Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
7 juin 2012 4 07 /06 /juin /2012 16:00

9782070383948FS.gif

 

« Venice, Californie, avait autrefois de  quoi plaire à ceux qui aiment être tristes : du brouillard à peu près tous les soirs, et le grondement des installations de forage au long de la côte, et le clapotis de l’eau noire dans les canaux, et le crissement du sable contre les  fenêtres quand le vent se levait et chantait sur les aires dégagées et les promenades désertes. »

 

C’est la première phrase, le premier paragraphe de La solitude est un cercueil de verre publié en 1985 sous le titre original Death is a lonely Business par Ray Bradbury. Ce livre n’est certes pas le plus connu, ni aussi le meilleur, de celui qui est présenté comme la légende de la science-fiction, et dont la famille a annoncé mercredi le décès à 91 ans. Je ne suis pas un grand lecteur de SF mais Fahrenheit 451 (1953), inspiré par les autodafés nazis de livres écrits par des Juifs, ou encore Chroniques martiennes (1950), sur les risques de déshumanisation face à l'avancée des sciences sont des classiques.

 

Cette première phrase m’a fasciné : j’ai toujours été un obsédé de la première phrase lorsque je me retrouvais devant la page blanche d’une dissertation puis, comme en 1985, d’un discours pour le compte de mon Ministre. La première phrase c’est l’accroche, celle qui donne envie, celle qui marque, celle qui donne le tempo de l’écriture. Ainsi je pouvais rester un temps fou à griffonner, à gommer, à chercher comment entrer en écriture. Les 5 et de la première phrase de Bradbury – je n’ai jamais eu en main la version originale du livre – installaient le climat de ce livre où Bradbury rompait avec le genre où il excellait pour rendre un hommage au roman noir américain. Sa dédicace : à la mémoire de Raymond Chandler, Dashiell Hammett, James M.Cain et Ross MacDonald en témoigne.

 

Ray Bradbury dans ce roman ne maîtrisait pas forcément tous les codes du genre mais son humour, sa capacité à créer des ambiances, à restituer ce qui fait le charme d’une énigme policière : dans le vieux tramway rouge, grinçant, le jeune narrateur tête brûlée, romancier en devenir, seul avec un poivrot ivre qui lui souffle « Oh ! La solitude est un cercueil de verre. » avant de disparaître alors qu’en contrebas, dans le canal, un vieil homme se balance, mort, dans une ancienne cage à lion. L’inspecteur Crumley n’a pas d’épaisseur, il flotte tout autant que le narrateur dans un Vénice du bout du bout du monde plein de nostalgie.

 

Dans La solitude est un cercueil de verre Ray Bradbury ne peut se départir de sa plume de romancier, il ne se soumet pas à l’implacable réalisme du roman noir qui noue des intrigues complexes pour mieux les démêler. Lui écrit, car pour lui « l'écriture s'apparente à un noyau de passion enrobé d'une coquille d'intelligence », celle-ci ne devant « servir qu'à s'assurer qu'on ne fait pas de grosses bêtises ». « Dans la vie, comme dans l'écriture, il faut agir par passion : les gens voient que vous êtes honnête et vous pardonnent beaucoup", soulignait Bradbury.

 

« A l’intérieur m’attendaient :

 

Un studio vide de six sur six contenant un divan élimé, une étagère comprenant quatorze livres et beaucoup d’espace disponible, un fauteuil rembourré acheté au rabais chez Good Will Industries, un bureau en pin brut venu de chez Sears Roebuck et sur lequel trônait une machine à écrire Underwood  Standard modèle 1934, non huilée, aussi grosse qu’un piano de concert et aussi bruyante que des sabots dansant des claquettes sur un parquet nu. » page 25

 

On comprend mieux, après avoir lu cette phrase, que Bradbury déclarât « La chose la plus amusante dans ma vie, c'était de me réveiller chaque matin et de courir jusqu'à la machine à écrire parce que j'avais eu une nouvelle idée »

 

« ROMAN SANS TITRE

Avec mon nom en dessous. Et la date, 1er juillet 1949.

 

Ce qui faisait trois mois plus tôt.

 

Je frissonnai, me déshabillai, me séchai, enfilai un peignoir et revins me planter devant devant mon bureau.

 

J’effleurai la machine à écrire en me demandant s’il s’agissait d’un ami perdu de vue, d’un homme ou d’une maîtresse désagréable.

 

A un certain moment, quelques semaines plus tôt, elle avait émis des sons qui évoquaient la Muse. Maintenant le plus souvent, je restais assis devant cette foutue machine comme si quelqu’un m’avait coupé les mains à hauteur du poignet. Trois ou quatre fois par jour, je m’asseyais là, torturé par les élans littéraires. Rien ne venait. Ou, dans le cas contraire, cela finissait par terre en boules froissées que je balayais chaque soir. Je traversais ce long désert connu sous le nom de Panne Sèche, Arizona. » page 26.

 

Écrire !

 

Pour saluer le départ de Ray Bradbury je le cite dans Chroniques martiennes « Vous n'avez pas à brûler les livres pour détruire une culture. Faites seulement que les gens cessent de les lire » en espérant que les autodafés virtuels n’aient pas entamé cette destruction !

Partager cet article

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

commentaires

gus 07/06/2012 22:33


Années 50 :"Vous n'avez pas à brûler les livres pour détruire une culture,faites seulement que les gens cessent de les lire"


Années 2000 :"Ce que nous vendons à coca cola,c'est du temps de cerveau humain disponible"


Bradbury l'a dit , Le Lay l'a fait !

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents