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4 juin 2012 1 04 /06 /juin /2012 16:00

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Le seul intérêt d’avoir accumulé des heures de vol c’est l’expérience et, si l’on ne s’accroche pas à ses belles années en ayant des regrets, cela permet de porter un regard sur l’actualité qui va au-delà de la surface des choses.

 

En 1978, jeune chargé de mission auprès du Directeur de la Production et des Echanges du Ministère de l’Agriculture, Bernard Auberger, Christian Bonnet étant Ministre, je fus dépêché en Bretagne pour, pendant 6 mois, plonger dans la réalité de l’aviculture de cette région. Comme on dit ça permet de jeter sa gourme, de toucher de près la vie des gens qui font. Expérience énorme qui m’a construit. Si j’évoque ce souvenir c’est qu’à cette occasion, moi petit contractuel du Ministère, j’ai pu me frotter aux hommes qui ont bâti ce secteur totalement « hors-sol » et parmi eux, Charles Doux. Dans la relation qui s’est instaurée entre cet homme dur, intransigeant, c’est le point de départ qui a compté : le père de Charles était volailler en Vendée et il avait fréquenté les foires et marchés de la Mothe-Achard où ma mémé Marie portait ses volatiles. Je l’accompagnais. Elle attendait les marchands. Les bons jours les affaires étaient bouclées en un quart d’heure ; les mauvais c’était des heures passées à attendre la clôture du marché pour voir les marchands venir proposer des prix cassés. Mémé Marie n’a jamais cédé. Apprendre ainsi les lois du marché est une grande école.

 

C’est loin sauf que ces dernières années j’ai partagé mon bureau avec Pierre Fouillade, dernier grand connaisseur du secteur des productions animales de ce Ministère, obligé de partir en retraite. Que de fois avons-nous confronté nos points de vue sur le marché de la viande de volaille pour aboutir au même diagnostic, aux mêmes préconisations. Mais ça intéressait qui ? Pas grand monde, nous étions le Ministère de l’Alimentation et, pour porter un regard sur le devenir de notre agriculture notre Ministre sollicitait des pointures, tel Yannick Alleno, grand défenseur de la poule de Houdan. Moi aussi je suis un défenseur de ce beau volatile mais Doux ce n’est que la marque « Père Dodu » du poulet standard prêt-à-cuire, principal bénéficiaire français de la Politique agricole commune (PAC), avec 59 millions d'euros d'aides versés lors du dernier exercice, le groupe emploie près de 10 000 personnes dans le monde, dont 3 400 en France, essentiellement en Bretagne, mais aussi dans le Centre et le Pas-de-Calais. C’est donc une grande part de la production avicole française, le cinquième exportateur mondial… pas très sexy tout ça… de l’agriculture intensive… de l’agro-alimentaire pour GD française ou grand export… à ne toucher qu’avec des pincettes… sauf qu’à trop attendre le bébé risque de se voir jeté avec l’eau du bain pour le seul bénéfice de concurrents pratiquant le même biseness.

 

Tout ça pour souligner qu’il faut savoir anticiper et non subir comme nous l’avons fait pendant de longues années. Les pouvoirs publics réduits à l’état de pompiers n’en peuvent mais alors qu’un travail patient, avec le levier d’un fonds d’investissement plus anticipateur, plus expert, aurait peut-être permis de faire avancer le rapprochement de Doux et de LDC (poulet de Loué). Trop tard, la bataille est en train de se perdre, chercher ou désigner les responsables n’est pas ma tasse de thé mais j’ai trop subi, et Pierre plus que moi, la suffisance des beaux esprits et surtout leur énorme capacité à baisser les bras, pour me taire.

 

Pour finir cette chronique où mes souvenirs d’arpenteur de territoire me ramènent aussi à ma présente mission. Je m’en tiendrai aux faits car je ne puis aller au-delà pour des raisons déontologiques. Nous sommes en mai mai 1992, à la suite de ce qu’on appelait alors les mardis mensuels avec les OPA (FNSEA, CNJA, APCA, CNMCCA) le Président de l’ULN, par ailleurs V-Président de la FNSEA, demande à me voir, je suis Dr du cabinet, pour me  révéler un trou de trésorerie de plus de 1 milliard de francs. Le Groupe ULN, jusqu’ici dirigé par d’anciens hauts-fonctionnaires : André Van Ruymbeke, directeur général dans les années 1970, Denis Gautier-Sauvagnac, directeur général entre 1981 et 1985, Christian Prieur, directeur général dans les années 1980. Le premier et le troisième DG sont d’anciens directeurs du FORMA (l’ancêtre des Offices Agricoles qui gère les interventions et les restitutions), avait confié son devenir à Alain Juillet, directeur général adjoint chargé du développement international (1988-1992), puis directeur général (1992).

 

J’ai donc vécu en prise directe, soutenant pendant deux mois l’ULN à bout de bras avec un pool bancaire pléthorique et tirant à hue et à dia, pour enfin trancher pour un repreneur entre Michel Besnier Président du groupe alors éponyme et Jean-Noël Bongrain fondateur du groupe éponyme. La Générale Ultra Frais (Mamie Nova) était rachetée par le Groupe Andros et Alain Juillet en devenant le directeur général.

 

Et me revoilà, 20 ans après, la durée des contrats d’approvisionnement lait, en charge du bébé. Ce n’est ici le lieu de traiter le cas mais plus largement, ce que je viens de vivre dans le Sud-Ouest avec mes 130 producteurs, à Forez-Fourme ou en Auvergne, et maintenant en Normandie, me permet de toucher de près à ce que l’on appelle pudiquement : la déprise laitière qui dans une langue plus crue se dit : qui viendra collecter le lait de certains producteurs des zones où la collecte est coûteuse ? Et ce n’est pas la fin des quotas laitiers qui va arranger les affaires. Alors, que faire me direz-vous ? Anticiper ! Ne pas se laisser aller à ce que nous aimons tant : l’attentisme. Je n’ai en main aucune solution toute faite, une simple boîte à outils à disposition. C’est tout, dans quelques mois je serai réformé, hors-circuit productif et je vivrai une autre vie : même si ça peut paraître prétentieux transmettre ne serait pas inutile…

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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commentaires

luc charlier 05/06/2012 19:12


Et oui, Maître Leygnier. Il semblerait que je connusse mieux l’Ancien Régime que le temps présent. Ce brave homme ouvrit toute grande
la porte à la pub dans les quotidiens ... ce qui à terme causera leur perte même si cela a fait leur succès populaire. Il a effectivement TRES largement diffusé Balzac aussi. Au-delà, pour moi
qui suis un ETRANGER, il compte avec Voltaire et Hugo parmi les Français honorables qui se sont battus POUR la liberté de la presse (ou des opinions) dans un pays où ce n’était pas une tradition.
Les choses peuvent d’ailleurs encore s’y améliorer.

Alain Leygnier 05/06/2012 18:35


"Gouverner c'est prévoir" est une formule d'Emile de Girardin (1806-1881), journaliste considéré comme le père de la presse moderne, dont il abaisse le coût gràce au recours massif à la
publicité. Il est aussi l'introducteur du roman-feuilleton dans les journaux.

luc charlier 05/06/2012 17:36


Savais pas. Bien vu. Merci.

luc charlier 05/06/2012 14:53


Aïe, je suis mal, et pris en flagrant délit d’ignorance.


Qu’est-ce qu’un PMF ?


Sur les moteurs de recherche, les deux premières lignes m’indiquent « Parti des Musulmans de France » et « Pierre
Mendès-France » (nombreux lycées). Moi, j’avais pensé à Premier Ministre de la France. Mais cela n’a pas de sens.


Or, même si je ne partage pas toujours les vues du taulier, je l’ai rarement vu écrire des inepties totales.


Bon, il y a bien « Pas Me Fouler » mais, Chichi mis à part, j’ai l’impression que les hommes politiques seraient plutôt des
hyperactifs que des disciples du doux Moustaki.


Le mystère reste entier ....

JACQUES BERTHOMEAU 05/06/2012 16:14



Pierre Mendès-France c'est le titre d'un de ses livres...



luc charlier 05/06/2012 13:14


Allez, un pavé dans la marre.


Quelqu’un de plus malin que moi a dit : « Gouverner, c’est prévoir ! ».


Notez qu’il a aussi  permis la multiplication des insertions publicitaires dans la presse
écrite ...


Moi, j’affirme que « Gouverner, c’est plaire ! ».


Et en France plus que dans les autres pays importants. Pas parce que les administrés y seraient plus bêtes, ou moins attentifs, non.
Simplement parce que le nombre des profiteurs, des sangsues, des parasites, des commentateurs y est significativement plus élevé par rapport au nombre des actifs. Et qu’eux, ils
votent !

JACQUES BERTHOMEAU 05/06/2012 13:30



Moi je ne connais que Gouverner c'est choisir de PMF si gouverner c'était prévoir il vaudrait mieux que nos gouvernants s'installent comme voyants...



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