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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 00:02

Le « Alors heureuse ? » triomphal ou inquiet du mâle assouvi, parfois doublé d'un « alors tu m’as trouvé comment ? », dont le pendant féminin est beaucoup moins fréquent devenu une phrase-culte grâce au talent de Jean-Pierre Marielle dans les « Galettes de Pont-Aven » de Joël Séria en 1975 m'a inspiré le même questionnement en provenance d'un vin bu. Question certes saugrenue puisque par bonheur jamais un vin ne s’est abaissé à me poser cette question, et même les plus putassiers ne se sont jamais risqués à me demander : « alors tu m’as trouvé comment ? » mais, puisqu'il existe de grands amateurs qui savent faire parler le vin, mettre des mots sur le plaisir qu’il leur procure, poser la question :le vin rend-il heureux ? se justifie aisément. Bien évidemment, pour faire plaisir aux aficionados du suivi aval qualité, lorsque j’écris vin je sous-entends, pour faire simple, un bon vin ou estimé tel par celui qui le consomme. Seuls les masochistes peuvent se donner du plaisir en buvant des vins qui fleurent bon la bouze de vache. 

                  © CFDC

Vous allez me dire que la réponse à cette question est évidente : c'est un oui franc et massif. Et pourtant, si je prends la peine de la creuser, un léger doute me saisit. En effet, très souvent, c’est dans les occasions heureuses que s’impose l’ouverture d’une bonne bouteille. Alors, dans ce cas, le vin ne fait que souligner, participer au fait que je sois heureux. Il ne me rend pas heureux puisque je l’étais déjà. Certains vont dire que je ratiocine et que de, toute façon, dans tous les cas de figure le vin, s’il est bon, me donnera du plaisir. J’en conviens et la question « comment tu me trouves ? » pourrait se justifier puisque le plaisir à des degrés.

  

Cependant, comme je suis un peu chiant ce matin, pour aller au bout du bout de ma recherche j’inverse les facteurs  pour poser une question capitale : « lorsque j’ouvre une bouteille parce je suis malheureux ou pas très heureux, est-ce que l’éventuel plaisir que va me procurer le vin me rendra moins malheureux ou même, pourquoi pas, inversera le cours de ma mélancolie, de mon spleen, et me rendra heureux ? » Hormis l’hypothèse où je noierais mon malheur afin de sombrer dans un coma éthylique pour tout oublier, le vin pourra, si je m’en tiens à l’ivresse ouvrir une parenthèse euphorique qui me donnera l’illusion que je suis plus heureux ou un peu moins malheureux.  Que conclure ? Livrez-moi vos sensations personnelles, votre expérience, allongez-vous sur mon divan...

 

Cependant, avant de clore cette introspection, pour certains même votre analyse, reste une dernière piste à explorer celle où, n'étant ni particulièrement heureux, ni particulièrement malheureux, disons dans un état stationnaire, en équilibre, j'ouvre une bouteille. Dans ce cas de neutralité de mes sentiments est-ce que la consommation d’un bon vin va me rendre heureux ? Les hédonistes vont répondre oui, mais est-ce si sûr ? Le plaisir, toujours le plaisir mais, sans gloser sur la fugacité du plaisir, la relation de cause à effet ne me semble pas aller de soi.

 

Bref, si mes conneries ne vous ont pas trop pris la tête, si je me mets dans la peau de votre vin favori et je vous dit : alors heureuse ? Alors heureux ? que me répondez-vous?

 

 

Afin de remercier ceux qui ont eu la patience de me lire jusqu’au bout je leur offre un extrait des Galettes de Pont-Aven. Jean-Pierre Marielle y est grand. Et un bonus pour les fans de JPM.

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

sylvie cadio 12/04/2011 13:22



Il n’ y a pas plusieurs façons de boire le vin et pourtant on ne vit jamais de la même façon tous les vins que l’on boit.


 


D’abord il y a le vin que l’on connaît. On retrouve son vieil amant. On sait déjà presque tout.


On pense qu’on n’aura pas de surprise. Il se peut même qu’on en boive la première gorgée – horreur ! – par habitude, presque par
ennui. Et pourtant, même si on croit le connaître totalement, ce vin-là,  il n’est jamais tout à fait comme la dernière fois. Il a toujours quelque
chose de plus à montrer. A prouver. Toujours un petit truc en plus, ou pour le moins, de différent. Peut-être parce que soi-même on était au moment de goûter dans un état, dans une situation ou
dans une condition différente.


 


Et puis il y a le vin que l’on ne connaît pas. On vous en a parlé peut-être. On vous a déjà donné des tas d’avis et ça c’est
franchement épouvantable. Parce que l’on va, d’abord, devoir se débarrasser du bagage des autres. Rien n’est plus frustrant que d’être devant un vin inconnu en ayant le sentiment de l’avoir déjà
bu. Goûter ce vin demande un effort et il faut que le vin soit vraiment surprenant pour que l’impression de nouveauté fasse battre fort le cœur.


 


Enfin il y a le vin que l’on ne connaît pas du tout. Celui dont on ne vous a jamais parlé. La magie de la découverte vous place tout
seul en face de cette bouteille, l’étiquette ne renseigne pas plus parfaitement sur le vin que le vêtement, le teint ou la coiffure d’un inconnu. Il faut ouvrir, verser, sentir, prendre son
temps. Se faire une idée première. Se laisser emporter. Ne pas résister. Surtout ! ne pas résister !



Luc Charlier 12/04/2011 09:26



@ Forgeron : une bonne nouvelle pour toi, Michel; Paco Rabanne m’a dit, avant de disparaître – ah bon, il n’est pas mort ? –
que tu n’aurais plus que deux réincarnations à subir avant d’atteindre le nirvāna. La mauvaise nouvelle, c’est qu’il s’agit de Christophe Lambert et de Kurt Cobain, réellement des rôles de
composition !



Luc Charlier 12/04/2011 09:20



Léon ne peut s’empêcher, au moment où vous regardez l’émission «Amis de la poésie », lui qui n’a pas la télé, de rappeler la
scène sensationnelle où JP Marielle déclare à Andréa Ferreol : « T’es bonne, toi, tu sens la pisse, pas l’eau bénite ». Voilà le cinéma français qu’on aime .... celui qui pourrait
être italien. Le moment où Henri, le représentant en parapluies, effleure les mignonnes rotondités de la jeune Marie est inoubliable également : rusée comme un renard, la petite
Goupil ! Ai bien aimé le rôle de Dominique Lavanant aussi : différente des Roumaines de Figuères où de La Jonquère.



Michel SMITH 12/04/2011 07:28



Indubitablement, le vin peut rendre heureux ! Le dernier verre, je l'ai vidé Dimanche soir en regardant Toulouse gagner sous la pluie. Aguichant, subtile, tout en retenue au moment crucial où
l'on avale une gorgée, puis long, chaleureux, aimant, caressant... Je parle de lui au masculin, mais c'était du féminin tout craché. Résultat, je me suis noyé dans ses cheveux soyeux et puis
couché au fond du verre pour m'endormir au creux de son sein où je sentais que je m'abandonnais enfin. Si c'est pas le Nirvana çà...



Anne-Marie PERNOD 12/04/2011 04:47



http://www.youtube.com/watch?v=Gh2TkpfeApc&NR=1



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