceux qui n’ont jamais mis les pieds dans un hypermarché ne connaissent pas la réalité sociale de la France. »


La GD « fait partie du paysage d’enfance de tous ceux qui ont moins de 50 ans… » et, exception faites de Paris et de grandes villes anciennes, « l’hypermarché est pour tout le monde un espace familier dont la pratique est incorporée à l’existence, mais dont on ne mesure pas l’importance sur notre relation aux autres, notre façon de « faire société avec nos contemporains au XXIe siècle. »


Auchan-003.JPG

 

Très spontanément, Annie Ernaux s’est « mise à décrire des choses vues dans les grandes surfaces* »


« Pour raconter la vie » elle a donc choisi, « loin des discours convenus et souvent teintés d’aversions » comme objet les hypermarchés.

 

* Journal du dehors Gallimard 1993, et la Vie extérieure, Gallimard 2000


Ainsi de novembre 2012 à octobre 2013, Annie Ernaux va aller à l’hypermarché Auchan à Cergy, qui se trouve à l’intérieur du centre commercial des Trois-Fontaines, et qu’elle « fréquente habituellement pour des raisons de facilité et d’agrément, et tenir un journal mais « pas d’enquête ni d’exploration systématiques. »


« C’est la capture impressionniste des choses et des gens, des atmosphères. Un relevé libre d’observations, de sensations, pour tenter de saisir quelque chose de la vie qui se déroule là. »


Le résultat est un livre bref, «Regarde les lumières mon amour», au Seuil dans la nouvelle collection de Pierre Rosanvallon, «Raconter la vie». 5,90€.


Auchan-004.JPG

 

J’ai, à une époque, beaucoup fréquenté la GD comme « voyeur » et non comme acheteur, c’est donc avec cet œil que j’ai glané dans ce petit livre pertinent que je vous recommande. Je ne sais s’il sera en tête de gondole chez Auchan.


Un détail de voisinage, un petit Auchan vient d’ouvrir à l’angle de la rue de la Glacière, je n’y ai encore jamais mis les pieds.


Auchan 001

 

Petite glane du Taulier

 

« Mais le seul café, Le Troquet, le cinéma les Tritons et la librairie Le temps de vivre ont disparu » du Centre Commercial.

 

« La clientèle appartient majoritairement aux classes moyennes et populaires. »


L’hypermarché Auchan « constitue lui-même une enclave autonome… » qui a fait fuir certains petits commerces hors du centre « il n’y a plus de boulangerie, boucherie, marchand de vin, etc. »


Dans ses écriteaux d’interdiction Auchan emploi le possessif « nos clients » Annie Ernaux s’irrite « ni moi ni les autres ne sommes la propriété d’Auchan, encore moins ses associés : ses clients ne sont pas les miens, les nôtres. Ce « nos » est typiquement faux-jeton »


« Dans le monde de l’hypermarché et de l’économie libérale, aimer les enfants, c’est leur acheter le plus de choses possible. »


Le jeune couple au rayon fromages « Faire les courses à deux pour la première fois signe les prémices d’une vie commune. C’est accorder les goûts, les budgets, déjà faire couple autour de la nourriture, ce besoin premier. Proposer à un homme ou à une femme d’aller ensemble au supermarché n’a rien à voir avec l’inviter au cinéma ou au café boire un verre. Pas d’esbroufe séductrice, pas de tricherie  possible… »


« Le début de la richesse – de la légèreté de la richesse – peut se mesurer à ceci : se servir dans un rayon de produits alimentaires sans regarder les prix avant. L’humiliation infligée par les marchandises. Elles sont trop chères, donc je ne vaux rien. »


Le poissonnier « Lui, comme le boucher, le boulanger et le fromager, jouissent en raison de leur savoir-faire d’une autonomie et d’une responsabilité à part… » celle des gens de métier. « Ils forment une espèce de noblesse, généralement masculine. »


« De plus en plus sûre que la docilité des consommateurs est sans limites. »


« L’heure des courses ségrégue les populations de l’hyper. »


« Il y a des gens, des populations, qui ne se croiseront jamais. »


« Le passage à la caisse constitue le moment le plus chargé de tensions et d’irritations. Vis-à-vis de la caissière dont on s’empresse d’évaluer la rapidité ou la lenteur. »


« Les marchandises qu’on pose sur le tapis disent si l’on vit seul, en couple, avec bébé, jeunes enfants, animaux. »


« J’ai remarqué que, de tous les rayons, c’est celui pour les animaux qui suscite le plus vif désir de parler. »


« Les super et hypermarchés demeurent une extension du domaine féminin, le prolongement de l’univers domestique… »


« Dans le langage de la grande distribution, la « prod’ d’une caissière » est le nombre d’articles scannés à la minute. 3000 à l’heure est un bon chiffre. »


« Au niveau 1 d’Auchan, c’est « la Foire de printemps aux vins » dans l’espace promotionnel saisonnier. Surtout des hommes seuls. »


Près du tiers des caisses sont maintenant automatiques (…) La disparition des caissières avance. »


« … déposer un livre sur le tapis de la caisse me gêne toujours comme un sacrilège. Je serais pourtant heureuse d’y voir un des miens, extirpé d’un caddie, glisser entre une plaquette de beurre et des collants. »


« Le bilan de l’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh est de 1127 morts. On a retrouvé dans les décombres des étiquettes des marques de carrefour, Camaïeu et Auchan. »


« … pourquoi on ne se révolte pas ? Pourquoi ne pas se venger de l’attente imposée par un hypermarché, qui réduit des coûts par diminution du personnel, en décidant tous ensemble de puiser dans ses paquets de biscuits, ces plaques de chocolat, de s’offrir une dégustation gratuite pour tromper l’attente à laquelle nous sommes condamné, coincés comme des rats… »


Annie Ernaux, au fil des mois, a pu mesurer le rôle de la GD « dans l’accommodation des individus à la faiblesse des revenus, dans le maintien de la résignation sociale. »

 

2 critiques : Libé link et L'Ob's link

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 08/04/2014 20:16


Libération vend un Côtes de Duras? J'y comprends rien.

roger feuilly 08/04/2014 00:49


Cela dit, je ne vois guère de spécialistes comme les poissonniers, les bouchrs ou les boulangers et autres : il y a surtout des emballages sous film et ainsi de suite...


A part cela, la sociologie du consommateur de base de la GD, je ne sais vraiment si cela vaut le coup de l'étudier...


Mais les écrivains n'ont-ils pas tous les droits ? Y compris, comme jadis Marguerite Duras, de se répandre en théories fumeuses dans "Libération" à propos d'un meurtre (d'une disparition)
d'enfant...


 

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