Mercredi 18 juillet 2012 3 18 /07 /Juil /2012 16:00

Quand je portais  des culottes courtes, donc en un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître, j’allais consulter l’arrivée du Tour de France chez le marchand de journaux les résultats de l’étape qu’il affichait dans sa vitrine. Ça me faisait rêver le Tour de France : les géants de la route, et vu mon profil longiligne je me voyais dans la peau de mon grimpeur préféré Charly Gaul. Et puis tout a dérapé, la caravane du Tour ressembla de plus en plus à un hôpital ambulant avec des charlatans, des seringues, des poches de sang et les coureurs, roulant à des vitesses folles, volant dans les cols, jamais pompés mais super-gonflés, tombaient de leur piédestal pour se retrouver dans le caniveau. J’ai donc abandonné et je suis monté dans la voiture-balai.


Et pourtant, tous les ans, la Grande Boucle reste le spectacle le plus populaire en Europe, de partout des gens viennent en camping-car se ranger le long des routes, les montées des cols se font entre une foule d’excités, peinturlurés, agitant des drapeaux, courant comme des dératés. Loin de moi de mépriser cette fête populaire mais elle s’apparente vraiment aux jeux du cirque et je n’aime pas que les nouveaux gladiateurs soient instrumentalisés pour amuser la galerie. La marchandisation, chère aux altermondialistes, est ici poussé jusqu’à un stade ultime. Pauvres coureurs ! Sans doute suis-je un vieux con mais lorsque j’entendais notre précédent Président chanter les louanges de Lance Armstrong je me disais que vraiment son monde n’était pas le mien. Gagner quels qu’en fussent les moyens.


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Le mien en est resté à Walko. Qui était donc Walko ? Voilà l’histoire :


Au départ de Reims du Tour 1956, les Grands : Coppi, Kübler, Koblet, Louison Bobet et Jean Robic sont absents, les cracks de l’après-guerre passaient la main. « Nous entrions dans une autre époque où les « extrasportifs », comme on dit, sont en train de prendre un pouvoir économique qui bouleversera l’organisation du Tour quelques années plus tard. »


Le Tour se fait par équipes régionales françaises et bien sûr des équipes nationales. Ainsi l’équipe de l’Ouest : maillot blanc, double bande rouge, le Nord-Est-Centre : maillot violet, double bande blanche, le Sud-Est : maillot bleu azur, double bande or, le Sud-Ouest : maillot havane double bande verte ; l’Ile de France : maillot rouge double bande bleue. La grande innovation de ce tour 1956 : «3000 maillots en laine et rhovyl ont été fabriqués et on apprend que les coureurs disposeront d’un maillot par jour au lieu d’un tous les deux jours. »


En ce temps-là le classement par équipe se nommait le « Martini » et le futur vainqueur courait pour « Geminiani Saint Raphaël » Les coureurs les plus connus : Darrigade le sprinter, De Bruyne le belge, le fantasque Roger Hassenforder recordman des victoires d’étapes, Charly Gaul l’ange de la montagne et excellent sur le contre la montre qu’il gagne sur le circuit des Essarts, Frederico Bahamontès l’aigle de Tolède. Et pourtant sur la route d’Angers « Honneur aux régionaux » c’est l’italien Fantini qui gagne au sprint mais d’est Walko qui endosse le maillot jaune. Robert Chapatte est enthousiaste « Le Tour appartient à l’espèce d’homme de Walko. Des homes qui piaffent dans le peloton, impatients de s’en dépêtrer. Des hommes qui transforment le cyclisme routier. »  Mais Walko est modeste « Je suis un grimpeur moyen, très moyen. Je peux vous prédire ce que sera mon retard en sortant des Alpes : 45 mn. »


Je ne vais pas vous conter par le menu chaque étape mais, même s’il a perdu le maillot jaune, la cote de Walko montait. Leducq déclare « jamais, les autres années, il ne se serait permis d’être aussi souvent aux côtés des grimpeurs après avoir tant travaillé avant la montagne. » Walko s’accroche à la roue de Gaul dans les cols des Alpes. Celui-ci termine seul à Grenoble mais gâchera ses chances au général plus tard avec des soucis intestinaux (il est fragile le luxembourgeois). Walko reprend le maillot jaune « il s’est battu comme un lion et a fait preuve d’un courage extraordinaire. Il est animé du moral maillot jaune qui peut transformer radicalement un coureur ; » déclare Charles Pélissier.


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Tour ouvert. Tour du renouveau remporté par un régional qui était tout juste cité parmi les outsiders. Le public aime la réussite des petits. Roger Walkowiack, énergique et volontaire, est sympathique, avenant et gentil. Il s’est révélé à lui-même en vainquant sa réserve naturelle. André Leducq le salue « Il faudrait être pointilleux pour lui trouver un défaut. Il a conduit sa course en vieux renard qu’il n’est pas. Le plus bel éloge qu’on puisse lui adresser est d’avoir découragé ses adversaires par sa solidité et son invulnérabilité dès qu’il eut le maillot jaune sur ses épaules. » Bien sûr il a gagné le Tour sans avoir inscrit son nom au palmarès d’une étape mais que voulez-vous moi j’en suis resté pour le vélo à Walko  car c’était un coureur normal pas un transgénique bodybuildée…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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Commentaires

Mon grand père maternel né en 1884 était un fana des 2 roues, vélo, moto, il a gardé toute sa vie un vélo Tour de France 1913, avec lequel, dès que j'ai pu le suivre il m'entrainait sur les routes des Corbières ou vers la mer, ma grand mère était viticultrice et lui était dans les postiers ambulants et spécialiste pendant la guerre de 14/18 de télécommunication en morse. Il racontait qu'il avait transmis le télégramme du cessez le feu 1918.le Tour 1913 avait été gagné par Philippe Thys qui a perdu son compagnon de course Eugène Christophe  dans le Tourmalet, casse de sa fourche. Un forgeron du village voisin lui a proposé de l'aider a réparer mais, Christophe a refusé, a cause du principe d'autonomie, le Tour se faisait sans aucune assistance.15 étapes pour 5388 km . Thys  l'a couru à la moyenne de 26 km ,71 !!! Lorsque le Tour a repris en 1947, j'étais tous les jours, auprès de lui, pour écouter l'arrivée. 

Commentaire n°1 posté par clavel le 18/07/2012 à 18h10
Commentaire n°2 posté par Jacques Verpoorten le 18/07/2012 à 19h36

Mon père était un fan du Tour de France et faisait le concours du Tour du journal l'Aurore. Il fallait poster chaque jour des pronostics de futurs gagnants et c'était une cérémonie qui nous imposait de nous taire, pour laisser le père remplir ses formulaires découpés dans le journal. Sur la route du Tour, c'était : "vas-y Robic", le symbole de l'effort pas toujours récompensé, comme Poulidor plus tard, mais le symbole d'une souffrance admirable. A cette époque, il ne serait jamais venu à l'idée de courir à pied à côté d'un coureur cycliste. On regardait sagement à bonne distance, sans resserrer l'étroite bande de route sur laquelle grimpent les coureurs. Il y avait une tenue qui a disparu aujourd'hui. Les Geminiani, Kübler, Anquetil, Bobet ont représenté des mythes, des phares, et il y avait une dévotion vis-à-vis de ces champions.

Contrairement à Jacques, je n'ai entendu parler de dopage que beaucoup plus tard. Je continue à suivre le Tour de France mais maintenant devant la télé, car c'est une épopée humaine fascinante, quand elle n'est pas entachée par la terrible triche du dopage. Comment peut-on avoir vibré pour les frères Schleck et apprendre qu'il y a eu de la triche ? 

Dans les grands souvenirs il y a la bataille Bobet / Anquetil, les succès de Merckx, et le moment le plus incroyable a été pour moi quand Fignon a perdu le Tour de 8 secondes sur la dernière étape, dans un abandon psychique dramatique.

J'aimerais que le Tour continue de faire rêver et que le public sache se tenir sans se montrer ridicule dans des postures dégradantes.

Qu'on chasse le dopage pour que nous continuions de rêver ! 

Commentaire n°3 posté par François Audouze le 19/07/2012 à 09h16

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