Vendredi 4 mai 2012
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« Ce que je soutiens, c’est que la société française d’aujourd’hui n’est pas un système unitaire totalement encadré, mais un monde de pressions
contradictoires, de tensions, de forces et de faiblesses, d’attentes concurrentes, de désir de statu quo chez des personnes qui aspirent par ailleurs au changement. C’est une situation de conflit
qui traverse les groupes et exige de chacun qu’il choisisse entre des idées complexes de générosité et d’égoïsme, le désir de changement et la peur d’en souffrir, la loyauté et l’engagement, le
cynisme et la désertion. »
« Selon moi, la France d’aujourd’hui est une société dotée de la plupart des ressources – matérielles, psychologiques, intellectuelles, morales – nécessaires
pour lui permettre de résoudre par elle-même ses problèmes les plus graves. Les Français se doutent bien que l’impasse actuelle ne peut pas durer. Selon moi, ils sont partagés entre les désirs de
changement et les désirs de sécurité, face à un nouveau monde, lointain, qui ne figure pas sur les cartes anciennes. »
Ces deux extraits d’une conférence doctorale faites par Suzanne Berger (traduite de l’anglais par Françoise Lazare) à Sciences Po Paris date
de janvier 2007. Je lui avais déjà consacré une chronique en fin 2007.
Oui 5 ans déjà !
Ce que dit Suzanne Berger à propos de notre pays me semble toujours très pertinent mais il n’en reste pas moins vrai que, ce qui apparaissait comme une menace il y
a cinq ans, est aujourd’hui appréhendé comme une réalité que l’on ne peut dénier. Ce qui a changé depuis c’est que les contours de ce nouveau monde, qui paraissaient flous encore en 2007 se sont
précisés, durcis, et que ceux qui vénéraient la seule main invisible du marché sont maintenant dans le collimateur des gardiens de l’orthodoxie des marchés financiers et se disent conscients de
notre dénuement. Mais comme l’écrit un éditorialiste du Monde hier « Avant d'imaginer de se « protéger » de certains aspects de ce gigantesque bouleversement, encore faut-il en
avoir fait le décryptage. Les Américains disent de leurs dirigeants qu'ils ont ou n'ont pas « the vision thing » - cette capacité à raconter le monde tel qu'il est ou tel qu'il va et à
ancrer l'action politique intérieure dans un contexte plus large. Bill Clinton avait « the vision thing » : il fut le grand pédagogue de l'accélération de la mondialisation. Professoral
lui aussi, Barack Obama décrit la montée en puissance des " autres ". C'est important. »
En effet, que ça nous plaise ou non, le basculement du monde n’est pas réversible : la Chine, l’Inde, le Brésil et toute une litanie d’émergeants sont là et
bien là, et le nier serait mortifère. Et il ne s’agit pas seulement de concurrence économique mais avant tout de vitalité et de confiance en nous-même. Face à ces défis rien n’est pire que la
recherche de boucs émissaires faciles à identifier, à vilipender, diaboliser… Les autres, les autres, toujours l’autre menaçant, qui vient manger notre pain dans notre assiette. Et pourtant c’est
bien avec les autres, chez nous, comme dans l’espace européen, que nous pourrons agir et reconstruire un modèle économique viable et en capacité de prendre toute sa part dans le jeu des 4
ou 5 blocs mondiaux. C’est la tectonique de plaques qui fait se morceler puis se recomposer des continents. Le nôtre c’est l’Europe. C’est l’Europe avec tous ses défauts, ses insuffisances, son
absence de volonté politique, la dérive impériale au plan économique de la Grande Allemagne, l’isolationnisme imbécile des Anglais, notre propre suffisance de Français toujours prompts à croire
que nous pourrions revenir aux doux délices d’une France forte à la de Gaulle, et bien sûr la bêtise consommée de la Commission Européenne dirigée par une génération nourrie au sein de l’école de
Chicago.
Pour moi c’est clair face à une telle transition, c’est en nous-mêmes d’abord que nous devons faire des choix, et les choix sont toujours douloureux et difficiles.
Ceux qui vont nous gouverner demain ne seront qu’à notre image et leur capacité d’agir tiendra à ce que nous serons aptes à leur donner. Comme l’écrit très justement Suzanne Berger ça
« exige de chacun qu’il choisisse entre des idées complexes de générosité et d’égoïsme, le désir de changement et la peur d’en souffrir, la loyauté et l’engagement, le cynisme et la
désertion. » Je ne crois ni au gouvernement par décret, ni au consensus, il est souvent mou et a minima, mais en des compromis négociés, pacificateurs des esprits, générateurs de mouvement
et de confiance. Créer des liens ça ne se fait ni dans l’incantation, ni sur les estrades mais par l’écoute et la compréhension, la capacité de faire un bout de chemin ensemble. En 9 mois de
médiation, à mon minuscule niveau j’ai pu constater et montrer qu’un dossier sans solution apparente pouvait aboutir
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