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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 16:00

f1.highres.jpg« L’image montre une dame en consultation chez son médecin de famille « Mais en vérité docteur, dans nos villes, aujourd’hui, on ne sait plus ce que l’on mange ! » La réflexion qui semble très contemporaine alors qu’elle est transcrite sur une image d’Épinal à l’orée du XXe siècle. « (…) Sur la reproduction, c’est la première tout en haut à gauche et, pour l’anecdote, sur les 16 images de falsifications deux (12 et 13) mettent en scène le vin et 5 le lait.


L’histoire que je vais vous relater, je la tiens de la bouche d’un industriel du lait, est la démonstration par l’absurde, des dérives de marchés soumis à ce que l’on a coutume de nommer dérégulation. Nous ne sommes plus dans un univers de falsifications, tout est « sanitairement correct », avec parfois des accidents de parcours du type steaks hachés par exemple, mais dans celui d’un monde où la distribution hyper-centralisée des produits alimentaires induit des comportements aberrants où la seule boussole est le moins cher du moins cher.


« L’industrie a créé un marché impersonnel, où le face à face avec l’aliment n’existe plus. Le consommateur perd ses repères, et a liberté de choix grandissante se solde d’abord par la perplexité. » écrit Madeleine Ferrières dans l’Histoire des peurs alimentaires qui met en avant l’une des composantes principales de cette angoisse sourde des consommateurs : la révolution des transports qui « se traduit par un allongement des filières de l’approvisionnement à l’échelle du monde tout entier. Pasteur déclarait à Napoléon III combien il était regrettable de « voir le viande en Europe à un prix exorbitant alors qu’à Buenos Aires elle constitue un embarras ? » Dix ans après, en 1876, le premier cargo « frigorifique » revient à Rouen  avec dans ses soutes 21000 kg d bœuf argentin. L’inégalité est en voie de comblement grâce aux nouvelles techniques du froid. L’homme est partagé entre son admiration pour le « miracle du froid » qui permet enfin d’allonger la durée de vie et la disponibilité des réserves alimentaires, et son inquiétude face à des produits voyageurs au si long court. »


Au XXIe siècle, le fret maritime : les fameux conteneurs qui sillonnent le monde, coûte si peu cher que le transport influe qu’à la marge dans le prix de revient du produit. Au passage, je signale à ceux qui se disent journalistes du vin qu’ils devraient s’intéresser de près à ce phénomène : le vin en vrac voyage bien, au lieu de s’esbaudir sur la saga de Lafite en Chine ou sur les envolées de la Romanée Conti. Oui, je sais, ça n’intéresse pas les grands amateurs mais tout bêtement ce cochon de consommateur et par la bande, sans aucun doute à terme, beaucoup de vignerons. Bref, lorsque je m’intéressais aux marchés de commodités un grand trader de céréales m’avait dit que lorsqu’un conteneur était en mauvais état, il coûtait moins cher de le réexpédier vide en Chine pour réparation que de le faire réparer au Havre par exemple. D’où viennent les découpes de poulet que consomment les acheteurs de préparation dans les rayons frais de la GD ? C’est bien joli de combattre le productivisme à la française mais si c’est pour faire la place à des produits importés, sans origine précise, c’est délocaliser et favoriser l’exploitation d’une main d’œuvre bon marché. Notre égoïsme de consommateur urbain totalement déconnecté des réalités ne pourra être combattu par les approches élitistes car le plus grand nombre n’y est ni sensible et surtout n’a pas les moyens d’accéder aux produits chers.


Le retour à la proximité est un vrai sujet qui mérite mieux que des approches approximatives, purement militantes, certes respectables mais peu porteuses de changement de comportements. Je l’ai souvent écrit, la logistique et la distribution, sont les maillons faibles des produits artisanaux. Il n’est que de voir l’amateurisme qui règne dans le domaine du vin : un jour je publierai une supplique en écho de ce que des vignerons me confient sur les délais de paiement de leurs acheteurs, sur la faiblesse du flux mis en marché par boutique, les exigences de certains restaurateurs… j’en passe et des pas meilleures. Plutôt que de se la jouer « militant » beaucoup devraient se consacrer plus activement à leur métier et mieux le faire pour tout à la fois bien servir leurs consommateurs et mieux rémunérer leurs fournisseurs.


Je reviens pour clore ma chronique à la petite histoire annoncée :


Les faits se déroulent dans le Sud-Ouest autour du week-end de Pâques, c’est en avril mois où la production laitière est abondante. Pour ceux qui ne sauraient pas il existe pour le lait un marché spot, comme pour le pétrole, qui confronte les collecteurs-transformateurs qui ont trop de lait pour leurs besoins et des acheteurs qui ont des besoins immédiats ou qui veulent profiter d’opportunités : le prix étant, en période de forte production, bien au-dessous de celui payé aux producteurs. Donc, à la période citée, des acheteurs allemands sont venus faire leurs emplettes sur le marché lait spot du Sud-Ouest pour l’embouteiller en UHT chez eux ou le transformer en poudre de lait grasse. En conséquence, ce lait entier a fait le voyage en camion-citerne vers les usines allemandes (plus d’un millier de km) pour être ensuite revendu à la Grande Distribution française à des prix défiant toute concurrence ! Comment est-ce possible me direz-vous avec tous ces frais de transport ? Tout bêtement grâce au prix misérable de la ressource laitière. Mais alors qui subit le différentiel de prix ? Dans un premier temps le collecteur de lait, souvent des coopératives, qui tôt ou tard devront le répercuter sur les producteurs. Belle destruction de valeur ! Beau sujet pour le nouveau Ministre de l’Agriculture et de l’Agro-alimentaire !



Hormis les kilomètres parcourus par des camions : bravo pour l’impact carbone vertigineux pour des briques de lait vendues 50c d’€ le litre, je souligne que ce lait sera vendu comme du lait français, puisqu’il a été produit et collecté en France. Monsieur Leclerc et ses frères aura beau jeu de nous bassiner qu’il défend le pouvoir d’achat des moins bien lotis il n’empêche qu’il fabrique à la pelle des électeurs pour la fille de l’autre. C’est une réalité que je côtoie depuis plusieurs mois. Elle intéresse qui ? Elle ne se traitera pas avec des incantations ou par des solutions de bout de ficelle mais par des changements forts du comportement des consommateurs pousseurs de caddies : le choix n’est pas entre une alimentation pour bobo fabriquée aux petits oignons par des petits producteurs militants et une alimentation d’origine indéterminée pour chercheurs de prix plus bas que bas mais entre un mode de vie où les choix ne sont qu’individuels et une manière de vivre ensemble plus soucieuse des autres, le commerce équitable commence aussi au pas de nos portes.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans les afterwork du taulier
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commentaires

Belle réflexion sociétaleclavel 24/05/2012 17:49


Belle analyse sociétale actuelle, oui, il y a maintenant des possibilités de transport international de vin a bas prix, logé dans des des containers munis de poche de 300 hl. C'est encore
marginal mais pourrait se développer rapidement, avec les vins d'Amérique du sud, et dans l'autre sens avec les vins de France sans IG ayant la possibilité d'indiquer les cépages et le
millésime.  Dans le cadres des faits absurdes que la GD provoque, les crevettes de la mer du Nord qui partent en camion frigo de Rotterdam vers  Tanger, sont décortiquées par les
marocaines, mis en barquettes et toujours en camion frigo vont dans les centrales de la GD enropéenne !! Si on comptait de coût carbonne de ces va et vient !!!

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