Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 16:00

 

Hier, 8 mai, après avoir profité le matin d’un peu de soleil en terrasse en me régalant de deux œufs coques mouillettes arrosés d’un verre de Potron Minet Pari Trouillas (1) tout en épluchant la presse, je me suis replié devant mon écran vu le temps qui repiquait au vent et à la pluie. J’en ai profité pour tenter de m’y retrouver dans mon stock de 2840 chroniques et j’ai redécouvert certains écrits anciens.

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Dans le débat électoral récent un thème m’a particulièrement mis en « joie » : celui de la compétence. Elle serait l’apanage de ceux qui sont proches des milieux d’affaires, eux seuls sauraient gérer un pays puisqu’ils défendent ceux qui tiennent les rênes des entreprises. Que je sache, depuis 2002, ce concubinage notoire a été mis à l’épreuve des faits. En effet, qui gouverne le pays : nos responsables politiques ou leur entourage de hauts fonctionnaires qui tiennent la plume des notes à l’attention de… ? Je passe aussi sur les visiteurs du soir, type Alain Minc, eux aussi issus du même moule. Tout le problème de nos démocraties représentatives, où en effet les citoyens ont beaucoup de mal à comprendre que soudain le député du coin se voit propulser à des responsabilités ministérielles, est que nos dirigeants puissent être en capacité de ne pas être que des hauts parleurs de leurs experts.


La chronique qui suit en est un micro-exemple Fonds souverain : lettre aux petits génies de Bercy, pas ceux du vin, les gardiens du Trésor…, elle date de fin 2008, je la reproduis sans aucune modification link

 

Chers collègues,

 

J’ose vous apostropher ainsi car même si je ne suis, ou plus exactement n’était pour vous, qu’un clanpin avec de la paille dans ses sabots, représentant les péquenots, plutôt porté sur le piccolo qui fait rentrer beaucoup de picaillons dans votre panier percé. François le florentin de Jarnac qu’aimait tant les arts vous a bouté hors du Louvre, malgré les efforts désespérés d’Édouard le byzantin du XVIe, pour vous installer dans un grand machin bâti par un néostalinien, sur l’ancien territoire du pinard : Bercy.


La suffisance fait partie de vos gènes et, les meilleurs d’entre vous sont allés exercer leurs talents en nos belles banques, Daniel Bouton par exemple. Face à nos arguments de représentants d’une économie si réelle, si besogneuse, si bouseuse, vous opposiez la toute-puissance de votre credo de la libération des entraves à la concurrence. Ne jamais inquiéter les dieux du marché. Avec les gnomes de l’Union, tels les cabris du Grand Charles, pour nous renvoyer dans nos dix-huit mètres, nous clouer le bec, vous psalmodiez à l’envi : « l’Europe, l’Europe, l’Europe… » Au nom de la non faisabilité communautaire vous avez étouffé dans l’œuf des initiatives qui seraient, en cette période où votre caquet est un peu cloué, d’une grande utilité pour nos entreprises.


Je m’explique. Que lis-je dans le très libéral Figaro : « Il est né le «Fonds stratégique d'investissement français». Doté de 20 milliards d'euros, détenu majoritairement par la Caisse des dépôts, avec l'appoint de l'État, sa vocation sera double : conforter des entreprises saines malmenées par la crise et «sécuriser le capital d'entreprises stratégiques». L'effondrement de la Bourse est en effet propice aux prédateurs. »


Que proposait en juin 1993 les très libéraux rédacteurs de Booz Allen Hamilton dans leurs recommandations pour assurer le développement de la filière vin : « la création d’un fonds d’investissements baptisé FIDEVI »


En 2001, page 69, dans mon rapport j’en remettais une louche.


Plus récemment j’ai soutenu, sans aucun succès, une initiative de Fonds d’Investissement Interprofessionnel du Vin.


Bref, en 15 ans, avec la complicité de certains dirigeants professionnels, chers collègues visionnaires, vous avez réussi à bloquer une initiative qui nous aurait permis d’accumuler une pelote bien utile en ces temps difficiles.


Voilà de la belle ouvrage à porter à votre crédit et je ne résiste pas au plaisir de citer la brillante analyse, datant de mars de 2007, de l’économiste en chef de Natixis, Patrick Artus, l’un des vôtres, « les marchés financiers croient n’importe quoi : la liquidité va se raréfier, l’économie chinoise va fortement ralentir, il peut y avoir une récession aux USA, la profitabilité va se retourner à la baisse, la crise du crédit immobilier « subprimes »(et les crédits à taux variables) aux USA va déclencher une crise bancaire et financière.


Or toutes ces affirmations sont fausses. La crédulité et l’absence de sang-froid des marchés financiers sont donc remarquables (…) Toutes ces frayeurs sont sans objet. »

Comme dirait l'ignoble Bigard au féminin « vraiment vous êtes bons ! »

Je vous demande aussi de méditer la lettre qu’adressait à ses investisseurs, en septembre dernier, Andrew Lahde, 37 ans, dirigeant d’un petit fonds californien qui spéculait sur un effondrement des subprimes.

« Aujourd’hui je n’écris pas pour jubiler. Eu égard aux souffrances endurées en ce moment par presque tous, ce serait totalement déplacé de ma part. Je n’écris pas non plus pour faire encore quelques prédictions, puisque la plupart de mes prévisions se sont réalisées ou sont en cours de l’être. En fait, je vous écris pour vous dire adieu […]


Récemment, en première page de la section C du Wall Street Journal, un gestionnaire de hedge fund qui était lui aussi en train de fermer boutique était cité : «  Ce que j’ai appris avec les hedges funds, c’est que je les déteste », disait-il. Je souscris totalement à cette déclaration…Si je me suis lancé dans ce biseness, c’était uniquement pour l’argent […] Le fait que j’ai pu trouver des idiots à qui leurs parents avaient payés les meilleures écoles et un MBA à Harvard pour être de l’autre côté de mes transactions n’a fait que facilité ma tâche. Je bénis le système qui a propulsé ces gens aux plus hauts postes d’entreprises comme AIG, Lehman ou Bear Stearn et à tous les niveaux du gouvernement […] Aujourd’hui, j’ai décidé de ne plus gérer de l’argent, que ce soit celui d’individus ou d’institutions. La gestion de ma propre fortune me suffit. […] Je cède ma place à ceux qui tentant d’amasser des sommes à neuf, dix ou même onze chiffres. Pendant ce temps ils mèneront des vies minables. Avec leurs réunions qui s’enchaînent les unes derrières les autres, leur agenda rempli pour les trois mois à venir, ils attendront avec impatience leurs deux semaines de vacances en janvier pendant lesquelles ils resteront collés à leur Black Berry. Pourquoi faire ? De toute façon, dans cinquante ans personne ne se souviendra d’eux. »


Dur, dur, chers collègues de se faire mettre ainsi le nez dans sa mouise. Bon Prince, je vous dis : « passons tout cela par Pertes&profits et attelons-nous à bâtir dans le cadre du Fonds souverain, un Fonds Vin pour le développement de nos entreprises du vin, petites, moyennes ou grandes… Je ne vais pas vous faire un dessin tout est écrit : le Crédit Agricole, Unigrains, Sofiprotéol, la Caisse des Dépôts pour constituer le pied de cuve puis, à la grâce des grands chefs du vignoble et du négoce, pour ériger un vrai Fonds Interprofessionnel…du vin » Profitons de l’élan donné, sortons de nos petits pré-carrés insignifiants, donnons-nous les moyens de tenir notre vignoble en confortant ceux qui vont défricher les marchés. Le vin est un produit stratégique.


Je suis têtu. Je n’aime pas perdre lorsque la réalité me donne raison. J’attends votre appel pour que nous remettions sur le métier l’ouvrage. Vous connaissez ma raison sociale, vous avez mes coordonnées, reste plus qu’à passer à l’acte. Je reste à votre disposition. Merci par avance de ce que vous allez faire.


Bien à vous.


L’ex-pompier de service

 

Jacques Berthomeau

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(1)   « Jean Sé ou la merveilleuse histoire d'un jeune coursier parisien qui se passionne pour les vins Natures en les découvrant et les comprenant dans les lieux choisis tels que le Baratin chez Raquel et Pinuche, le Chapeau Melon chez Olivier et au Verre Volé chez Cyril.

Puis n'écoutant que sa passion, il consacre son temps libre à assister ses premiers maîtres que sont Thierry Puzelat en Loire puis Jean François Nicq dans les Albères : la graine est plantée.

Il se lance ! choisit la commune de Fourques à côté de Trouillas dans les Aspres, contreforts du Canigou, le Fujiyama des Catalans !

Aujourd'hui, il conduit en Bio un peu plus de 12ha de vignes dès potron minet... ou presque !

Ses cuvées ont les jolis noms de Pari Trouillas (blanc, rouge et rosé), La Berlue, Roulé Boulé, Quérida et Toussaint : elle sont vinifiées le plus naturellement possible avec toute l'attention de ce passionné qui, nous en sommes sûrs, est parti pour durer.

Il est où le chat ? hein ? »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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