Mardi 3 juillet 2012 2 03 /07 /Juil /2012 00:09

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Juillet, l’irruption du soleil tant espéré me jette dans un état où l’envie de chroniquer me quitte avec une violence inouïe, radicale. Écrire tout simplement loin de vous pour moi, sans contrainte. Me levez tôt, sortir de la gangue du sommeil, du café noir bouillant. « Nous avons cru que nous allions changer le monde, et c’est le monde qui nous a changés. ». Autrefois j’aurais roulé et grillé une cigarette avant de m’assoir face à mon clavier. Je suis pied-nus sur le carrelage de la cuisine, les lumières jaunasses de la cour de la prison de la Santé semblent lavées par le blanc du jour qui va se lever. Feuilleter distraitement un livre. S’arrêter. Reposer mon bol et lire « Don Emanuele s’est reposé, il n’a pas toussé, a dormi quelques heures et s’est réveillé dispos. Blonde n’est pas rentrée. Un dîner simple a été servi sur une table roulante, loup grillé et champagne auquel Saverio n’a pas touché. Le Prince lui a demandé ce qui lui ferait plaisir, Saverio n’a pas répondu. Alors il a sonné et ordonné au majordome d’apporter une Romanée-Conti 1955. Il s’est fait poser la bouteille entre les bras, caressant le verre froid comme si c’était une peau. Renvoyant le majordome, il dit à Saverio de l’ouvrir, avec juste la délicatesse nécessaire. Pas de carafe ni d’autres complications. »


Me voilà rattrapé par mon sujet, je pose le livre à plat pour laper le café qui a tiédi. Je place mon index sur le bas de la page pour la retenir : « Le bouchon ne fait aucun bruit en glissant du goulot. Le prince approche de son nez, l’effleure de ses lèvres, approuve. On laissera la bouteille décanter sur l’herbe, on la goûtera à la fin de la soirée… » Je ne sais qui est Saverio mais, peu m’importe, je tourne la page pour découvrir que c’est un jésuite. « Puis le jésuite demande :


-          Mais dites, don Emanuele, cette bouteille… Le vin ne va pas être trop chaud ?

-          Ça me réjouit de voir que tu n’es pas qu’un pur esprit.

-          Je déteste le champagne. Il n’est pas difficile de résister à ce qu’on n’aime pas.

-          Sers nous.


Le majordome accourt. Le prince le renvoie d’un geste sec, qu’il rend plus aimable, ironique, sous le regard de Saverio. Le vin a des tons mordorés, une odeur de truffes, un parfum de regrets. »

 

Ce livre je ne le feuilletais pas pour ça. Le prince avec Paola, je fais un retour en arrière, je la cherche : « Les histoires se racontent au crépuscule, tout bas, quand la fatigue chante dans les veines et que les corps sont avides de douces obscurités, à la lueur des bougies qui gouttent sur la table en bois d’une osteria où le vin des vignes brûlées de l’île coule dans les verres embrumés… » la voilà « Qui se souvient de ses jupes en plumes de cygne, du duvet argenté de ses tempes de bébé, de ses jambes sveltes et sûres, de son maintien de souveraine,  de son style à nul autre pareil que faute de mieux, on a appelé hippy chic et qui n’était que l’élégance d’une reine exilée ?»


Si vous me suivez toujours dans mon errance matinale comme moi vous vous demanderez « Qui sait encore ce qu’elle aimait boire, champagne rosé et bourbon en gobelet, et comment elle aimait faire l’amour, les garçons qu’elle chevauchait, les chansons qui la faisaient danser, ce qui la séduisait, ce qui la faisait pleurer ? » Le prince lui a fait découvrir les plaisirs interdits, pour lui elle a tout fait, avec le courage d’une petite fille intrépide. Lui, après l’avoir corrompue, a commencé à l’oublier. Le soir où elle s’en est allée, il était avec des amis, en croisière dans les îles. Reste sur la table de chevet une lettre d’elle. Le prince d’un geste las la montre à Saverio :


-          Tu l’as lue ?

-          Non.

-          Fais-le, s’il te plaît. Je ne m’étais douté de rien, tu sais. De rien jusqu’au bout.


Le jour est là, au ras des toits. Pourquoi retiendrais-je ma plume ? Je vous livre cette errance car elle me délivre en vous faisant partager mes doutes, ma lassitude, mes tâtonnements, ma fragilité. Si à cet instant vous êtes encore sur mes lignes surtout n’interprétez pas ce chemin de traverse comme un coup de blues, du coaltar. Bien au contraire, c’est le trop plein de sève et de vigueur qui me font m’interroger sur la poursuite de cette entreprise où, certes je suis lu, lu avec une régularité et une fidélité qui m’étonne chaque matin lorsque je jette un œil sur les statistiques, mais le flux des commentaires est mince. Pas grand monde suit mes initiatives plus ou moins loufoques. Alors, je crois que je vais laisser cela aux professionnels de la profession qui sont payés pour ça. Franchement, mon opinion sur Bordeaux fête le vin, qui s’en soucie ? Même pas moi, alors prendre la tangente, m’esbigner, m’occuper de mon petit jardin d’intérieur. Écrire, quoi ! Me consacrer aux gens que j’aime, m’éloigner du marigot, faire du pognon ! Je rigole, bien sûr, pour le blé, pour le reste vous verrez cela dans l’afterwork du jour.


La fin de l’histoire du prince et de Paola est dans la lettre qui suit…à lire cet après-midi.


« Celui qui sait commander trouve toujours ceux qui doivent obéir… » L’âme d’un chef, la page se tourne, savoir se retirer…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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