Mardi 3 juillet 2012 2 03 /07 /Juil /2012 14:00

Lucia3-6294.JPG

 

Pour ceux qui m’ont suivi ce matin dans mon dévers, au risque de se perdre dans les méandres de bribes d’une étrange histoire glanée, comme ça, en allant et venant dans les lignes d’un livre Dolce Vita 1959-1969 de Simonetta Greggio, chez Stock, Livre de poche 32563, écrit en français par une italienne qui vit entre Paris et la Provence. Qu’elle me pardonne, j’espère ne pas l’avoir trop trahi avec mes allers et retours, ma légèreté, je n’ai fait que picorer au gré de mon humeur matinale, pour mon plaisir. La lettre qui suit, je la publie dans son intégralité. Elle m’a ému.


Août 1960, Palazzo Valfonda, via Cindotti, Rome

 

Mon Malo adoré,

Je ne vais pas continuer à me lamenter, ça n’a plus de sens. Je n’en peux plus de gémir, de sangloter, de regretter. Ça ne me ressemble pas, je ne me ressemble plus.

J’en ai assez de pleurer ta peau, ton rire et tes yeux, tes ronflements la nuit, tes couilles blanches et ta queue – que cela ne te choque pas, mon amour, c’est toi qui m’as appris à utiliser des mots -, ta bouche, tes cheveux fous, tes mains, tes pieds à la plante noire, et même tes genoux.

Que les hommes sont bêtes, mon Dieu ! Idiots et tendres et sentimentaux. Féroces. Impitoyables pour leurs princesses déchues.

Tu me manques affreusement, mon bel amant. Tu manques à ma bouche, à mes doigts, tu manques à mon corps, au plus profond de moi. Où es-tu ?

Mon amour. J’aurais voulu pouvoir t’appeler comme ça toute ma vie.

Je serais restée avec toi jusqu’à notre dernier jour, le tien ou le mien, je t’aurais protégé de toutes mes forces, comme tu me l’avais demandé la première fois qu’on a fait l’amour. Tu auras été l’unique, le seul. C’est de ça que tu as eu peur, dis ? C’est de ça que tu t’es fatigué ?

Oh, quel ange pourrait venir murmurer mes mots, quelle vague, quelle brise te traverser ? Si malgré mes appels tu ne dois pas revenir ce soir, que ce soit pour de mauvaises raisons. Parce que tu ne m’aimes plus. Parce que tu ne m’as pas aimée comme je le croyais, et que je me suis trompée sur toi, sur moi peut-être aussi.

Pardonne-moi. Je ne sais plus ce que je dis.

Tu m’as prise. Je croyais que c’était pour de bon, mais être aimée par celui qu’on aime n’arrange rien. On le saurait. J’avais une robe blanche. Quand tu m’as déshabillée, je ne sais pourquoi, j’ai su que j’étais condamnée.

Que pourrais-tu encore pour moi ? Et pourquoi voudrais-tu encore de moi ? Tu m’as donné tout ce que tu avais, mais je ne t’ai pas suffi.

Tu es ailleurs, mon prince perdu. U es avec d’autres. Avec qui ? Cette rousse à la peau de léopard toute tâchée de soleil, et si gaie ? Ou avec cette autre, qui te guettait comme guettent les chats, bouche de polype et yeux de velours ? Ou avec tes compagnons de plaisir, tes ensorceleurs, celui avec le joli corps d’un garçon de dix-sept ans et l’âme aussi noire que Belzébuth, ou l’autre, ton Autrichien sublime, bête comme ses pieds ?

Ils te suivent comme des petits chiens, se feraient couper en morceaux pour toi.

Mais je divague. Tout ça, tu le sais. C’est ta vie, ta belle vie sans hier, sans lendemain. Il n’y a que l’instant qui compte, pour toi.

Ce n’est même plus un manque que j’ai, c’est un trou noir qui grandit, mais je ne t’en veux plus. Je ne veux plus rien, je cesse de lutter.

J’ai fait laver les draps de la chambre blanche, je les ai fait étendre au soleil, parfumer de lavande. Le lit est prêt, les volets fermés. Je n’y dors plus depuis l’autre soir, quand je suis venue pour un baiser tout nu et que tu m’as renvoyée.

Pardonnez-moi… je ne sais plus. Tu es avec qui maintenant ? Est-elle assez lumineuse pour éclairer ta nuit ? Et jouit-elle en même temps que toi, comme moi ? Ris-tu quand tu jouis en elle, et rit-elle avec toi ? Est-ce que mon odeur te manque parfois ? Se brosse-t-elle les dents avant de t’embrasser ? Est-elle assez courageuse pour te laisser lui faire l’amour comme tu veux ? La rends-tu sauvage, plus belle ? L’emmènes-tu dans ta liberté ?

Aime-t-elle les spaghetti aux oursins ? Je me serais damnée pour ça. Tu envoyais l’équipage à terre, nous restions seuls sur le Don Juan. C’est l’image de toi riant et m’embrassant sous le soleil, la brûlure et la fraîcheur des vagues quand nous plongions ensemble, après, que j’emporterai.

Je sais que je te fais pleurer. Mais c’est moi qui m’en vais.

J’embrasse comme je t’ai aimé.

Paola.

« La nuit où il est rentré, il a trouvé Paola pendue dans la chambre d’argent, une corde passée à l’anneau du soutien d’un lourd encensoir. Paola nue, obscène, chair livide et visage bleui.  En essayant de la décrocher, maladroit, fou de douleur, il est tombé plusieurs fois, la crde serrait le cou plus tendue à chacune de ses tentatives. Ses gens sont arrivés, alertés par le fracas et les hurlements qu’il poussait sans s’en rendre compte. Un fois la corde coupée, il s’est abattu auprès d’elle, évanoui. »

 


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

Derniers Commentaires

Archives

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés