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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 00:09

« Être poète à ses heures » dit-on, la poésie au temps de mes culottes courtes se déclinait en récitation de poésies : « Ô combien de marins, combien de capitaines/Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, /Dans ce morne horizon se sont évanouis! /Combien ont disparu, dure et triste fortune! /Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune, / Sous l’aveugle océan à jamais enfouis! » Océano Nox de Victor Hugo débité à la vitesse d’un TGV, ânonné, bafouillé, bafoué, humilié par des moutards surtout soucieux de se débarrasser d’un pensum, perdait son souffle épique, se voyait ravaler à un triste slam.

 

Qui aujourd’hui se souvient de Georges Pompidou, le successeur du Général ? Pas grand monde, et pourtant il fut un Président de la République qui lors d’une conférence de presse, en réponse à un journaliste qui l’interrogeait sur le destin tragique de Gabrielle Russier, convoquait Éluard :

 

Comprenne qui voudra

Moi mon remords ce fut

La malheureuse qui resta

Sur le pavé

La victime raisonnable

A la robe déchirée

Au regard d’enfant perdue

Découronnée défigurée

Celle qui ressemble aux morts

Qui sont des morts pour être aimés

Une fille faite pour un bouquet

Et couverte

Du noir crachat des ténèbres

Une fille galante

Comme une aurore de premier mai

La plus aimable bête

Souillée et qui n’a pas compris

Qu’elle est souillée

Une bête prise au piège

Des amateurs de beauté

Et ma mère la femme

Voudrait bien dorloter

Cette image idéale

De son malheur sur terre.

 

Qui se souvient que ce Président de la République, normalien, amateur de bonne chère et de bon vin, fut l’auteur en 1961 d’une Anthologie de la Poésie Française fort classique ? À mon avis pas grand monde mais sans doute est-ce là le signe d’un temps oublieux d’un passé de moins de 50 ans. Dans sa préface à une autre Anthologie de la poésie se limitant au XXe siècle, Claude Roy écrivait « toute anthologie est une provocation. Elle souhaite provoquer chez le lecteur ignorant, et qui voudrait ne pas le rester, le désir d’aller explorer les domaines et les œuvres dont on lui indique les entrées. Elle avive sa curiosité par un échantillonnage judicieux mais limité. Mais pour le lecteur déjà mieux informé elle est fatalement une provocation au refus, à la destruction du florilège qu’on lui propose, et à une reconstruction personnelle. La fonction première d’une anthologie, c’est de donner envie « d’y aller voir soi-même. »

 

Donner envie, voilà bien un formidable défi que ce sont donnés les vignerons des Coteaux de l’Aubance en 2008 en souhaitant associer leurs vins, leur terroir mêlant les reflets de l’ardoise aux tons dorés du grès, aux mots de la poésie. Ils ont donc sous la houlette de Gérard Cogan (oenologue-conférencier) et Laura Naudeix (professeur de lettres) organisé un Concours « Vins&Poésie Ballade entre Loire et Aubance » La prochaine édition se déroulera le samedi 19 mars au Château de Brissac. Si d’ici-là vous vous sentez l’âme rimailleuse vous pouvez concourir : le règlement et le bulletin de participation sont téléchargeables sur www.vinsdeloire.fr et www.ot-brissac-loire-aubance.fr . La date limite d’envoi étant le 28 février.

 Aubance.png

Je vous livre un poème du cru 2010 par Adélaïde Pitré

 

Expression du Chenin

 

Au matin.

Des arbres, des fleurs, un chemin,

Un jardin.

 

Sur cette tendre aquarelle

Chaleur et fraîcheur y mêlent

Autant de Soleils que de gouttes de rosée ;

Transparence d’un lavis jaune serin parsemé

Transpercé d’éclats d’or

Et de reflets du soleil.

 

Livrée est la clef secrète de cet univers,

Libéré notre imaginaire.

 

Un vent doux léger se lève,

Caresse chargés de multiples senteurs.

L’éclosion du bouquet

Picote le nez qui s’émoustille

Et reconnaît :

 

La douceur vanillée des matins endormis,

Le réveil piquant d’un pamplemousse enhardi,

l’accent tonique du chèvrefeuille épique.

 

Plongé dans la toile,

Les sens éveillé par ce tourbillonnant

Délice d’onctuosité né de cette union naturelle ;

Je savoure

 

Je me fais l’ami du temps qui passe

J’attends.

 photo-Chenin.jpg

Belle et jeune initiative que je ne peux que soutenir mais si je puis me permettre un conseil je trouve que les organisateurs devraient ouvrir un peu plus largement les fenêtres de l’imaginaire, ne pas enfermer leur concours dans une relation trop directe et explicite entre un vin et un texte. Emprunter des chemins de traverse, se laisser-aller à une plus grande liberté de ton et de mots me semblerait bien plus porteur de poésie. Pour prendre une image : s’il vous prend l’envie un jour de séduire, de conquérir une belle avec des mots, les vôtres bien sûr, en une forme que vous souhaitiez poétique, prendre des chemins détournés, s’adonner à la légèreté, s’ingénier à la faire sourire ou rire, n’exige pas pour autant que vous la nommiez. Une plume trop bridée, enserrée, ne donne pas sa pleine mesure, elle chemine alors qu’elle devrait s’envoler, nous transporter.

 

En un temps où je vivais au milieu de la forêt j’avais gratté un opuscule « Accrocs de vie » où je m’essayais à une forme de poésie un peu brute. Celles qui y avaient jeté leurs yeux trouvaient ça bien mais je les soupçonnais d’une bienveillance coupable à mon égard. Mon assistante, sans me le dire, envoya le manuscrit chez POL ou aux éditions  de Minuit je ne me souviens plus, où elle avait un ami. Le retour fut favorable mais il me fallait retravailler certains textes. J’en étais bien d’accord mais le temps me manquait. Donc par bonheur pour l’éditeur le manuscrit est resté sagement dans mes archives. Je vous livre une strophe d’un accroc, une seule car le reste n’est pas sortable...  photo-accrocs.jpg

Adelphine Volant

Née Cerf

Etait la toute petite propriétaire

D’un arbre à pain planté par son grand-père

A l’extrême pointe de l’Entre-deux-Mers

Là où les eaux léchaient les premiers arpents

Du lieu-dit Merle Blanc

Sur la terre où les Cerfs

Venaient à chaque saint Vincent

Sous la voute claire du ciel aux portes de l’hiver

Convoler avec le vent...

 

Que les Vins des Coteaux de l’Aubance Anjou Villages Brissac fassent de beaux enfants avec la poésie. Merci à Daniel Macault du Domaine des Deux Moulins www.domaine2moulins.com de m’avoir fait part de cette initiative... Bon vent à tous et à toutes pour ce petit brin de poésie avec je l'espère un peu plus de folie pour glisser u peu plus de douceur dans ce monde de brutes !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

Luc Charlier 20/01/2011 07:43



@ Michel : J’ai bien connu Emile Duboudin (Compagnon de la Libération) et un coiffeur parisien, un certain Jean-François, lors de
mon passage à Cajarc. J’y ai aussi rencontré Simone, mais pas les vachettes, cette fois-là.


@ la Muse : On va essayer au moins un quatrain, pour le concours, et plus si inspiration. Ce serait marrant qu’un Belge sans
talent .... – mais si, mais si, ne me contredisez pas. Je partage avec Olivier de Kersauson le goût pour les alexandrins improvisés à toute allure et à haute voix, avec césure bien au milieu. Du
temps où mes neurones recevaient plus d’oxygène et une quantité moins fluctuante de glucose, je m’y entraînais souvent, avec un peu de bonheur : chacun son slam, bouffon !



Michel Smith 20/01/2011 06:50



Merci Jacques de nous transporter en Aubance via la poésie. Et bravo pour tes vers que tu pourrais publier toi-même maintenant que tu les as retrouvé... ne serait-ce que pour tes petits enfants
puissent les reprendre un jour en slam ! J'ai bien connu cette sordide histoire Gabrielle Russier et c'est un peu à ce poète-président natif de Montboudif que je dois de défendre encore le Cahors
qu'il dégustait souvent dans sa maison de Cajarc, non loin de celle de Sagan, d'où il posait volontiers pour le photographe de Paris Match la Gauloise (ou la Gitane) au bec. Impensable de nos
jours...



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