Mardi 15 mai 2012 2 15 /05 /Mai /2012 16:00

alimentation-004.JPG Hier j’ai reçu l’information brutale : «  Début mars, la Mission Agrobiosciences annonçait l’arrivée dans les kiosques d’un nouveau venu : Alimentation Générale. Las, lancer un magazine papier indépendant est un pari (trop) osé. En dépit du succès éditorial de ce magazine, la trop faible diffusion du magazine contraint l’équipe d’Alimentation Générale à suspendre la parution de ce trimestriel. Une triste nouvelle dont on pourra éventuellement se consoler en consultant le dossier de ce premier numéro auquel la MAA avait participé. »


J’ai acheté le premier numéro de ce trimestriel : 6,90€ mais je n’ai pas chroniqué sur son contenu car je n’ai pas vraiment trouvé la bonne position de lecture et, en dépit d’un contenu d’un bon niveau, mon appétence a été freinée dans le domaine du vin abordé par l’approche du rédacteur-en-chef Pierre Hivernat à propos de Mondovino « devenu, disait-il, un film de référence » ou « Jonathan Nossiter, son réalisateur, y a formidablement posé les bases du rapport entre l’économie et le goût du vin. Huit ans après, nous avons rencontré ses principales stars pour revisiter la toile du Wine business. » Sans commentaire ! Ou plus précisément quelle vision bien parisienne, réductrice de ce qu’est le monde réel du vin en notre vieux pays et dans le monde.


Je n’épiloguerai pas plus sur cette déception, ce regret de voir traité un sujet sous l’angle d’une vision en chambre, sans vraiment de prise sur le réel, car il est toujours très triste de voir un nouveau venu disparaître aussi rapidement. Cependant, lui attribuer, comme le fait la MAA bien imprudemment, un satisfecit de succès éditorial me paraît révéler une forme de méconnaissance des attentes d’un plus large lectorat. L’exemple de XXI est là pour le prouver : la haute tenue éditoriale conjuguée avec une large ouverture à des plumes de grandes diversités est gage de succès. Mon reproche essentiel à Alimentation Générale c’est qu’il semblait ne s’en tenir qu’à l’approche de son créateur, sans réelle volonté d’ouverture et, en dépit de la référence à l’éternel cité Michel Onfray à propos du  repas qui « n’est pas une corvée nutritionnelle, mais une jubilation existentielle » Alimentation Générale m’a semblé un peu pesant, sans réel élan, un peu triste… pas très jubilatoire en dépit d’une couverture accrocheuse mais tout de même hermétique à un public peu averti.


Entre le grand n’importe quoi de Grand seigneur Tecknikart, œuvre lui aussi d’un seul homme : Olivier Malnuit et le sérieux un peu pesant d’Alimentation Générale je reste persuadé qu’il y a un espace à occuper mais encore faudrait-il que les chapelles s’ouvrent, que certaines détestations soient mises au rencart, et qu’une réelle équipe se penche sur les attentes d’un lectorat en recherche d’informations et non de simples point de vue d’un tout petit groupe. Lorsqu’on a la prétention, ou l’ambition, de se faire une place dans la presse magazine qui « a poussé à l’extrême le marketing de niche. Chacun sa passion, chacun sa publication » pour aborder « sur un seul et même support l’ensemble des sujets politiques, sociologiques, économiques et culturels » à propos de la nourriture des hommes, la passion d’une poignée d’individus est certes nécessaire mais pas suffisante. Pour moi, il faut accepter de confronter les différences, s’obliger à sortir de son cercle, s’ouvrir, se colleter à la réalité même si elle dérange. L’entre-soi ne peut que déboucher sur des impasses et des échecs.


Que les créateurs d’Alimentation Générale me pardonnent mais le petit blogueur que je suis, qui côtoie tellement de gens emplis de certitudes, de gens qui campent sur elles, toujours prompts à jeter l’anathème sur le camp d’en face, qui se complaisent dans leurs douillettes ou hautaines chapelles, ceux qui pensent en lieu et place des autres sans se soucier de la logistique de leurs brillantes pensées, regrette que leur entreprise fondée sur une belle et haute mission, n’ai pas cru bon  de mobiliser plus largement autour d'eux pour qu’elle puisse durer et réussir. Je le regrette profondément et, comme ma plume est libre, je forme des vœux pour que cet échec permette, dans un avenir prochain, de bâtir sur des bases plus larges un magazine citoyen qui s’adresse au plus grand nombre.


Le champ est toujours ouvert, à nous de l’investir ou plus précisément à vous, nouveaux talents du Net et journalistes chevronnés, de vous retrouver, de vous fédérer, de bien tracer les règles d’un réel espace de liberté fondé sur des valeurs communes mais respectueux des différences. Prêcher en permanence aux déjà convertis, aux convaincus, est certes rassurant mais ne fait guère bouger les lignes et laisse de côté la plus large part de ces consommateurs auxquels on dit vouloir s'adresser. Bon courage et, encore une fois, mes mots un peu durs ne sont que l’expression de ma déception d’une belle et grande occasion gâchée.

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : les afterwork du taulier
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