Samedi 28 avril 2012 6 28 /04 /Avr /2012 16:00

Afterwork… je suis sûr que le gars d’Eauze, prof. de lettres classiques, grand lecteur de Guy Debord depuis 1969, et qui lui a consacré en 2008 un opus Sous l’écorce de Guy Debord le rudéral que j’avions point lu, y va pas aimer mais, comme il développe une forte allergie aux écrans, à l’Internet, et pire encore aux blogs et aux imbéciles qui les tiennent mon existence même lui restera étrangère. 


Dans son libelle de l’imbécilité chez Sens&Tonka 12,50€ où je trouve qu’il y a boire et à manger, parfois c’est un peu lourd, ça sent le vieux ronchon en charentaises, le lettré misanthrope, mais comme y’a tout de même de beaux et percutants aphorismes avec une mention toute particulière pour le 155 (il y en a 254) qui me ravit : la différence entre le hasard et Claude Allègre (par exemple), c’est que le hasard est souvent stupide, mais ne l’est pas toujours.

9782845342002.jpg Loin de moi, puisque je ne le connais pas, d’instruire à l’encontre de Bilheran un procès en déni du bien vivre mais, à la lecture de son libelle, je le trouve un peu sûr de lui, professoral, et  je ne suis pas certain que, s’il lui prenait l’envie de m’inviter à Eauze, j’aurais très envie d’aller passer une soirée avec lui. Et pourtant, je pourrais l’amener sur le terrain du vin. En effet, au mitan des années 1970, le route de Marcel Lapierre va croiser celle de Guy Debord.


Dans son petit livre « Chez Marcel Lapierre » chez Stock Sébastien Lapaque écrit « Étonnante rencontre dont le vigneron n’a rien oublié. « J’avais vingt-trois ans. Avec Alain Braik, nous avions l’habitude de nous retrouver rue Paul-Escudier. C’est là que j’ai fait connaissance de Guy Debord. À l’époque, chaque bistrot brassait sa propre bière. En une nuit, on pouvait goûter un nombre incroyable de bières artisanales. Mais déjà la qualité était en baisse et les bières industrielles en train de prendre le dessus. Guy Debord s’en  désolait « La vie d’ivrogne devient difficile », disait-il. Je me souviens l’avoir souvent entendu formuler à haute voix ce qu’il écrirait plus tard dans Panégyrique : « De mémoire d’ivrogne, on n’avait pas imaginé que l’on pouvait voir des boissons disparaître du monde avant le buveur » ça m’amusait, mais je ne me rendais pas compte à qui j’avais affaire. Je me souviens de conversations politiques qui me dépassaient… »


Marcel Lapierre, pour qui les 221 thèses de La Société du spectacle » n’ont jamais été l’affaire, était heureux un quart de siècle plus tard qu’on lui parle de Guy Debord comme un des maîtres penseurs de son époque. Pour lui c’était un compagnon de beuverie et il a compris bien plus tard que pour Debord « l’ivresse était un moyen parmi d’autres. Qu’elle lui permettait d’accéder à une forme supérieure de lucidité qui lui rappelait à chaque instant qu’il n’y avait ni retour ni réconciliation possible avec l’état présent du monde. »


« Dans le petit nombre des choses qui m’ont plu, et que j’ai su bien faire, ce qu’assurément j’ai su faire le mieux, c’est boire. Quoique ayant beaucoup lu, j’ai bu davantage. J’ai écrit beaucoup moins que la plupart des gens qui écrivent ; mais j’ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent… »

Pour en revenir à Bilheran je vous cite la  Quatrième de couverture de son libelle de l’imbécilité :

L'imbécillité, de nos jours, n'est probablement pas plus imbécile que celle d'avant mais le parfois mal-t-à-propos de la modernité lui fait reprendre le devant de la scène pour la simple raison que, a contrario des époques passées, elle s'expose. On nous la montre sous toutes ses coutures, on nous la fait entendre sur tous les tons par le biais d'un voyeurisme récurrent, ce qui en contrepartie a sûrement l'avantage de nous rendre intelligents ! Seulement, trop c'est trop, la nausée atteint parfois ses limites et pour un peu on en reviendrait au vieil adage : "Pour vivre heureux, vivons cachés", car quelle tristesse si l'on ne peut même plus être un imbécile en solitaire »


Pour en finir avec cette chronique je vous cite l’aphorisme n°26 et le 128

 

« Lors d’un accouchement, sauf s’il s’agit d’une césarienne, le petit être humain parvient au monde en empruntant la voie par laquelle il a été conçu. Je trouve que c’est une affaire qui commence mal que cet aller-retour ; car c’est vraiment une imbécilité, de commencer à vivre en revenant sur ses pas.

-> C’est une histoire de con- et de gland.

 

« L’imbécile veut aller droit aux conclusions parce qu’il n’aime pas chercher. »

-> Une conclusion constitue toujours l’hypothèse d’un nouveau problème. L’imbécile veut ignorer cette évidence qui le consterne.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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Commentaires

Entre la rue du Four et la rue de Buci, où notre jeunesse s'est si complètement perdue, en buvant quelques verres, nous pouvions sentir que nous ne ferions jamais rien de mieux.

Commentaire n°1 posté par bruno le 28/04/2012 à 22h02

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